Catégorie Poésie

Humeurs

Affres des fièvres
Tour­ments des nuits sans som­meils
Où êtes-vous, mains de dou­ceur
Repos de l’âme, sus­pens de la peine

Je tourne sans cesse à votre recherche
Dans ce lit bien trop blanc.

Verrai-je l’Aube ?

Posté le 27.01.2010
Catégories : Autobiographique, Poésie, Vers
Réactions : 2 Commentaires.

Prière à l’Aube

Oh, Ado­nai, Eter­nel mon Dieu,
Toi en qui je n’ai jamais cru,
Pour­quoi sa voix, lui qui semble avoir Ta voix,
Me fait-elle trem­bler le coeur dans le poitrail ?

Quelques sons ensom­meillés,
Tirés de ses rêves trou­blés,
Des sou­rires de m’entendre
M’ont trou­blé plus que je ne l’aurai pu croire.

Libère-moi de ma peine,
Et réunis-nous,
En effa­çant nos tris­tesses,
Et nos colères.

Amen.  (Pitié.)

Posté le 22.12.2009
Catégories : Autobiographique, Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Première morsure

La Lune a plongé, avec sa majus­cule, sous l’horizon.
Pas de bruit — le froid arrivé tôt a tout assourdi.
Sep­tembre part en cou­rant, l’Hiver retient son souffle.
Mal­heur aux soli­taires, dans leurs draps glacés.

Posté le 24.09.2009
Catégories : Poésie, Poésie Courte, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Parfums

Ce qu’il m’en a fallu du temps
Pour ne plus fré­mir à ton odeur
Sur la peau d’un autre

Je mens comme je te respire.

Posté le 24.09.2009
Catégories : Autobiographique, Poésie, Poésie Courte, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Grondements

Perles d’obscures volup­tés, per­dues
En fils ten­dus, cas­sés
                            - nets

Avec le temps
Failles
    - Sis­mi­cité des orgasmes en récur­rences
Les corps vibrent et s’arquent
Dans des pas­sés frémissants

Et l’immobile pré­sent,
Sur la plus haute strate,
N’en peut plus
De ces géo­lo­gies du cœur.

Posté le 24.09.2009
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Dédicataire anonyme

La courbe de ma pre­mière lettre hésite
La nuance exacte du rose au dehors
Échappe à mon thésaurus.

Oh, sou­dain :
En pen­sant à toi -
Rose «douceur».

Posté le 22.07.2009
Catégories : Poésie, Poésie Courte, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Route de ceinture

D’une brume à l’autre, fina­le­ment, il n’y a qu’un pas. De la suf­fo­ca­tion âcre des fumées de la ville, je pénètre sans pré­ve­nir dans un immense globe d’air moite, empesé de sève et d’ombres den­te­lées pro­je­tées par les nou­velles feuilles du prin­temps, à peine déployées. La bar­rière entre la ville et le bois résiste quelques secondes, hésite, puis m’aspire comme une gelée de coings sur laquelle on aurait appuyé le dos d’une cuiller. Mon poil hérissé me réchauffe mais mon coeur brûle de sen­tir à nou­veau, après cet hiver long, vide, gris et sans forme, ce renou­veau pul­sa­tile, qui n’en peut plus d’attendre au point qu’il ne s’arrête pas même la nuit. Au loin, de l’autre côté du lac, les échos de joie de la fête foraine et ses lumières pâles et arti­fi­cielles. Leur reflet dans l’eau, ver­sion pas­tel et défor­mée, en serait presque mélan­co­lique, en contre­point des cris d’excitation que j’entends, assour­dis par la végé­ta­tion pro­tec­trice. Quelques formes errantes glissent dans l’ombre, sans bruit. Les oiseaux sont endor­mis et les cla­po­tis de l’eau aussi.

A plus de minuit
Les enfants portent leurs prix
Sous les marronniers

Posté le 05.04.2009
Catégories : Haïku, Poésie, Prose
Réactions : 2 Commentaires.

H#180309.01

Tu te vois dans l’eau
Sombres tur­bu­lences bleues
Sou­rires de carpes

Posté le 18.03.2009
Catégories : Haïku, Poésie
Réactions : Aucun Commentaire.

Constellation

Dans les phases de la Lune
Et la course lente
 et cir­cu­laire
Des étoiles autour de ma mai­son
S’inscrivent peu à peu
Cartes à suivre au sex­tant
Vers Venise et Cordoue

Le Vent y souffle, chaud
Le Vent me souffle, à l’oreille.

Posté le 11.03.2009
Catégories : Poésie, Poésie Courte, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Corail

Les narines à peine au-dessus de la sur­face de l’eau
Et les che­veux qui flottent sans peine dans cette eau pure
Les chocs du dehors, sourds
Viennent de loin
Mais y res­tent.
Ils n’ont pas droit de cité, dans ce calme que je crée.

Posté le 08.03.2009
Catégories : Poésie, Poésie Courte, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Yeux de nuit

Au seuil d’une per­cée dans la perle noire de la nuit
L’ivresse velou­tée des pas du chat
Se fait silence d’ailes por­tées
Aux souffles irré­gu­liers
De l’endormeur qui se débat
Dans les lianes de soie bleu­tées
Par­se­mées ça et là de prompts éclats de mémoires.

Ô que d’embûches dans ce sous-bois flê­tri
Où la renais­sance quo­ti­dienne
Qué­mande à la Lune son obs­cure vitalité.

Sur le pas­sage de son âme,
Le Dor­meur, accom­pa­gné de sa cour de rêves scin­tillants
Sèmera étoiles, vignes et karsts.

Sa main trem­blante, dans l’autre monde
Cherche en vain une plume
Pour tout décrire.

Posté le 21.01.2009
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Le retardataire

Quelques feuilles se sont figées
Dans une résine inco­lore d’eau
Le peu­plier, tar­di­ve­ment,
A envoyé ses émis­saires vers un hori­zon
De glace et d’attente

Posté le 09.01.2009
Catégories : Poésie, Poésie Courte, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Ciel uniforme

Le carré d’herbes a gelé cette nuit
Et les feuilles sagit­tées se sont trou­vées
Tri­co­tées de veines d’argent lunaire

Lorsqu’il aura neigé, les apex émer­ge­ront
Soli­taires, verts et brillants
En péri­scope sur les pentes de blanc.

Posté le 09.01.2009
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Un Commentaire.

Gué

Pont de pierres mous­sues vei­nées de gel
Cra­que­lées de verre d’eau trans­lu­cide
En attente du soleil du midi de février
Et de la déli­vrance des pattes des momies de gerris.

Posté le 08.01.2009
Catégories : Poésie, Poésie Courte, Vers
Réactions : 2 Commentaires.

Lames

Souffle gris nacré
Sur­vo­lant, en sif­flant
Les couches suc­ces­sives de glace sur le lac

Quelques yeux en-dessous
Emergent si len­te­ment
Et écoutent à l’abri la tour­mente
Des lames hiver­nales du dessus

Un grain de pol­len y vire­volte
Puis se pose en un nid de flo­cons :
 – Il y dormira.

Posté le 08.01.2009
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Epoques réunies

Epis­taxis du matin d’hiver
Gout­te­lettes tièdes, car­min
Forment une longue piste trem­blante
Hési­tante, devant ma porte dans la neige

Volte-face
Jusqu’à la salle de bains sur la carrelage

Ma cra­vate en soie, unie
Se trouve tachée de rouge
Mais n’en est pas moins belle.

Posté le 07.01.2009
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Runes

Les glaces du jour
Refusent de fondre dans le brouillard
Cris­se­ments de pas froids eux aussi
A peine appuyés

Une forme
 Trouble
  Glisse
   Silen­cieu­se­ment
    Vers la rivière
     Gelée

Un cygne ?
Un signe ?

Posté le 07.01.2009
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Un Commentaire.

Bord du monde

Nous sommes au liseré de tout
A la frange per­due des mirages éton­nés de l’âme
Les émotions, maintes fois sou­mises
Aux reflux
A la lune
Au soleil aussi
S’enlisent dou­ce­ment dans une fin d’après-midi éter­nelle
A la tem­pête suc­cède l’oeil
Et son attente – son immo­bile.
La stase dure et le fil ne rompt pas.

Posté le 24.12.2008
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Un Commentaire.

