La Lune a plongé, avec sa majuscule, sous l’horizon.
Pas de bruit — le froid arrivé tôt a tout assourdi.
Septembre part en courant, l’Hiver retient son souffle.
Malheur aux solitaires, dans leurs draps glacés.
Catégorie Poésie Courte
Première morsure
Parfums
Ce qu’il m’en a fallu du temps
Pour ne plus frémir à ton odeur
Sur la peau d’un autre
Je mens comme je te respire.
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Dédicataire anonyme
La courbe de ma première lettre hésite
La nuance exacte du rose au dehors
Échappe à mon thésaurus.
Oh, soudain :
En pensant à toi -
Rose «douceur».
Constellation
Dans les phases de la Lune
Et la course lente
et circulaire
Des étoiles autour de ma maison
S’inscrivent peu à peu
Cartes à suivre au sextant
Vers Venise et Cordoue
Le Vent y souffle, chaud
Le Vent me souffle, à l’oreille.
Corail
Les narines à peine au-dessus de la surface de l’eau
Et les cheveux qui flottent sans peine dans cette eau pure
Les chocs du dehors, sourds
Viennent de loin
Mais y restent.
Ils n’ont pas droit de cité, dans ce calme que je crée.
Le retardataire
Quelques feuilles se sont figées
Dans une résine incolore d’eau
Le peuplier, tardivement,
A envoyé ses émissaires vers un horizon
De glace et d’attente
Gué
Pont de pierres moussues veinées de gel
Craquelées de verre d’eau translucide
En attente du soleil du midi de février
Et de la délivrance des pattes des momies de gerris.
Echecs
Parcelle d’ombre — parcelle claire
Damiers de clairs-obscurs
Grilles de peurs de nuits sans lune
La cour est vide, sans bruit,
Et la traverser est une épreuve
Chaque soir.
Souvenir d’origine
A l’origine
Fut ta main sur ma poitrine
Et l’eau coulant
Dans les recoins entre notre corps
A peine séparés.
Sans titre
Fluides aériens, humides mais clairs
Acérés en serpe brillante
Au coin de l’oeil, éthérés
Mais liquides de face, bénins.
Parabole
J’aimerais faire de ma chambre
Un univers invisible
J’aimerais faire de mon corps
Une monstrance d’or
J’aimerais faire de ma voix
L’agneau de l’Apocalypse
J’aimerai faire de ma vie
Un livre d’histoires.
Salle des espèces disparues
Une indicible tristesse me berce
Autour de ces peaux évidées,
Derrière les vitres à peine éclairées,
Je me sens, moi aussi
Eteint ou en voie de l’être.
Je me brûle par les deux bouts.
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Grande galerie
(Aujourd’hui, visite de la Grande Galerie, en compagnie. Lieu de mémoires d’enfance transformé en sanctuaire dévasté par l’âge adulte.)
En harmonies d’or et de sombres
Passés éclatés noués d’obscur
L’envie première de te toucher
Ici, au milieu des regards vidés
Me submerge, m’envenime et assourdit mes reins
Grisés de sentir
Ton parfum autour de ces êtres fanés.
L’inconnu à la fenêtre
Brefs éclats bruns
De tétons mâles, pointus
Le sourire, en bandoulière
Distrait dans la rêverie.
Rue des Martyrs
Fines escalades lardées
Escapades persillées et terreuses
D’éveil stomacal et de papilles ouvertes
Ma tête est pleine.
Route de montagne
Les lignes droites m’ennuient
Et les courbes n’ennauséent
A choisir, un peu d’immobile
Ne me déplairait pas.
Chaque réveil
Miroirs de mes malchances
Epais flux éteints
Au ressenti des ondes longues
J’oppose les éclairs de la solitude
Clairs chaos du jour
Vous affronter, chaque matin
Est un combat qui me lasse.
Homme au foyer
La couverture roulée en boule
Pleine d’odeurs de toi
Les cigarettes fumées, dans l’air
Et tes vêtements d’hier
Je respire l’endroit du drap où tu as dormi
Je pourrais tout à fait passer mes journées à t’attendre.
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Attente à midi
Encore des brumes
Eclairées de soleil diffracté par le verre
La chaleur me brûle la peau
Et derrière le rideau, je t’entends.
J’ouvre et te souris,
Mais seul le miroir me répond.
Vivement ce soir, que tu reviennes.
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Par la fenêtre de la salle de bains
Aux portes du jour
Les volutes de vapeur,
Le long de ma peau,
S’envolent vers la tienne.
Séisme matinal
Des entrailles de la couette
Monte un grondement sourd
Et le souffle de la bête cachée
Apaise les tempêtes qui gémissent
Derrière la fenêtre et sous ma peau.
