Rêves dans le bain
Je glisse paresseusement dans l’eau chaude
Ma peau s’accroche à peine à l’émail blanc
M’avalant en silence huileux
Je me dilue par l’âme
Fermant les yeux, j’oublie mes membres
Autour de mon corps alangui
Se construisent ruines de temple khmer
Et jungle verdoyante
Un long serpent aux motifs rouges
Doucement plonge dans mon eau noire
Se love contre mes reins, protecteur
Je pose la main sur sa tête, apaisé
Les odeurs de l’encens et des fleurs étranges
Se mélangent et s’effaçent
Milliers de brumes odorantes
Dans le soir tombant
Quelques bougies lâchées sur l’eau
Dérivent sans s’éteindre
Au loin les volutes des prières
S’envolent sans un bruit
Un gong résonne, puissant et etouffé
Le serpent, comme au son d’un signal
S’enfuit vers la terre ferme
Je sombre dans la profondeur
On frappe à la porte de la salle de bains
Inquiétude vocale
Je sors, ruisselant
Et retrouve mon monde gris.
Au-dessus du bain qui s’écoule
Quelques volutes de fumée
Parfumée
Et déjà disparue.