Avant l’orange

Vent de terre
Remon­tant, si vite, le long des haies du bocage,
Por­tant, de loin, les cha­leurs des plaines
Et les piaille­ments des oiselles d’été
 – Assoif­fées

Le halè­te­ment des nuages bas
Vien­dra bien assez tôt
Répandre sa manne lourde de bleu
Sur leurs plumes sèches.

Posté le 24.12.2008
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Echecs

Par­celle d’ombre — par­celle claire
Damiers de clairs-obscurs
Grilles de peurs de nuits sans lune
La cour est vide, sans bruit,
Et la tra­ver­ser est une épreuve
Chaque soir.

Posté le 23.12.2008
Catégories : Poésie, Poésie Courte, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

La folie

L’île semble si proche
Entou­rée d’un fin et scin­tillant man­teau empesé
De perles bru­meuses, dif­frac­tant dans le soleil
Les rayons oranges de la cou­ronne du matin :
Incen­die de l’aube tout autour des terres,
Tout autour de l’eau.

Sur­tout, res­ter à dis­tance :
Car s’approcher, c’est dis­soudre l’aquarelle.

Posté le 23.12.2008
Catégories : Poésie
Réactions : Aucun Commentaire.

Plus que parfait

Au matin, ma main se pose dans un recoin du radia­teur
Des étoiles de givre se sont for­mées dans la nuit
Et brillent dans le jour à peine éveillé
Je regrette, au moment où l’air froid entre sous les draps
D’avoir dormi nu, sans toi
L’attente sera longue avant ce soir
Mais il me semble déjà t’entendre
Et sen­tir un peu de cha­leur sup­plé­men­taire :
 – la tienne.

Posté le 22.12.2008
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Si peu d’occident

Dans les hauts de Buda
Parmi les arbres
Le chant du soleil souffle
D’un poids si peu per­cep­tible
Les vents de Tur­quie
Et leurs sen­teurs de citrus
Par­se­mées d’iris.

Je rêve
Assis sur le banc du tram
Et oublie la ville.

Les æschnes gon­flées du bleu du ciel
Défilent le long des voies
Dans une sara­bande connue d’elles seules.

Le bruit des voies
Si peu mélo­dieux pour­tant
M’endort peu à peu.

Posté le 20.11.2008
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Souvenir d’origine

A l’origine
Fut ta main sur ma poitrine

Et l’eau coulant

Dans les recoins entre notre corps
A peine séparés.

Posté le 05.11.2008
Catégories : Poésie, Poésie Courte, Vers
Réactions : 2 Commentaires.

Filons

Terres erro­dées
Rouges de fer, gor­gées d’or
Aux minces filets d’eau per­dus dans les failles
Sous les caves obs­cures du temps qui passe
Goutte à goutte.

A mon oreille, en-dessous de nous
Le sol pal­pite et res­pire
Exhale un souffle brun et dense
Qui nous entoure, brillant
De siècles d’attente.

Posté le 05.11.2008
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Feux follets

Les yeux ouverts vers ces boules de feu loin­taines
Si proches pour­tant
D’un geste des doigts
Se brû­ler
Odeur d’ozone dans le noir
Feux fol­lets :
Etoiles sur Terre.

Posté le 05.11.2008
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

La nuit instantanée

Les peu­pliers scin­tillent sous les légers rais de lumière du cré­pus­cule. Oran­gés, doux, les révé­la­teurs du soir éclairent les des­sous argen­tés des feuilles. Les agaces piaillent sèche­ment dans le chien-et-loup, avant de se taire, éton­nées comme à chaque révo­lu­tion solaire par l’ombre qui prend le pas sur le monde. Un vif bat­te­ment d’ailes, fan­to­ma­tique, autour de la fenêtre. Les arai­gnées, sans bruit, com­men­çent à étendre leurs filets de soie sur ma fenêtre : au matin, les gouttes d’eau prises dans l’aube m’ouvriront une porte de dou­ceur vers un nou­veau jour.

Posté le 05.11.2008
Catégories : Poésie, Prose
Réactions : Aucun Commentaire.

Sans titre

Fluides aériens, humides mais clairs
Acé­rés en serpe brillante
Au coin de l’oeil, éthé­rés
Mais liquides de face, bénins.

Posté le 04.11.2008
Catégories : Poésie, Poésie Courte, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Arrêt de nuit

Un arrêt au bord de l’eau, la nuit.
La ville retient son souffle constant
Et les gouttes de pluie semblent glis­ser,
Infi­ni­ment,
Sur la sur­face hui­leuse et noire.

Mon oeil dis­tingue sou­dain des éclats
Les étoiles se reflètent au fond.

Posté le 04.11.2008
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Le roc silencieux

Les cordes d’eau façonnent le roc
Len­te­ment, sûre­ment,
Arra­chant seconde après choc,
Son lot de miné­raux invisibles.

Cra­tères lichen­nés,
Sous la main, rugueux et fré­mis­sants
Résonnent, tout en graves
Au ralenti.

Posté le 04.11.2008
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

En aval

Fils de terre mouillée
Ten­dus sur les rii­vères d’herbe
Pié­ti­nées, jours après nuits,
Par les souffles des­cen­dus du col
 – Là-haut, dans l’horizon
Une bouche immense de gangues cachées
Déverse sans faille
Ses amères humeurs gorgées.

Posté le 04.11.2008
Catégories : Poésie, Prose
Réactions : Aucun Commentaire.

Saumâtre

Dans le gris de fonds marins,
Per­dus, là, sur la Marne
Volent, vifs-argents, ce qui flot­tait dans le fond
Jusqu’au matin.

Tour­billons d’écumes de sel,
Dépla­cés, loin, de la Manche
Se font, se défont, et char­rient galets à rebours
Nuits et jours.

La main immo­bile,
Attrape, dou­ce­ment, les sédi­ments du loin­tain
Et les rides, en sur­face, vibrent le long de la rive
En brillant.

Posté le 07.10.2008
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : 2 Commentaires.

Parabole

J’aimerais faire de ma chambre
Un uni­vers invisible

J’aimerais faire de mon corps
Une mons­trance d’or

J’aimerais faire de ma voix
L’agneau de l’Apocalypse

J’aimerai faire de ma vie
Un livre d’histoires.

Posté le 19.08.2008
Catégories : Poésie, Poésie Courte, Vers
Réactions : 4 Commentaires.

Salle des espèces disparues

Une indi­cible tris­tesse me berce
Autour de ces peaux évidées,
Der­rière les vitres à peine éclai­rées,
Je me sens, moi aussi
Eteint ou en voie de l’être.

Je me brûle par les deux bouts.

Posté le 14.07.2008
Catégories : Autobiographique, Poésie, Poésie Courte, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Grande galerie

(Aujourd’hui, visite de la Grande Gale­rie, en com­pa­gnie. Lieu de mémoires d’enfance trans­formé en sanc­tuaire dévasté par l’âge adulte.)

En har­mo­nies d’or et de sombres
Pas­sés écla­tés noués d’obscur
L’envie pre­mière de te tou­cher
Ici, au milieu des regards vidés
Me sub­merge, m’envenime et assour­dit mes reins
Gri­sés de sen­tir
Ton par­fum autour de ces êtres fanés.

Posté le 14.07.2008
Catégories : Poésie, Poésie Courte, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

L’inconnu à la fenêtre

Brefs éclats bruns
De tétons mâles, poin­tus
Le sou­rire, en ban­dou­lière
Dis­trait dans la rêverie.

Posté le 14.07.2008
Catégories : Poésie, Poésie Courte, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Rue des Martyrs

Fines esca­lades lar­dées
Esca­pades per­sillées et ter­reuses
D’éveil sto­ma­cal et de papilles ouvertes
Ma tête est pleine.

Posté le 14.07.2008
Catégories : Poésie, Poésie Courte, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Route de montagne

Les lignes droites m’ennuient
Et les courbes n’ennauséent
A choi­sir, un peu d’immobile
Ne me déplai­rait pas.

Posté le 09.07.2008
Catégories : Poésie, Poésie Courte, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Chaque réveil

Miroirs de mes mal­chances
Epais flux éteints
Au res­senti des ondes longues
J’oppose les éclairs de la solitude

Clairs chaos du jour
Vous affron­ter, chaque matin
Est un com­bat qui me lasse.

