Les Morts autour de nous
J’ai ouvert, pour l’être signifiant, les albums de photos. Moi que même les peluches de l’enfance abasourdissent. C’était il y a déjà dix mille vies. La kermesse de l’école. Mon petit frère, avec son éternelle bille de clown. Et moi avec mon déguisement emblasonné.
Et au milieu, mon père, dans une farandole d’enfants.
Il y a quelques jours, j’ai été au premier enterrement de ma vie. Le père de l’ami iranien. Je ne l’avais jamais vu. Avez-vous déjà essayé d’être un empathique coincé au milieu d’une cérémonie funéraire ? J’ai tenu le temps de la messe, en mordant mes lèvres. De toute façon, je n’avais pas de mouchoir, j’aurais eu l’air bête, à renifler dans ma manche.
Lorsque j’ai vu l’ami iranien caresser le cercueil de son père, dans le corbillard qui allait l’emmener, impossible. J’ai versé les larmes pour lui, pour eux, pour moi, pour mon enfance perdue, pour tous ces morts qui me côtoient chaque jour et glissent silencieusement à mes côtés.
Mon père est l’un d’eux. Chaque jour, nous vivons l’un à côté de l’autre, et je ne vois plus cet homme sur la photo, qui rit, s’amuse avec ses enfants et les enfants des autres, lumineux. Le gris l’a envahi.
Pendant la prière, durant la messe, j’ai souhaité rencontrer un jour le père de mon ami iranien, qui m’a dit qu’il me ressemblait beaucoup. Et j’ai soudain pris conscience que mon papa à moi, il était toujours vivant. Seulement parti très loin dans un monde que je ne connais pas.
Papa, s’il te plaît, reviens.
Beaucoup d’émotion dans ce billet.
J’aime quand tu écris avec cette simplicité là.
Je remercie facebook de m’avoir guidé jusqu’à ce billet. Tu écris toujours aussi juste.
@Shaggoo & Jean-Christophe : merci beaucoup de ces compliments. Je dois avouer que ce billet, bien plus que les autres, n’a pas fait appel à autant d’artifices littéraires que les autres… je le sors de profond, celui-ci.
ce sont les meilleurs … ceux qui viennent de loin …
j’aime beaucoup aussi ;-*
Arrivée ici par le biais du Paris Carnet, je suis sous le charme des mots au fil des jours. Et émue par ce très beau dernier billet.
(snif)
Mardi matin, je suis repassée par hasard devant l’église où a eu lieu la cérémonie pour Thomas-Mary.
Je ne le connaissais pas beaucoup mais heureusement que j’avais des provisions. A peine le seuil passé, j’ai fondu.
Fais ce que je dis et pas ce que je fais :
Montre lui, demande lui.
(re-snif)
