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	<title>Le Magnolia-Livre &#187; Nouvelles</title>
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	<description>Lettres fanées, brumes mouvantes et silences.</description>
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		<title>Marée Noire et Bleue</title>
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		<pubDate>Tue, 16 Sep 2008 21:47:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Johann</dc:creator>
				<category><![CDATA[Autobiographique]]></category>
		<category><![CDATA[Nouvelles]]></category>

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		<description><![CDATA[(Semi-autobiographique pour le premier diptyque de cette saison pour Akynou.) C’était un matin comme les autres, somme toute. Un peu plus bleu que prévu. En un souffle rapide, un halètement de rails, et mes pieds foulaient soudain le sable de la baie de Somme. J’avais l’habitude de ces rivages vides de peuple, et je le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>(Semi-autobiographique pour le premier diptyque de cette saison pour Akynou.)</em></p>
<p>C’était un matin comme les autres, somme toute. Un peu plus bleu que prévu. En un souffle rapide, un halètement de rails, et mes pieds foulaient soudain le sable de la baie de Somme. J’avais l’habitude de ces rivages vides de peuple, et je le trouvais là rempli, grouillant d’agitation. Des enfants surveillés et tancés à peine, parfois, par leurs famille fières. Les quelques couples silencieux, plein de leur amour et du bruit des vagues.</p>
<p>J’ai cherché une main à laquelle me raccrocher. Je me suis retourné, croyant entendre mon nom, revivant brutalement des bonheurs déjà passés. J’ai erré de Quend-Plage à Fort-Mahon, m’enfonçant dans les rigoles creusées dans le sable, hagard, écoutant dans les souffles des dunes et des nuages rares les échos de nos touchers disparus.</p>
<p>Je cherchais en vain ma place qui n’y était plus. Je suis rentré à Paris. Aux alentours de la Gare du Nord, j’ai marché sans but, ignorant toute logique. Et dans une ruelle, j’ai senti que la lassitude était juste un peu trop forte pour que mes jambes me portent plus loin. Alors, je me suis allongé, sans personne autour, la joue contre le bitume de mes jours durs.</p>
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		<title>Torcello</title>
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		<pubDate>Mon, 21 Jul 2008 13:03:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Johann</dc:creator>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
		<category><![CDATA[Nouvelles]]></category>

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		<description><![CDATA[(Fiction de souvenirs modifiés pour Akynou, qui nous fait bosser l’imaginaire.) C’était un jour de grand vent. Les joncs de mer battaient follement une écume à peine irisée. Nous étions là, au fond de la lagune, à l’écart du monde. Les vacances italiennes auraient dû être ensoleillées, écrasées de chaleur, mais le ciel en avant [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>(Fiction de souvenirs modifiés pour Akynou, qui <a title="Chez Akynou, ça bosse dur les méninges." href="http://racontars.akynou.fr/index.php?post/2008/07/17/Alors-ce-jeu-ca-vient" onclick="pageTracker._trackPageview('/outgoing/racontars.akynou.fr/index.php?post/2008/07/17/Alors-ce-jeu-ca-vient&amp;referer=');">nous fait bosser l’imaginaire</a>.)</em></p>
<p>C’était un jour de grand vent. Les joncs de mer battaient follement une écume à peine irisée. Nous étions là, au fond de la lagune, à l’écart du monde. Les vacances italiennes auraient dû être ensoleillées, écrasées de chaleur, mais le ciel en avant décidé autrement, et cette atmosphère grise et aqueuse s’étendait sur nous depuis notre arrivée.</p>
<p>Le sable avait volé jusque sur le petit chemin qui reliait l’arrivée des bateaux au village et à l’église. Venir de si loin pour ne voir qu’un reflet d’antan et des reliques, ces bouts de bois de Dieu, n’effleurait même pas l’esprit de la plupart des gens, mais nous avions eu faim de tranquillité, envie de calme et d’échapper à la rumeur grondante et permanente des foules de la place Saint-Marc.</p>
<p>Dans le <em>vaporetto</em>, nous avions fait la connaissance d’une petite brune. Suédoise. À l’opposé du cliché. Elle avait dans ses yeux une lassitude telle que même son sourire ne pouvait constituer un masque efficace. Nous n’étions que trois sous les vitres du bateau, plus une famille de japonais silencieux, visiblement désorientés. Inga, Inga Andersson. Un nom de conte pour enfant. Elle était déjà venue ici, et aimait le contact de ces pierres intactes. J’écoutais ses paroles et son ton doux, et l’anglais qui s’échappait de ses lèvres m’étonnait par l’étrange dualité entre les larmes en permanence sur le point de s’échapper de ses paupières et son accent tout en pointes vives.</p>