Posté le 09.07.2008
Catégories : Poésie, Poésie Courte, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Homme au foyer

La cou­ver­ture rou­lée en boule
Pleine d’odeurs de toi

Les ciga­rettes fumées, dans l’air
Et tes vête­ments d’hier

Je res­pire l’endroit du drap où tu as dormi

Je pour­rais tout à fait pas­ser mes jour­nées à t’attendre.

Posté le 27.03.2008
Catégories : Autobiographique, Poésie, Poésie Courte, Vers
Réactions : Un Commentaire.

Marelle

Un, deux, trois
Quatre, cinq et six encore
Je me prends à comp­ter les mou­lures
Et les chiures de mouches du plafond beige.

A l’écoute du silence,
Je laisse les vagues du néant du temps
Len­te­ment déferler, douces et piquantes,
Sur mon corps abandonné.

L’après-midi passe,
Epais tel un miel cris­tal­li­sant
Et je nage dou­ce­ment
Sur l’écume sucrée des langueurs de mars.

Fines volutes de coton
Eclats de lumière sur le mur d’en face
J’entends ma respiration.

Tout est calme.

Posté le 27.03.2008
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Attente à midi

Encore des brumes
Eclai­rées de soleil dif­fracté par le verre
La cha­leur me brûle la peau
Et der­rière le rideau, je t’entends.

J’ouvre et te sou­ris,
Mais seul le miroir me répond.

Vive­ment ce soir, que tu reviennes.

Posté le 20.03.2008
Catégories : Autobiographique, Poésie, Poésie Courte, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Par la fenêtre de la salle de bains

Aux portes du jour
Les volutes de vapeur,
Le long de ma peau,
S’envolent vers la tienne.

Posté le 19.03.2008
Catégories : Poésie, Poésie Courte, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Séisme matinal

Des entrailles de la couette
Monte un gron­de­ment sourd
Et le souffle de la bête cachée
Apaise les tem­pêtes qui gémissent
Der­rière la fenêtre et sous ma peau.

Posté le 18.03.2008
Catégories : Poésie, Poésie Courte, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

La Dame de Fer

(Au loin, bien­tôt, tu repars. Et moi, après tout, je n’aurai été qu’une façade de plus dans cette ville grise.)

Mille marches d’acier
Le souffle coupé
Des mer­veilles, au loin

Cet inac­ces­sible là
Est à por­tée de main

Je brûle.

Posté le 29.01.2008
Catégories : Autobiographique, Poésie, Poésie Courte, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Vent de terre — IV

Le vent est tombé
Et les gouttes conti­nues sont chaudes
Sur le pas de ma porte,
L’envie me prend de me baigner.

Pieds nus dans l’herbe détrem­pée
Je res­pire cet air si vif, si peu ter­restre soudain.

La tête me tourne et l’eau atteint tout mon corps.
Les rais de lumières les plus fins m’entourent gracieusement.

Autour, les arbres flou­tés
Semblent des pré­sences bien­veillantes
Et j’aspire à longs traits
Leurs souffles brumeux.

Posté le 17.01.2008
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Vent de terre — III

L’eau de l’étang fré­mit
Mais pire encore le sort des roseaux
Pen­chés, presque noyés.

Les cou­lées célestes
Gri­saillent le pay­sage
D’une aube faussée.

Fin du monde
Lumière dorée qui perce les nuages
Et sub­merge la pluie elle-même.

Tout au long des rigoles de terre,
Tout à l’heure,
Rei­nettes et escar­gots trou­ve­ront leur paradis.

Posté le 17.01.2008
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Vent de terre — II

La noir­ceur a posé son châle de suie
Tout autour des lumières de ma maison.

La lan­terne dans le coin, sus­pen­due au porche,
Tangue sans s’éteindre.

Quelques tuiles s’envolent
Et viennent se bri­ser entre les genêts du jardin.

Impos­sible de défier les éléments déjà offus­qués
Par une offen­sive lumineuse

J’éteins la lampe du bureau
Et allume deux bougies.

Au loin, guideront-elles le voya­geur égaré ?

Posté le 17.01.2008
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Vent de terre — I

La flamme vacille
Et le vent, au-dehors, hurle.

Le contact de ma main contre la vitre
Aspire la maigre cha­leur de ma paume
Et la buée s’étend, comme un voile,
Vers les quatre coins du verre.

Les cyprès, souples sous le souffle des terres
Battent en fouets arbo­rés
Les éléments aériens déran­gés par la tempête.

Dans l’obscurité, seule la Lune, elle, reste immobile.

Posté le 17.01.2008
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Fin de bobine

Sur ces notes et ces susur­re­ments chuin­tés
Plus de larmes
Il n’y a plus d’il dans ma tête.

Le blanc de l’écran m’éblouit.

Posté le 12.01.2008
Catégories : Poésie, Poésie Courte, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Premier mercredi

Le flou, autour.
Peu de som­meil, la nuit der­nière.
Mais qu’importe : grisé, sous ces lan­ternes qui n’en sont pas
Je brille d’or et de bulles.

Vidé, ne tenant plus que par un fil
A la grande toile de mon théâtre
J’oscille, oscille…
Et en myriades de cou­leurs, j’implose.

Le froid, autour.
Il pleut un peu, mais mes che­veux hui­leux
Ne s’en émeuvent guère.

Som­meil.

Posté le 03.01.2008
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Un Commentaire.

Minuit

Rosi, per­clus, mais sou­riant
J’arpente, en silence, les rues encores brillantes
Comme une gangue de glace colo­rée
Fon­dant, enfin, sous le soleil d’après-solstice

Les fêtes de la fin de l’an sont par­ties
Dans une grande explo­sion de joie commune

Sans fin, cette attente.

Excité, les yeux grands ouverts, j’ai espéré
Qu’à minuit, moi, comme les autres
Aurait ma part d’illusion.

En lieu en place,
Deux larmes éteintes dans la nuit.

Posté le 03.01.2008
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

L’ange de l’an passe

Sur le seuil des matins blancs
Viennent se poser, en un souffle
Les écumes éteintes de l’année passée.

Posté le 01.01.2008
Catégories : Poésie, Poésie Courte
Réactions : Aucun Commentaire.

Genèse des aventures

(A Linné, Cook et autres Magellan.)

Vifs, dans l’air
Goé­mon, piliers de basalte irlan­dais
Errances marines pas­sées
Rides sur l’eau verte

L’immense bouche liquide
Déverse sa salive en une image pas­sée
De monstre mythique
Enragé et instable

Pour­tant, son sou­ve­nir
Par les dis­tances loin­taines, se fait câlin
Réchauffe l’être glacé
Trop pro­fon­dé­ment à l’intérieur des terres

Le vent des mers
Puis­sant, per­ni­cieux
Insuffle une nos­tal­gie de l’inconnu
Aux inno­centes vic­times de l’aléatoire

Maintes vies cris­tal­li­sées
Au sein d’un désir d’îles désertes
Labou­rées par les brumes
Et bor­dées de sel gemme.

Un mil­lier secouent la tête, hagards
Mais un pré­pare son départ.

Posté le 28.12.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Pas de métro

Le froid glace mes veines et fait pleu­rer mes yeux
A tra­vers le rideau de larmes
Les feux de la ville, flou­tés
Comme pluie d’étoiles sur mes rétines

De ma fenêtre, une fois ren­tré
Trois astres, au plus,
Et quelques satellites.

Posté le 19.12.2007
Catégories : Poésie, Poésie Courte, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Un regard sur le monde caché

Ce matin-là, j’étais venu à l’aurore me blot­tir dans les bras du fleuve. Un peu comme le foehn qui, des couches vaseuses, réchauffe l’émeraude endor­mie des étangs de pins. Mais je n’étais pas le vent. Aux creux des pha­langes de limon, galets aphones et glis­sants, eaux troubles, un lit informe, défait par les crues. Les col­lines alen­tour se dres­saient dans leur étrangeté.

Aube bleue, brute et vierge comme au pre­mier matin, qui exté­nue le bleu mou des veines, je ne connais plus la lente infu­sion de ta langue… Par­fois, c’est un caillot d’ardoise, lourd, tran­chant, qui pal­pite en sac­cades pénibles et inau­dibles ; tes voix muettes, bouillon­nantes, cognent à mes rivages… sans écho. Le large m’a pris, dérive cen­tri­fuge ; l’exil est double, il déborde mes digues, ravine notre histoire.

