Soupirs près d’Eberswalde

Le froid reprend aujourd’hui ses droits sur Schö­ne­berg, entre deux nuages facé­tieux, tout en effi­lo­chades. Je tire mes bagages d’un bras morne, pas vrai­ment motivé par quoi que ce soit, et sur­tout pas par l’envie de ren­trer. Replon­ger dans l’immense gelée grise de la ban­lieue pari­sienne : voilà ce qui me mange comme une gan­grène fou­droyante à chaque retour. J’en pleure et me débat à chaque vol.

C’est étrange. Ce besoin de par­ler des départs, des retours, mais pas des séjours. Le mou­ve­ment serait-il plus impor­tant que l’immobile ? L’immobile rend silencieux.

Tout éclate de vert — je me prend à rêver, en idées de réfé­rences, que c’est ma pré­sence, en faune por­teur de vie, qui a apporté cette pous­sée de sève. Les arbres et la nature autour pompent mon éner­gie, je la sens un peu dimi­nuée. Mais c’est pour la bonne cause, alors pour­quoi se plaindre ? Je suis ravi de contri­buer à ce bras­sage éner­gé­tique grandiose.

J’ai été rendre visite à Dieu, à Cho­rin. J’en connais plus d’un qui m’accuserait de blas­phème — et je sais que l’idéal serait que je Le sente par­tout. Mais je n’y peux rien, c’est là, dans cette église de brique et de bois, incroya­ble­ment calme, au coeur du Bran­den­burg, que je peux Lui par­ler le plus clai­re­ment. C’est là que nous nous ren­con­trons. Suis-je un mau­vais pro­tes­tant pour autant ? Je sais que non. C’est ma sen­si­bi­lité qui s’exprime. Royau­mont, le cloître de la cathé­drale du Puy, tous ces endroits sont aussi forts et me per­mettent ces ren­contres. Je dois avoir un peu trop de mys­tique pour un cal­vi­niste dés­in­carné. A cha­cun sa Foi et à Dieu seul la Gloire… Mais il par­tage la Grâce. Dieu est un grand archi­tecte d’Amour.

C’est aussi ras­su­rant d’avoir main­te­nant ce pilier auquel me rat­ta­cher. Cela per­met d’estomper, de pas­ser en demi-teintes, cer­tains stress et doutes de la vie. Une force de plus.

Le jour de mon départ, au Café Stei­ner, il y avait :
 – Schweizerwurst-käse-salat (€ 4.50) ;
 – Bock­wurst mit kar­tof­fel­sa­lat (€ 4.30) ;
 – Toma­ten­suppe mit krab­ben (€ 3.90).
Je ne sais pas pour­quoi, je fus pris d’une irré­pres­sible envie de rendre ce menu intem­po­rel dans mon car­net. Je suis étrange. (Mais j’aime les petites choses simples.)

Nuages effi­lés
Der­niers effluves de tabac
Ren­trons maintenant.

Posté le 30.04.2010
Catégories : Autobiographique, Religion
Réactions : Un Commentaire.
Commentaires
Commentaire de Nico­las Bleusher - 16.05.2010 | 20:19

«C’est étrange. Ce besoin de par­ler des départs, des retours, mais pas des séjours.»

Non. Je par­tage avec toi cet attrait pour le temps voyagé…