La Piscine
D’habitude, tout va bien. Puis, un matin, sans prévenir, je me réveille avec une boule dans la gorge. Dans ma tête, il y a un afflux de pensées tristes incontrôlables. Je revois des scènes depuis très longtemps passées, et ça me fait mal. En me levant, je me regarde dans le miroir de la salle de bains et me trouve grisâtre, diminué. Je me regarde dans les yeux et recompose mon expression. Neutre, simple.
En allant travailler, ça va mieux. Dans le métro, je suis dans une bulle. Tous les autres tirent la même tête que moi. Les transports en commun ont un effet calmant, voire anesthésiant. J’arrive au travail. J’en ai oublié mon réveil. La matinée suit son cours. Puis, soudain, un appel parmi d’autres. Je dis bonjour, et ma voix se brise. La boule est là, dans ma gorge. C’est comme si ma pomme d’Adam était sortie de son logement. Ca fait mal. Les larmes m’en coulent des yeux. Je dis pardon, je vous rappelle, puis cours aux toilettes. Je m’essuie les yeux, reprends mon masque dans le miroir.
A midi, je n’y tiens plus. Au lieu de manger, je passe chez moi prendre mon maillot de bain, puis vais à la piscine. Je cours presque. Je plonge et pénètre dans l’eau. Je pleure. Je pleure encore et mes larmes salent l’eau. Je traverse la moitié de la piscine en apnée et remonte chercher de l’air. Je pleure encore, toujours sous l’eau. Je refais ça une demi-heure, jusqu’à en avoir des crampes partout. Quand je sors, ça va mieux. Mes yeux rouges ? Le chlore.
Je me rhabille et retourne au travail. Jusqu’au soir, ça va. Je rentre chez moi. La boule m’attend. Il faudrait que ça cesse. Je ne peux pas aller à la piscine tous les jours. Où alors, une fois, je resterai au fond du bassin, tiens.