Hier encore, tu sem­blais dire: «Prends soin de la vigne qui donne tout et ignore tout. Si toi aussi tu aimes… Et les pluies viendront.» — Ou était-ce avant-hier?

Il y a de la résine dans l’air. Je panse mes vides.

Chaque jour est une pro­messe recom­men­cée qui efface l’autre… Ainsi tu tiens parole, aube, car ta genèse est éternelle.

Yvan Arno, Paroles d’aube (avec l’aimable auto­ri­sa­tion de l’auteur).

Posté le 18.12.2007
Catégories : Citations, Poésie, Prose
Réactions : Aucun Commentaire.

A travers le plateau

Les ombres se fau­filent entre les arbres
Peu d’indices de pré­sence humaine
Des bouches enfié­vrées s’élève un fumet vapo­reux
Et les peaux dénu­dées
S’exposent à la neige sans peur.

Posté le 06.12.2007
Catégories : Poésie, Poésie Courte
Réactions : Aucun Commentaire.

Commissure

Fort des émotions
Rem­parts des amer­tumes
Murailles sacrées de la tris­tesses
Abat­tues, toutes, en un sourire.

Posté le 06.12.2007
Catégories : Poésie, Poésie Courte
Réactions : Aucun Commentaire.

Front froid

Touffes coton­neuses
Epaisses prai­ries célestes
Où poussent le jonc de vapeur
Et le nénu­phar de givre

Contrée aqueuse
Loin au-dessus des têtes
Règne des éphé­mères
Et des formes dissolues.

Posté le 04.12.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Regard égaré

Yeux bleus d’éclairs illu­mi­nés
L’étincelle a embrasé ta bouche
Et dans un hiver si avancé
Il est doux de s’y perdre.

Posté le 02.12.2007
Catégories : Poésie, Poésie Courte
Réactions : Aucun Commentaire.

Tempête

Entre ces immeubles gri­sés
De nuances d’ombre et d’eau noire
Le vent apporte de la mer loin­taine
Des impres­sions et des rêves salés.

L’air s’épure, nimbé de frais
La marée monte en ville
Et les remous dans les immenses flaques
Se gorgent d’écume.

Posté le 02.12.2007
Catégories : Poésie, Poésie Courte, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Amsterdam, un été

Mal­gré les fris­sons
Qui agitent mon épiderme dénudé
Le soleil est fort doux
En cet après-midi de juillet

Les mornes effluves d’eau
Se dif­fusent, épaisses et boueuses
Dans l’air apaisé
Par l’orage à venir

Briques rouges et bronzes passés

Les arbres se reflètent dans les canaux
Et par­tout, sou­dain, cinq coups
Brillants et clairs
Qui n’interrompent rien

Clo­chers élan­cés et gâteau au yaourt

A l’instant du départ
La ville me retient, et j’emporte
Toute une suc­ces­sion d’images
Qu’il me fau­dra revoir.

Posté le 08.11.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Veille de Toussaint

Pâles vents visibles
Sur les feuilles des érables rou­gis
Eva­nouis au rythme des marées
De l’atmosphère.

Posté le 31.10.2007
Catégories : Poésie, Poésie Courte
Réactions : Aucun Commentaire.

Observation extérieure

La lune nim­bée d’orages
Dans les gris magis­traux
En une nuit de calme intérieur.

Posté le 29.10.2007
Catégories : Poésie, Poésie Courte
Réactions : Aucun Commentaire.

Le Champ

Au clair d’une lune glabre
Les blés, encore verts
Se balan­çent au gré du souffle de Mor­phée
Venu du Sud

Les musa­raignes fugaces, vifs éclats d’argent
En presque silence
S’enfuient et tour­billonnent
Au rythme d’une récolte par elles seules orchestrées

Eten­dues désertes réso­nantes
Si pleines de vie invisible

Le pro­me­neur ne trou­vera ici
Que nuances de gris

Et bruis­se­ments.

Posté le 18.10.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Un Commentaire.

Le long du Fusain

(A qui de droit.)

Au fil des éclats de lumière
Sous les plumes des canards ébou­rif­fés
Par le vent ou les fris­sons
J’apprends à te connaître
Et te découvre éclairé de bon­heur
Le sou­rire des anges.

Posté le 16.10.2007
Catégories : Poésie, Poésie Courte
Réactions : Aucun Commentaire.

Enième Ode

(Note de l’auteur : J’ai tenté de neu­tra­li­ser le pari­sia­nisme de ce poème, mais impos­sible. A croire que mon écri­ture urbaine est à jamais indis­so­ciable de mon lieu de naissance.)

Regards de papier sur la glace
Sous les lumières à peine chaudes
Et des odeurs de pot-au-feu philippin

Les yeux cyclopes enfin per­çus sans ambage
Des feux rouges au pou­voir invi­sible
Se réjouissent de leur débu­tant règne nocturne

En expo­si­tions mul­tiples sur ma rétine aigui­sée
Les clins d’oeil auto­mo­biles
Laissent des queues de comètes incandescentes

Ô chantres de la ville pas­sée
Laissez-moi donc la joyeuse tâche sans cesse renou­ve­lée
De louer à mon tour le ber­ceau de nos coeurs.

En teintes trans­pa­rentes
A demi cachées
La ville s’endort, et se réveille.

Posté le 04.10.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Sommeil

Nuit de ville
Lune d’étain
Au réveil, elle a disparu.

Posté le 02.10.2007
Catégories : Poésie, Poésie Courte
Réactions : Aucun Commentaire.

Rotterdam, 30ème étage

Vaines dou­leurs du ver­tige
Les yeux lan­ci­nants sous le manque d’habitude
Mon coeur bat, fort et peu précisément

Contem­plant les lumières du port
Du haut de tant d’incertitudes
Je me prends à rêver, la tête à l’envers

Etoiles du haut, étoiles du bas
Toutes scin­tillent d’un même éclat puis­sant
Emet­tant signaux codés et mes­sages cryp­tiques égarés

Je sens à peine les bras conso­la­teurs qui m’enserrent
Trompé, ainsi que le papillon
Par les lan­ternes éparpillées

Le long de la Meuse invi­sible
Long ser­pent de pétrole noc­turne
Immuable repère en négatif.

Posté le 07.09.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Le cloître de Royaumont en été

L’âme fra­ter­nelle imprègne les murs
Frais d’une dou­ceur de lumière inflé­chie
Même au faîte de l’ascension solaire
Le lézard fris­sonne sur la brique

Quelques mur­mures à peine osés
Déam­bulent encore sous la rue-des-murailles
Plus d’une colère ici s’apaise, se dis­sout
Et s’évapore avec l’eau du puits

Bour­don­ne­ments d’insectes
Clarté des étoiles du jour
Les nuages, clé­ments, res­tent à l’abri
De la voûte noc­turne encore dissimulée.

A la faveur du lever de Lune, dit-on
L’air résonne de pas passés

Et les chants des messes de la nuit
Font écho aux grenouilles.

Posté le 07.09.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Aspérités

Je peine à écar­ter les fou­gères
Qui dardent de cet épais tapis de mousse
La lutte, vaine, contre ses éper­ons duve­teux
Me ravit coeur, âme et peau.
Som­brant, exta­tique, dans un coma de dou­ceur,
Je ferme les yeux et me laisse recouvrir.

Posté le 05.09.2007
Catégories : Poésie, Poésie Courte
Réactions : Aucun Commentaire.

Les Araignées

A pas feu­trés dans les ombres
Brillantes d’eau aérienne et de perles de rosée
Les arai­gnées de la nuit s’effaçent
Leur tâche accom­plie à la faveur de la Lune
Vitraux de soie trem­blante
Aux rayons du jour neuf.

Posté le 04.09.2007
Catégories : Poésie, Poésie Courte
Réactions : Aucun Commentaire.

La Quête

Reflets de mes troubles pen­sés sur l’eau
Noire d’une suie de nuit men­tale
Au fond brillent de loin­taines étoiles
Por­tant cou­leurs et brillances éthé­rées
Le plon­geon inconnu — inévi­table
Joyaux tapis dans les ombres.

