Le Soleil d’Hiver
Lorsque j’ouvris les yeux, j’eus à faire un effort profond pour me reconnecter avec mon environnement immédiat. Je venais de terminer un rêve fort vif, et j’étais aussi fatigué que la veille au soir. Je m’étonnais même de ne pas être, comme je l’aurais été si mes pensées nocturnes avaient été réelles, couvert d’écorchures, de sueur et de poussière. Je restais un moment sous la couette, immobile, les seuls yeux ouverts. La lumière du dehors, blanche et claire, applatissait les reliefs et détruisait les ombres. Dans un sursaut de volonté, je me relevais à moitié, et m’asseyait dans le lit. Une vive douleur me traversa le bas du dos, et je poussais sans le vouloir un petit gémissement. La main sur les lombaires, je tentais de me remémorer les activités de la journées. Aucune différence avec les autres jours : il était déjà tard, presque midi, et à part me déplacer à l’auto-école pour une heure de cours théorique sur la conduite, je n’avais rien de prévu. Fort à parier également que la journée passerait sans que rien ne vienne s’ajouter à mon agenda. Je refermais les yeux, toujours assis, et tentais de me remémorer les rêves que j’avais fait. Rien. Pourtant, je sentais une petite porte mal refermée dans un recoin de mon cerveau encore peu éveillé. Je poussais un peu, fis une association d’idées adéquate, et mon royaume nocturne déferla. La jungle, les odeurs étranges, la terre mouillée, le chemin de fer à travers les herbes, les marais baignés de lumière dorée. Le flot s’arrêta aussi vite qu’il était arrivé. J’ouvris les yeux à nouveau, et me levait entièrement. Nu, devant la fenêtre ouverte, je contemplais la vue qui s’offrait à moi : une banlieue remplie de pavillons identiques, gris. Un soleil pâle, morne. Et un constant défilé de voitures.