La Dame de Fer
(Au loin, bientôt, tu repars. Et moi, après tout, je n’aurai été qu’une façade de plus dans cette ville grise.)
Mille marches d’acier
Le souffle coupé
Des merveilles, au loin
Cet inaccessible là
Est à portée de main
Je brûle.
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Fin de bobine
Sur ces notes et ces susurrements chuintés
Plus de larmes
Il n’y a plus d’il dans ma tête.
Le blanc de l’écran m’éblouit.
L’ange de l’an passe
Sur le seuil des matins blancs
Viennent se poser, en un souffle
Les écumes éteintes de l’année passée.
Pas de métro
Le froid glace mes veines et fait pleurer mes yeux
A travers le rideau de larmes
Les feux de la ville, floutés
Comme pluie d’étoiles sur mes rétines
De ma fenêtre, une fois rentré
Trois astres, au plus,
Et quelques satellites.
A travers le plateau
Les ombres se faufilent entre les arbres
Peu d’indices de présence humaine
Des bouches enfiévrées s’élève un fumet vaporeux
Et les peaux dénudées
S’exposent à la neige sans peur.
Commissure
Fort des émotions
Remparts des amertumes
Murailles sacrées de la tristesses
Abattues, toutes, en un sourire.
Regard égaré
Yeux bleus d’éclairs illuminés
L’étincelle a embrasé ta bouche
Et dans un hiver si avancé
Il est doux de s’y perdre.
Tempête
Entre ces immeubles grisés
De nuances d’ombre et d’eau noire
Le vent apporte de la mer lointaine
Des impressions et des rêves salés.
L’air s’épure, nimbé de frais
La marée monte en ville
Et les remous dans les immenses flaques
Se gorgent d’écume.
Veille de Toussaint
Pâles vents visibles
Sur les feuilles des érables rougis
Evanouis au rythme des marées
De l’atmosphère.
Observation extérieure
La lune nimbée d’orages
Dans les gris magistraux
En une nuit de calme intérieur.
Le long du Fusain
(A qui de droit.)
Au fil des éclats de lumière
Sous les plumes des canards ébouriffés
Par le vent ou les frissons
J’apprends à te connaître
Et te découvre éclairé de bonheur
Le sourire des anges.
Sommeil
Nuit de ville
Lune d’étain
Au réveil, elle a disparu.
Aspérités
Je peine à écarter les fougères
Qui dardent de cet épais tapis de mousse
La lutte, vaine, contre ses éperons duveteux
Me ravit coeur, âme et peau.
Sombrant, extatique, dans un coma de douceur,
Je ferme les yeux et me laisse recouvrir.
Les Araignées
A pas feutrés dans les ombres
Brillantes d’eau aérienne et de perles de rosée
Les araignées de la nuit s’effaçent
Leur tâche accomplie à la faveur de la Lune
Vitraux de soie tremblante
Aux rayons du jour neuf.
La Quête
Reflets de mes troubles pensés sur l’eau
Noire d’une suie de nuit mentale
Au fond brillent de lointaines étoiles
Portant couleurs et brillances éthérées
Le plongeon inconnu — inévitable
Joyaux tapis dans les ombres.
Navigation matinale
Aux premières lueurs d’une aube incertaine
Frissonnant dans les brumes futures
Dirigé par le son des voix passées,
J’avance, dénudé et le pas timide
Vers un phare hypothétique
Mille fois promis.
Citadelle
(Note de l’auteur : merci à Artefact. C’est fou ce que c’est dur, la poésie ultra-courte !)
Tremblante cathèdre de mon âme
Terrifiée des souffles brûlants
Tirés par l’aimé ennemi.
Fantaisie souterraine
Propulsé sans le sentir
A travers des kilomètres
De tunnels obscurs
Chaque j’accomplis
La traversée du monde d’Hadès
De l’autre côté de la vitre
«Toc, toc«
Les damnés font coucou.
Le Naufrageur
(Note de l’auteur : A Dorian.)
Au sommet du phare
J’ai éteint la lanterne.
Pas fou, non ?
Qui serait digne d’accoster mon île ?
Parions que les rochers
Feront le nécessaire
Pour garantir ma tranquillité.
La Serre
(En vers.)
Mystère de moiteur.
Où poser ses yeux ?
Ecarter d’un geste concentré
Une branche de palmier.
Que chercher ?
Rien d’autre que la douce illusion
D’être ailleurs en étant ici.
(En prose.)
Mystère de moiteur. Où poser ses yeux ? Ecarter d’un geste concentré une branche de palmier. Que chercher ? Rien d’autre que la douce illusion d’être ailleurs en était ici.