Posté le 04.09.2007
Catégories : Poésie, Poésie Courte
Réactions : Aucun Commentaire.

Navigation matinale

Aux pre­mières lueurs d’une aube incer­taine
Fris­son­nant dans les brumes futures
Dirigé par le son des voix pas­sées,
J’avance, dénudé et le pas timide
Vers un phare hypo­thé­tique
Mille fois promis.

Posté le 04.09.2007
Catégories : Poésie, Poésie Courte
Réactions : Aucun Commentaire.

Citadelle

(Note de l’auteur : merci à Arte­fact. C’est fou ce que c’est dur, la poé­sie ultra-courte !)

Trem­blante cathèdre de mon âme
Ter­ri­fiée des souffles brû­lants
Tirés par l’aimé ennemi.

Posté le 04.09.2007
Catégories : Poésie, Poésie Courte
Réactions : Aucun Commentaire.

L’homme

(Note de l’auteur : écrit le 07÷05÷06. Pour quelqu’un déjà si loin dans ma vie.)

On est en mai, et pour­tant le ciel reflète l’hiver des Flandres. Le réveil tar­dif du dimanche me plonge dans une déli­cieuse abîme de dou­ceur per­tur­bante car incon­nue. Après quelques ins­tants déso­rien­tés, je détecte l’objet de ce chan­ge­ment : deux bras me cein­turent le torse, dou­ce­ment. Je bouge un peu, et l’un tombe, sans force. Je sens le contact d’un torse, des jambes entre­la­cées entre les miennes. De nom­breux contacts élec­tri­sants m’indiquent une forte den­sité pileuse. Un homme. Il y a donc un homme dans mon lit. Etrange bes­tiole, tout de même. Il gémit un peu dans son som­meil, sou­pire, ronfle un peu. Je sou­ris, amusé par ces mimiques de petit enfant chez cet être d’âge res­pec­table (quel vilain mot, on dirait qu’il approche le siècle.) J’hésite à le cares­ser, mais tem­père mon égoïsme au pro­fit de ma délec­ta­tion esthé­tique. Je sais que lorsqu’il se réveillera, il m’embrassera, me pren­dra dans es bras, encore plus fort, et me dira bon­jour avec cette si jolie lueur dans les yeux. Pour l’heure, sa cha­leur me com­mu­nique tout ce que j’ai besoin et envie de savoir. Laissons-le dor­mir et soyons artiste — pro­fi­tons de son visage endormi. Je t’aime.

Posté le 23.08.2007
Catégories : Poésie, Prose
Réactions : Un Commentaire.

Je vis dans une aquarelle

Je n’ai pas dormi, une fois de plus. Lorsque j’ai réa­lisé que le soleil com­men­çait déjà à poindre, j’ai pris la déci­sion de ne pas cham­bou­ler les rythmes de la nature. Il est six heures et demi. J’ai pris une douche brû­lante, longue. Je me suis rasé, appré­cié dans la glace, et pesé, appré­ciant le résul­tat à sa juste valeur.

 

J’ai passé la nuit à écou­ter de la musique, à regar­der les lumières de la ville scin­tiller, et ses veines battre sous formes de phares en mou­ve­ment, sur l’autoroute, à quelques kilomètres.

 

Ce matin, le ciel d’aquarelle est rose, bleu, vio­let et toutes les teintes asso­ciées. Quelques oiseaux passent en bande, por­tés par le vent dans le même sens que les nuages. Je fais cou­ler l’eau chaude pour rin­cer le rasoir, et la vapeur jaillit et se déroule en volutes autour de mon visage. Rien n’indique que nous sommes en juillet. Là, je crois plu­tôt à un début de prin­temps, une fin d’hiver précoce.

 

Je res­pire, peste contre la voi­sine d’en des­sous qui fume à la fenêtre, pour la forme, parce que l’odeur de sa ciga­rette ne me dérange pas vrai­ment. Il fait bien jour, mais la lumière est tou­jours allu­mée. Je l’éteins.

 

Je ne me suis jamais senti aussi vivant.

Posté le 04.07.2007
Catégories : Poésie, Prose
Réactions : 4 Commentaires.

Citation adaptée

Sonne zer­reißt
den Nebel­vo­rhang
noch ein Tag gewonnen

Mar­tin Berner

Posté le 30.06.2007
Catégories : Citations, Haïku, Poésie
Réactions : Aucun Commentaire.

Phalènes

L’orage gronde encore
Sans nul doute, la foudre frap­pera encore
La Terre déjà détrempée

Les insectes, fuyant le déluge
Et les cou­lées de boue le long des trot­toirs
Trouvent refuge ailleurs

Gui­dés par les phares invo­lon­taires
Des lumières allu­mées
Par les Hommes

La pro­ces­sion des papillons de nuit
Aux ailes empe­sées par les caprices célestes
Pénètrent dans ma chambre

Sans bruit
Les enva­his­seurs volants
Prennent pos­ses­sion de ma forteresse.

Posté le 21.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Ode au Colosse Clichois

D’un simple regard
D’une seule parole grave
Je bra­ve­rais ciel, terre et eau
Pour atteindre l’oeil du cyclone :
Tes bras enser­rant mon corps.

Trem­blant sous le mâle bai­ser
De ta bouche que tu sais faire cruelle
Je me sou­mets à une force
Etran­gère et éton­nante
Trop peu expérimentée.

Brillant d’envie, brû­lant de fièvre
Il me faut atteindre le remède.
La pana­cée au mal qui déchire mon corps et mon âme
Le tou­cher de tes doigts
Sur ma poi­trine et ma nuque.

Alors, j’oublierai tout.

Posté le 21.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Flèches

Com­bien d’énergie per­due !
Tant de larmes à peine salées
Absor­bées par les draps !

Com­bien de colère ren­trée !
Frus­tra­tions, malé­dic­tions
Et refus de la fatalité !

Pour­quoi l’amour est-il,
Depuis tou­jours
Ce volup­tueux cou­teau à double tranchant ?

Pour­voyeur de miel et d’ambroisie
Tout autant que de poi­sons
Qui rongent l’âme de part en part

Cares­sant
Cruel
Mais jamais vain.

Posté le 21.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Rêves dans le bain

Je glisse pares­seu­se­ment dans l’eau chaude
Ma peau s’accroche à peine à l’émail blanc
M’avalant en silence hui­leux
Je me dilue par l’âme

Fer­mant les yeux, j’oublie mes membres
Autour de mon corps alan­gui
Se construisent ruines de temple khmer
Et jungle verdoyante

Un long ser­pent aux motifs rouges
Dou­ce­ment plonge dans mon eau noire
Se love contre mes reins, pro­tec­teur
Je pose la main sur sa tête, apaisé

Les odeurs de l’encens et des fleurs étranges
Se mélangent et s’effaçent
Mil­liers de brumes odo­rantes
Dans le soir tombant

Quelques bou­gies lâchées sur l’eau
Dérivent sans s’éteindre
Au loin les volutes des prières
S’envolent sans un bruit

Un gong résonne, puis­sant et etouffé
Le ser­pent, comme au son d’un signal
S’enfuit vers la terre ferme
Je sombre dans la profondeur

On frappe à la porte de la salle de bains
Inquié­tude vocale
Je sors, ruis­se­lant
Et retrouve mon monde gris.

Au-dessus du bain qui s’écoule
Quelques volutes de fumée
Par­fu­mée
Et déjà disparue.

Posté le 21.06.2007
Catégories : Poésie, Prose
Réactions : Aucun Commentaire.

Alhambra

Longs entre­lacs de jas­min
Gazouillis de la sub­stance de vie
S’écoulant len­te­ment
Dans le bas­sin de tuiles bleues

Les oran­gers enfrui­tés
Livrent leurs vapeurs amères
Au pro­me­neur émer­veillé
De tant de raffinements

Au fil de la course du soleil
Fleurs de rho­do­den­drons
Et pis­tils de mil­le­per­tuis
S’épanouissent dans la lumière

Quelques ger­ris pour­suivent un facé­tieux rayon
Dans le bas­sin tou­jours chaud
L’heure passe et bien­tôt
Il sera à l’ombre

Sous la cou­pole du ham­mam
Peu de bruit
A tra­vers les oculi de verre
Filtrent les cou­leurs du dehors.

