Les Morts autour de nous

J’ai ouvert, pour l’être signi­fiant, les albums de pho­tos. Moi que même les peluches de l’enfance aba­sour­dissent. C’était il y a déjà dix mille vies. La ker­messe de l’école. Mon petit frère, avec son éter­nelle bille de clown. Et moi avec mon dégui­se­ment embla­sonné.
Et au milieu, mon père, dans une faran­dole d’enfants.

Il y a quelques jours, j’ai été au pre­mier enter­re­ment de ma vie. Le père de l’ami ira­nien. Je ne l’avais jamais vu. Avez-vous déjà essayé d’être un empa­thique coincé au milieu d’une céré­mo­nie funé­raire ? J’ai tenu le temps de la messe, en mor­dant mes lèvres. De toute façon, je n’avais pas de mou­choir, j’aurais eu l’air bête, à reni­fler dans ma manche.
Lorsque j’ai vu l’ami ira­nien cares­ser le cer­cueil de son père, dans le cor­billard qui allait l’emmener, impos­sible. J’ai versé les larmes pour lui, pour eux, pour moi, pour mon enfance per­due, pour tous ces morts qui me côtoient chaque jour et glissent silen­cieu­se­ment à mes côtés.
Mon père est l’un d’eux. Chaque jour, nous vivons l’un à côté de l’autre, et je ne vois plus cet homme sur la photo, qui rit, s’amuse avec ses enfants et les enfants des autres, lumi­neux. Le gris l’a envahi.

Pen­dant la prière, durant la messe, j’ai sou­haité ren­con­trer un jour le père de mon ami ira­nien, qui m’a dit qu’il me res­sem­blait beau­coup. Et j’ai sou­dain pris conscience que mon papa à moi, il était tou­jours vivant. Seule­ment parti très loin dans un monde que je ne connais pas.

Papa, s’il te plaît, reviens.

Champs - Il y a longtemps II

Posté le 31.10.2007
Catégories : Autobiographique
Réactions : 6 Commentaires.
Commentaires
Commentaire de Shag­goo - 01.11.2007 | 11:37

Beau­coup d’émotion dans ce billet.
J’aime quand tu écris avec cette sim­pli­cité là.

Commentaire de Jean-Christophe - 05.11.2007 | 18:06

Je remer­cie face­book de m’avoir guidé jusqu’à ce billet. Tu écris tou­jours aussi juste.

Commentaire de Johann - 06.11.2007 | 11:12

@Shaggoo & Jean-Christophe : merci beau­coup de ces com­pli­ments. Je dois avouer que ce billet, bien plus que les autres, n’a pas fait appel à autant d’artifices lit­té­raires que les autres… je le sors de pro­fond, celui-ci.

Commentaire de Mel’O’Dye - 07.11.2007 | 16:51

ce sont les meilleurs … ceux qui viennent de loin …
j’aime beau­coup aussi ;-*

Commentaire de euqi­no­rev - 07.11.2007 | 18:14

Arri­vée ici par le biais du Paris Car­net, je suis sous le charme des mots au fil des jours. Et émue par ce très beau der­nier billet.

Commentaire de Alecska - 08.11.2007 | 12:21

(snif)

Mardi matin, je suis repas­sée par hasard devant l’église où a eu lieu la céré­mo­nie pour Thomas-Mary.
Je ne le connais­sais pas beau­coup mais heu­reu­se­ment que j’avais des pro­vi­sions. A peine le seuil passé, j’ai fondu.

Fais ce que je dis et pas ce que je fais :
Montre lui, demande lui.

(re-snif)