Encore un matin pâle
Il est cinq heures et demi. Je m’extirpe du lit où j’ai peu dormi, et m’habille rapidement. Sans faire de bruit, je referme la porte derrière moi. Dans l’ascenseur, je remarque qu’un odieux moustique a sauvagement piqué ma joue gauche. Elle est un peu chaude.
Lorsque je passe la porte, le froid m’envahit. Peut-être le terme est-il trop fort ? Il ne s’agit que de fraîcheur, peu de saison pour un mois de juillet débutant. Le sol est mouillé. Il pleut encore, de fait. Un petit crachin fort peu de région, lui.
Mon vélo m’attend sagement. La selle est trempée, je redoute à l’avance la morsure liquide à travers le tissu de mon pantalon. Je teste un peu les freins, et commence à dévaler les rues quasi-désertes de ce dimanche matin. J’anticipe et me réjouis de traverser le bois de Vincennes si tôt. Le palais de la porte dorée est éteint, et il me regarde passer d’un air bienveillant, comme toujours : totem ancestral. Ce petit coin de Paris m’a vu naître, grandir, je m’y sens incroyablement à l’aise, chez moi. Je fais le tour du lac Daumesnil, salue une pute qui a apparemment passé une mauvaise nuit, croise quelques voitures au pas, avec pour conducteurs de vieux messieurs en cherchant des plus jeunes.
L’air est frais, la pluie s’est presque arrêtée. Je ne suis pas essouflé, tout est comme il faut. Le ciel est une gigantesque aquarelle à la myriade de tons bleus et gris.
En descendant la côte de Charenton, je résiste à la tentation de me laisser descendre d’un coup, sans freins, par le sens interdit, jusqu’au-dessus de la Seine, comme je l’ai fait tant de fois étant ado. Mais je suis adulte et un tant soit peu raisonnable, maintenant. Quoique.
Le retour sur la plat maisonnais est toujours décevant. Une grande avenue bien tracée, connue jusqu’au dernier centimètre, des arbres alignés et rien d’autre.