Posté le 21.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Diptyques

Email / Eau
Sec / Bulles
Bai­gnoire / Bain

Châ­teau / Musée
Courses / Visites
Per­ruques / Bermudas

Pyrite / Dia­mant
Alchi­mie / Galan­te­rie
Eclat / Vanité

Pis­cine / Etang
Espace / Ger­ris
Calme / Vie

Posté le 16.06.2007
Catégories : Poésie, Poésie expérimentale
Réactions : Aucun Commentaire.

Espoirs

Quelques lueurs dans le loin­tain
Le calme de la chambre
Cha­leur d’été
Je sais que je rever­rai les rocs d’Irlande

Jamais espoir ne fut perdu
En cette cita­delle
Qu’est mon coeur

Même lors des grands froids
Le feu jaillit seul des braises
Allu­mées avec ma conscience
Des années avant

Sai­sons vire­vol­tantes
Impé­ris­sables troubles-fêtes
Je ne veux pas d’une vie grise.

Posté le 16.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Le Cloître du Puy

(Note de l’auteur : le cloître de la cathé­drale du Puy-en-Velay est une mer­veille que j’ai eu l’occasion de visi­ter sous une cha­leur incroyable.)

Ara­besques du mur
Ara­besque du coeur saisi
Par le calme et la dou­ceur du soleil
A l’intérieur de ces quatre murs clos

Là ou défi­laient silen­cieux et médi­ta­tifs
Viennent main­te­nant poètes et voyeurs
En quête de paix
Ou d’éternel

Les ombres s’étendent avec la fin du jour
Le long des colon­nades
Et des mas­sifs de simples
Qui dif­fusent leurs sen­teurs généreusement

Je ne peux res­ter là plus tard
Mais je suis cer­tain
Que lorsque la Lune se montre
Les lucioles viennent dan­ser dans le cloître.

Posté le 14.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

La Tombe

Sous le lierre et les fram­boises
Les enfants, depuis long­temps
Avaient vu ces mots sculp­tés dans la pierre

Il aura fallu long­temps aux aînés
Pour dai­gner bais­ser les yeux
Vers leur découverte

Eton­nés, certes, ils le sont
De lire sur la tombe déga­gée
Des lettres d’un autre temps

Cha­cun s’interroge
Au passé du défunt
Et tous sont perplexes

Leur ima­gi­naire sou­dain débridé
Les gens du cru inventent
Toute une vie à celui qui n’en a plus.

Mais la vérité n’est plus là.

Posté le 14.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

L’Etang

Ger­ris lan­cés en courses folles
Et libel­lules agiles
Cir­cu­la­tion d’heure de pointe
Au rond-point du nénuphar

Les fines feuilles des iris
Se penchent vers l’eau
Comme pour goû­ter la fraî­cheur
De l’étang par un matin d’été

Le dytique chasse ses proies
Petit obus vrom­bis­sant
En sous-marin non-aligné
Cueillant toute chose à sa portée

Une rame en bois fait fuir
Tout ce petit peuple de l’eau
La barque du poète
Brise en silence le microcosme

Le voit-il ?

Posté le 14.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

La Pluie soudaine

Ville de séche­resse
Tirée aux quatre épingles
La voici sub­mer­gée
Averse ora­geuse
Cris, courses et glis­sades
Spec­tacles d’apocalypse
L’une perd ses san­dales dans le gouffre du trot­toir
L’une, ren­due trans­pa­rente par l’eau,
Cesse de cou­rir par rési­gna­tion
Celui-ci glisse et tombe
Le nez dans la flaque
Se noiera t-il ?
Celui-là, sous son para­pluie,
Se fait, comme l’antique gag,
Recou­vrir de liquide
Par un bus mal­en­con­treux.
Pauvres humains sans bran­chies
Les vaches du ciel
Font la traite
Et voilà que vous êtes tout per­dus
Dans un monde sou­dain aqua­tique
Que vous ne recon­nais­sez plus.
Tout de même…
Vous pour­riez savou­rer le plai­sir
D’être un peu pois­sons.
Ici, pas de pêcheurs…

Posté le 14.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Île — Quatrième tableau

Les pleurs du ciel sont ter­mi­nés
Les galets et la terre, refroi­dis,
Laissent échap­per leur souffle opaque
Qui trans­forme ce midi en cré­pus­cule anachronique.

J’entends, pas si loin
Les reflux de l’océan
Mais impos­sible pour mes yeux mor­tels
De per­çer ces rideaux de soie atmosphériques

L’homme sage
Derait res­ter à l’abri des mirages bru­meux
Et, au coin du feu, attendre
Le retour de ses pleines facul­tés visuelles

Mais, mal­heur à moi, je ne suis qu’un homme
Et la ten­ta­tion trop grande
Me force à pous­ser la porte
Et à cou­rir pru­dem­ment au bord de l’eau.

Oui, la mer est encore là.
Mais au-delà d’une aune
Plus rien
Qu’un immense feuillet blanc.

Je scrute, curieux, les pro­fon­deurs imma­cu­lées ;
Et ima­gine déjà
Le Hol­lan­dais Volant
Sor­tant des limbes

Un doigt inqui­si­teur
Plongé dans le gris de l’écume
Res­sort glacé
Il plane une odeur d’ozone

Âme des per­dus en mer
Et des pirates du passé
Flottent tout autour, invisibles.

Et d’un coup dis­pa­raissent,
Lais­sant sa juste place
Au soleil qui triomphe, enfin.

Posté le 14.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Île — Troisième tableau

Sou­dain — Gloire aux Eaux !
Mil et une gouttes s’abattent avec fra­cas
Brouillant d’un seul mou­ve­ment
Bêtes, gens et paysages

Assis à la fenêtre
Admi­rant l’instant d’avant
Une mer si pro­fon­dé­ment calme
Me voici devant un rideau d’eau

L’odeur du sel est si forte d’un coup
Je m’attends à voir défer­ler des cieux
Moult bêtes marines
Et monstres abyssaux

Plu­sieurs sons me par­viennent
Les galets s’entrechoquent
L’eau semblent jaillir de par­tout
Et au-dessus, le toit mar­telé de gouttelettes

La sur­prise pas­sée
Tout semble atte­nué
L’île se repose dans une bulle d’eau
Et moi, habi­tant, avec elle.

J’ose pas­ser la main
Hors du toit sau­veur
La pluie est tiède
Comme le sang de la terre.

Sacri­lège, je goûte ce don du ciel et de la mer
Etrange, à mon palais l’eau est douce
L’enfant des tourbes et des coraux
Porte en lui le pou­voir purificateur.

Mes oreilles oublient peu à peu
Le bruit des chocs entre éléments
Et me voilà dans un silence
Au coeur de la brume de mer.

Posté le 14.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Île — Deuxième tableau

La brise cares­sante
Se mue en un rugis­se­ment dis­con­tinu
Fouette les visages d’embruns
Et fait sou­rire les galets.

Des fila­ments de vapeur
Germent spon­ta­né­ment dans le bleu pâle du ciel
S’étendant, crois­sant comme de la levure de bière
Bien­tôt, l’invasion de ces bar­bares éthé­rés sera totale…

Dans l’air, une odeur de terre
Les monts déso­lés de l’intérieur
Dégorgent leurs colères
Sous la pres­sion de l’humidité.

A peine quelques rais brillants
Par­viennent encore à pas­ser le blo­cus
Que forment sans pitié
L’armée des cumu­lus d’été.

Je résiste encore à l’ombre
Qui refroi­dit mes entrailles
Mais bien­tôt, fris­son­nant, je dois renon­çer
Et ren­trer à couvert.

Les bour­rasques de la terre et de la mer
Mélan­gés, alliés
Attaquent les gra­mi­nées des dunes
Hop ! Des graines dans l’air.

Mon corps me semble lourd
Et la peur ances­trale me prend
La tem­pête arrive
Et je jubile à l’avance.

Arrivé à l’abri du toit
Je cours dans l’escalier
Et passe devant la fenêtre
Mes yeux émerveillés.

Posté le 14.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Île — Premier tableau

L’île cou­ron­née d’écume
Mousses salées
Iri­des­cences nacrées
Coeur de la mer

Les algues étour­dies de soleil
Dif­fusent une clarté ombra­gée
Sous l’eau, les bulles d’air
Jouent avec une éton­nante lumière bleue.

