Le Soleil d’Hiver

Lorsque j’ouvris les yeux, j’eus à faire un effort pro­fond pour me recon­nec­ter avec mon envi­ron­ne­ment immé­diat. Je venais de ter­mi­ner un rêve fort vif, et j’étais aussi fati­gué que la veille au soir. Je m’étonnais même de ne pas être, comme je l’aurais été si mes pen­sées noc­turnes avaient été réelles, cou­vert d’écorchures, de sueur et de pous­sière.  Je res­tais un moment sous la couette, immo­bile, les seuls yeux ouverts. La lumière du dehors, blanche et claire, appla­tis­sait les reliefs et détrui­sait les ombres. Dans un sur­saut de volonté, je me rele­vais à moi­tié, et m’asseyait dans le lit. Une vive dou­leur me tra­versa le bas du dos, et je pous­sais sans le vou­loir un petit gémis­se­ment. La main sur les lom­baires, je ten­tais de me remé­mo­rer les acti­vi­tés de la jour­nées. Aucune dif­fé­rence avec les autres jours : il était déjà tard, presque midi, et à part me dépla­cer à l’auto-école pour une heure de cours théo­rique sur la conduite, je n’avais rien de prévu. Fort à parier égale­ment que la jour­née pas­se­rait sans que rien ne vienne s’ajouter à mon agenda. Je refer­mais les yeux, tou­jours assis, et ten­tais de me remé­mo­rer les rêves que j’avais fait. Rien. Pour­tant, je sen­tais une petite porte mal refer­mée dans un recoin de mon cer­veau encore peu éveillé. Je pous­sais un peu, fis une asso­cia­tion d’idées adé­quate, et mon royaume noc­turne déferla.  La jungle, les odeurs étranges, la terre mouillée, le che­min de fer à tra­vers les herbes, les marais bai­gnés de lumière dorée. Le flot s’arrêta aussi vite qu’il était arrivé. J’ouvris les yeux à nou­veau, et me levait entiè­re­ment. Nu, devant la fenêtre ouverte, je contem­plais la vue qui s’offrait à moi : une ban­lieue rem­plie de pavillons iden­tiques, gris. Un soleil pâle, morne. Et un constant défilé de voitures.

Posté le 25.11.2007
Catégories : Nouvelles
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