Sur les rochers, les maca­reux piaffent
Sur leurs ailes brillent les gouttes d’eau
Résul­tat de leurs bai­gnades répé­tées
Yeux plis­sés, ils sèchent.

Les vents marins se font ali­zés
Por­teurs de cha­leur
Et puri­fi­ca­teurs de ciel
Adieu nuages

La brume des éclats de vagues
S’évapore en un clin d’oeil
Voici en cette mati­nale
Que la Lune faiblit

Les bateaux tanguent dans le port
Un souffle à peine per­cep­tible
Tend à peine les cor­dages
Et rafraî­chit le marin

A vélo sur la côte
J’observe les queues-de-rat dan­ser
Comme nombre de leurres
Pour les oiseaux de proie

Les galets de la plage
Roulent, déjà chauds, sous mes pieds
Je m’y asseois
Et respire.

Posté le 14.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Haïkus — Troisième Page

Le chiot se blot­tit
Tous autour sau­ront l’aimer
Et moi dans tout ça ?

Pas­ser des années
Sans s’y arrê­ter jamais
Alors, pour une fois…

Ailleurs ? Mais pour­quoi
Vou­loir aller au loin quand
La beauté est là ?

Posté le 11.06.2007
Catégories : Haïku, Poésie
Réactions : Aucun Commentaire.

Fantaisie souterraine

Pro­pulsé sans le sen­tir
A tra­vers des kilo­mètres
De tun­nels obs­curs
Chaque j’accomplis
La tra­ver­sée du monde d’Hadès
De l’autre côté de la vitre
«Toc, toc«
Les dam­nés font coucou.

Posté le 11.06.2007
Catégories : Poésie, Poésie Courte
Réactions : Aucun Commentaire.

Diptyques

Soie / Jean
Perle / Larme
Au loin / Si proche

Rivière / Désert
Pois­sons / Ger­boises
Dîner / Douleur

Posté le 11.06.2007
Catégories : Poésie, Poésie expérimentale
Réactions : Aucun Commentaire.

TGV

Sif­fle­ment
Vague de choc
Che­veux ébou­rif­fés
L’enfant vole quelques centimètres

Le bruit décroît
Et le train pour­suit
Sa mono­tone course

Géno­cide d’insectes
Les caté­naires chantent l’oraison

Moi aussi, je vou­drais être loin.

Posté le 11.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Métro

Un regard fermé
Dix autres
Pas un sour­cil relâ­ché
Une odeur qui plane
Si forte qu’elle en est désa­gréable
On s’imagine
Nageant dans une pis­cine
Rem­plie de par­fum
Noyé, asphyxié d’odeurs
Mais la voilà déjà qui s’éloigne
Sta­tion sui­vante
Les portes s’ouvrent
Bol d’air frais
Puis l’on repart en apnée
J’étouffe
Pas le choix.

Posté le 07.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Haïku

Fatigue du soir
Le long tra­jet de retour
M’endort un peu plus

Posté le 07.06.2007
Catégories : Haïku, Poésie
Réactions : Aucun Commentaire.

Tempête de poussière sur les Tuileries

(Note de l’auteur : scène vécue.)

Les tour­billons de pous­sière
S’envolent au-dessus du labyrinthe

Bouches bées
Yeux brillants

Mais voici la tem­pête
Terre contre terre, pas d’eau
Eclairs inté­rieurs
Démon géant de col­lère tellurique

La pluie vien­dra
Et balayera cet épique spec­tacle
Où le faible phy­sique de l’Homme
N’a pas sa place.

Posté le 07.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Marquèze

(Note de l’auteur : Lorsque j’étais enfant, mon père était géo­mètre, et fai­sait dans toute la France des mis­sions plus ou moins longues. Pour celles de plu­sieurs mois, il emme­nait la famille. Ainsi, nous nous sommes retrou­vés six mois à Sabres, dans les Landes. Il y a à côté un écomu­sée, avec un petit train, à Mar­quèze. Cela ne paie pas de mine, et je suis cer­tain qu’en tant qu’adulte, je serai déçu. Mais dans mon sou­ve­nir… que de sen­sa­tions ! Pour ce poème, empruntez-donc mes yeux d’enfant.)

De l’écorce bri­sée
Perle une gemme d’ambre
L’odeur qui s’en échappe
Entoure cha­cun d’un cocon mielleux

Mes doigts per­plexes
Par­courent les écailles de l’arbre

Le fin bruis­se­ment de mes pas
Sur le tapis d’aiguilles
Eclaire de sub­tils tin­te­ments
Ma marche matinale

Les pre­miers rayons vifs
Chauffent la sève

Une petite brume à peine visible
Se dégage de la forêt
Eva­po­ra­tion des rosées
Ou conden­sa­tion des rêves des pins ?

Posté le 07.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Le Naufrageur

(Note de l’auteur : A Dorian.)

Au som­met du phare
J’ai éteint la lan­terne.
Pas fou, non ?
Qui serait digne d’accoster mon île ?
Parions que les rochers
Feront le néces­saire
Pour garan­tir ma tranquillité.

Posté le 07.06.2007
Catégories : Poésie, Poésie Courte
Réactions : Aucun Commentaire.

Le Bronze

Dans les reflets du bronze
Je ne vois aucune gloire pas­sée
Mais bien des guerres, bagarres et la Mort
Ensemble ras­sem­blées dans l’ombre.

Figés dans le métal
Les visages des guer­riers frus­trés
De voir ainsi leurs mains armées
Ren­dues inoffensives.

Le sculp­teur, paci­fiste invo­lon­taire
A dépeint son bel­li­queux modèle
Dans la pire atti­tude du géné­ral :
La douceur.

Posté le 07.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Quatre saisons : Hiver | Feux de joie

Au moindre souffle d’air gelé
Les boules de gui dansent dans les ormes.
Les branches nues ne sont qu’un maigre abri
A la mor­sure acide de janvier.

Le nou­vel an passé
La peur du froid per­siste
A la courte durée du jour
L’homme oppose sa joie.

Feux de joie
Le long de la rivière
Les branches sèches de l’orme brûlent
Avec elle la sève des para­sites cré­pite tout autant.

Posté le 07.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Quatre saisons : Automne | Le cimetière

Entre les tombes se glissent
Des cou­rants de feuilles mortes
Liquides et silen­cieux
Com­blant sans le rem­plir le vide entre les morts

Les tour­billons du vent
S’élèvent en créa­tures d’éther
Ren­dues visibles par le pro­duit de la terre

L’océan des tris­tesses humaines
Reflue à la fer­me­ture du cime­tière
Der­rière la grille, les vivants.
Sous les tumuli, le passé.

Posté le 07.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Quatre saisons : Eté | Coup de Soleil

Quelques trous de lumière dans le ciel
Dévoile l’orgueil de l’homme
Qui, se croyant à l’abri de fumeux ser­vi­teurs
A pensé échap­per à la cuis­son solaire

Le visage rougi, non pas d’étonnement
Affiche la marque brû­lante de l’imprudence
Ferré de chaud, l’être por­tera long­temps
Le sym­bole visible de l’hubris d’été.

Posté le 07.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Quatre saisons : Printemps | Printemps sur l’Île Saint-Louis

Ciel de verre pilé
Atmo­sphère claire aux reflets oran­gés
Le pol­len vole entre les pavés
Et se pose en flaques sur le sol médiéval

Plus d’abbaye pour­tant
Et l’on ne guette plus le pas­sage du roi
Dans notre cité, les seules tours
Encore dres­sées ne sont plus de pierre.

Il fau­dra aller bien loin
Pour trou­ver les champs dorés
Où l’âme soli­taire, entou­rée d’abeilles
Sera déli­vrée du gris

Posté le 05.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Un Commentaire.

Bords de Marne

La sueur perle dans mon dos
Bruis­se­ment des insectes d’eau
Quelques reflets de soleil écla­boussent les galets

Le long de la rivière, les ormes prennent patience
Cha­leur de fin de jour, sur le bord de Marne

Les nuages forment des méandres
Vive­ment le noir, la migraine point

Le long du che­min, la nuit s’avance
La nature perd sa vie
Et se repose.

Posté le 03.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Aquarelle II

Sur­face mouillée
Infini des possibles

Le pin­ceau, dilué d’arc-en-ciel
Pour­fend en che­va­lier
Le dra­gon de l’étendue vierge

Com­bat bru­tal et pour­tant si leste
Une pluie de pig­ments
S’abat sur la bataille

Chi­mie de l’eau
Créa­tion de dentelles

Posté le 03.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Aquarelle

D’une seule prise
Le brou­haha inté­rieur se tait
Le pin­ceau fin en main
Pré­pare par le blanc ses couleurs

Quelques gouttes
Un peu de vio­let pro­fond
Un simple coup de poi­gnet
Voici une tige colorée

Les pétales, fon­dus de bleus
D’ocre et de rose joyeux
D’attendre le séchage
S’ouvrent en grand

La sur­prise de l’eau évapo­rée
Aux motifs nua­geux
Aux lentes ondu­la­tion bleu­tées
M’émerveillent.

Est-ce vrai­ment ma main
Et mes doigts
Qui ont créé cette dentelle ?

Posté le 03.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Haïkus

Velours vert et rouge
Cou­vert de pous­sière grise
Le lustre est éteint

La salle à man­ger
Dres­sée comme pour cent convives
Pleine de silence

Talons sur par­quet
Réso­nances du passé
Pas si loin en fait

Posté le 03.06.2007
Catégories : Haïku, Poésie
Réactions : Aucun Commentaire.

Aide-mémoire

Il faut :
 – un marais, plein de brume, où trou­ver des feux fol­lets ;
 – des col­lines, à moi­tié cou­vertes de bois clairs et à moi­tié rocailleuses, où jaillissent des sources ;
 – de pro­fondes gorges, aux tombes creu­sées dans leurs flancs ;
 – de hautes mon­tagnes aux ver­sants her­bo­rés et aux lacs d’un bleu étrange ;
 – de grandes villes, pleines d’agitation et de culture ;
 – de petits ports tran­quilles ;
 – de petits vil­lages médié­vaux ;
 – des manoirs iso­lés ;
 – de pro­fondes forêts sécu­laires, où passent des ruis­seaux ;
 – des îles rudes, bat­tues par la tem­pête ;
 – des canaux d’irrigation bor­dés de roseaux ;
 – des che­mins de fer peu fré­quen­tés, à tra­vers les rizières ;
 – des criques de galets à l’eau trans­pa­rente ;
 – des steppes val­lon­nées, à la pluie chaude ;
 – des che­mins détournés.

Posté le 03.06.2007
Catégories : Poésie, Prose
Réactions : Aucun Commentaire.

Le Musée

Lente pro­ces­sion
Et regards par­fois vides
Sou­vent gour­mands
Frus­tra­tion nom­breuses
L’envie de tou­cher
L’envie de posséder

Dans un sens, dans l’autre
Se perdre avec hor­reur
Ne pas com­prendre
Sen­tir ses jambes suer

Tra­ver­ser boi­se­ries
Par­quets et tapis
Presque en cou­rant
Et s’arrêter, enfin
Qui devant l’objet
Qui à la sortie.

Posté le 03.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Réveil

J’ouvre un oeil :
Les petites bombes des gouttes de pluie
Sur le verre de la vitre
M’ont réveillé

Je souffre de toutes mes arti­cu­la­tions
Et n’ose bou­ger.
Alors, j’admire le lent défilé
De la pro­ces­sion nuageuse.

Sans remuer un muscle
Je sens mon coeur battre
Sou­la­ge­ment
Dehors et dedans, tout vit.

Posté le 28.05.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Equinoxe

Les vents de l’Equinoxe
Façonnent les côtes sombres
Des îles de la Frise

Scène peinte
Lumière de bou­gies au loin
A chaque mai­son qui s’éteint sa solitude.

Folie qu’être dehors
Par cette nuit de pleine lune
Où les démons de l’eau mugissent

Der­rière la vitre je les observe
Impres­sion­nants jets d’écumes
Puis j’éteins ma lanterne.

Der­rière les vitres, la tem­pête.
A l’intérieur, le calme.

Posté le 27.05.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Un Commentaire.

Haïkus

Mer­veille de mousse
Les étoiles sur l’étang
Croas­se­ments rauques

La lune à tra­vers
Les arbres à la nuit tom­bée
Trois chauves-souris

Mil coque­li­cots
Le long de la voie fer­rée
Mil éclats de sang

La gare est déserte
Pas de train à l’horizon
La neige me glace

Soleil dans les yeux
A tra­vers la vitre sale
Je change de place

Cha­leur à Paris
Je pour­rais don­ner beau­coup
Pour un vrai silence

Posté le 27.05.2007
Catégories : Haïku, Poésie
Réactions : Aucun Commentaire.

La Serre

(En vers.)
Mys­tère de moi­teur.
Où poser ses yeux ?
Ecar­ter d’un geste concen­tré
Une branche de pal­mier.
Que cher­cher ?
Rien d’autre que la douce illu­sion
D’être ailleurs en étant ici.

(En prose.)
Mys­tère de moi­teur. Où poser ses yeux ? Ecar­ter d’un geste concen­tré une branche de pal­mier. Que cher­cher ? Rien d’autre que la douce illu­sion d’être ailleurs en était ici.

Posté le 24.05.2007
Catégories : Poésie, Poésie Courte
Réactions : Aucun Commentaire.

Bruges

L’huître d’un matin gris perle
Au centre de ses brumes
Recouvre les créa­tions humaines d’un man­teau de nacre

Le terne des briques sales
Impré­gnées des tris­tesses ter­restres
De la pâleur des morts, et des fièvres des mou­rants
Dis­pa­raît der­rière la pré­cieuse cara­pace aérienne
D’un nuage de brouillard venu de la mer

La créa­tion du monde démise
Par un simple banc d’air mouillé, au début de la journée.

Posté le 24.05.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Un Commentaire.

Amiens sous les bombes — Seconde version

Les obus pleuvent sur Amiens
En peste d’acier — pluie noire
La peur démente au coeur
D’être témoin trop tôt de la gran­deur de Dieu

Mil éclats dorés
Cris­tal­lins — fon­dus sous la cha­leur
Brillants en mul­ti­tude de soleils écar­lates
Bri­sures de ville dévastée

Enfer aux tons gran­dioses
Où tous rêvent de l’inaccessible : le silence.

Posté le 24.05.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Amiens sous les bombes — Première version

Les obus pleuvent sur Amiens
En peste d’acier sem­blable à une pluie noire
La peur démente dans les coeurs
D’atteindre pré­ci­pi­tam­ment la gran­deur de Dieu

Mil éclats dorés
Cris­tal­lins, fon­dus sous la cha­leur
Brillants comme mul­ti­tude de soleils écar­lates
Bri­sures d’une ville dévastée

Dans cet enfer aux tons si gran­dioses
Tous rêvent de l’inaccessible : le silence.

Posté le 24.05.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Evocation nocturne

« Ecoute, ô nuit, dans les préaux déserts et sous les arches soli­taires, parmi les ruines saintes et l’émiettement des vieilles ter­mi­tières, le grand pas sou­ve­rain de l’âme sans tanière,
« Comme aux dalles de bronze où rode­rait un fauve.

Saint-John Perse, Chro­nique, VIII

Posté le 09.05.2007
Catégories : Citations, Poésie
Réactions : Aucun Commentaire.

Haïku .1

L’ange mys­té­rieux
n’était en fait qu’un petit
démon déguisé

Posté le 30.04.2007
Catégories : Haïku, Poésie
Réactions : Aucun Commentaire.

Stase

Un éter­nel automne s’étire
Et les gouttes de pluie
Rendent à Paris
Un air de Flandres

Figé dans les nuances de gris
La ville s’éteint et s’assombrit
Le coeur arrêté et engorgé
De trop d’hivers manqués

Au gré des balan­ce­ments vis­queux
De la Seine-Mère
Le regard sai­sit l’éclair
Sur l’eau noire plu­tôt que bleue

Ainsi l’esprit alourdi
De nobles espoirs de neige
Le voya­geur s’endort, sans lit
Sous un ciel beige.

Posté le 28.04.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Aucun Commentaire.

Préambule

S’ils se referment au matin
 – les volu­bi­lis
c’est par haine des hommes !

Chiyo-ni

Posté le 28.04.2007
Catégories : Citations, Haïku, Poésie
Réactions : Aucun Commentaire.