<p>Aussitôt accosté, elle s’était éclipsée et nous ne l’avions plus revue.</p>
<p>Je te regardais, moi aussi, avec une certaine mélancolie propre au lieu et aux nuages gris effilochés au-dessus de nous. Le temps avait passé sur nous et tu n’étais plus la même. La voie de l’amoureux est tortueuse, comme le chemin qui mène au village – chaque jour, nos contacts se réinventent. Mais comme tous les chemins mènent à Rome – ou à Venise, le cas échéant, toutes nos routes nous ont sans cesse ramenés l’un à l’autre.</p>
<p>Le portail de l’église (où est-ce une basilique ? Je n’ai jamais su faire la différence.) ne se dresse pas, il existe, c’est tout. Il est là, benoîtement, et se fond doucement dans le paysage de toute sa splendeur romane éteinte. A l’intérieur, il fait froid et les rais de lumière blanche éclairent les sarcophages des bienheureux. Je suis indifférent à la haute atmosphère spirituelle, à la véritable histoire du lieu. Tu sembles fascinée. Au sortir, tu prends ma main dans la tienne et tout cela me donne les larmes aux yeux.</p>
<p>Je vais partir, sans toi. Mais je reviendrai à Torcello te retrouver. Seras-tu encore là ?</p>
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		<title>Le Soleil d’Hiver</title>
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		<pubDate>Sun, 25 Nov 2007 01:56:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Johann</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Lorsque j’ouvris les yeux, j’eus à faire un effort profond pour me reconnecter avec mon environnement immédiat. Je venais de terminer un rêve fort vif, et j’étais aussi fatigué que la veille au soir. Je m’étonnais même de ne pas être, comme je l’aurais été si mes pensées nocturnes avaient été réelles, couvert d’écorchures, de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Lorsque j’ouvris les yeux, j’eus à faire un effort profond pour me reconnecter avec mon environnement immédiat. Je venais de terminer un rêve fort vif, et j’étais aussi fatigué que la veille au soir. Je m’étonnais même de ne pas être, comme je l’aurais été si mes pensées nocturnes avaient été réelles, couvert d’écorchures, de sueur et de poussière.  Je restais un moment sous la couette, immobile, les seuls yeux ouverts. La lumière du dehors, blanche et claire, applatissait les reliefs et détruisait les ombres. Dans un sursaut de volonté, je me relevais à moitié, et m’asseyait dans le lit. Une vive douleur me traversa le bas du dos, et je poussais sans le vouloir un petit gémissement. La main sur les lombaires, je tentais de me remémorer les activités de la journées. Aucune différence avec les autres jours : il était déjà tard, presque midi, et à part me déplacer à l’auto-école pour une heure de cours théorique sur la conduite, je n’avais rien de prévu. Fort à parier également que la journée passerait sans que rien ne vienne s’ajouter à mon agenda. Je refermais les yeux, toujours assis, et tentais de me remémorer les rêves que j’avais fait. Rien. Pourtant, je sentais une petite porte mal refermée dans un recoin de mon cerveau encore peu éveillé. Je poussais un peu, fis une association d’idées adéquate, et mon royaume nocturne déferla.  La jungle, les odeurs étranges, la terre mouillée, le chemin de fer à travers les herbes, les marais baignés de lumière dorée. Le flot s’arrêta aussi vite qu’il était arrivé. J’ouvris les yeux à nouveau, et me levait entièrement. Nu, devant la fenêtre ouverte, je contemplais la vue qui s’offrait à moi : une banlieue remplie de pavillons identiques, gris. Un soleil pâle, morne. Et un constant défilé de voitures.</p>
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		<title>Le Harem</title>
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		<pubDate>Sun, 29 Jul 2007 13:54:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Johann</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Il y avait son visage, perdu au milieu d’un océan de sons qui résonnaient en mon ventre comme de violentes pulsations de coeur. Il y avait ces lumières multicolores un peu partout, qui rendaient les contours de tous les êtres présents flous et déformés, sans relief ni imperfections. Il y avait ces odeurs de sueur. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="left">Il y avait son visage, perdu au milieu d’un océan de sons qui résonnaient en mon ventre comme de violentes pulsations de coeur. Il y avait ces lumières multicolores un peu partout, qui rendaient les contours de tous les êtres présents flous et déformés, sans relief ni imperfections. Il y avait ces odeurs de sueur. Cette douce brume de tabac. Ces haleines de vodka, de gin, de champagne ou de bien d’autres produits distillés encore. J’étais là, à cette heure avancée, à danser au milieu de centaines d’autres hommes de façon à ce que quelqu’un me remarque. Poses suggestives, chemise bien ouverte. Oui, je devais avoir l’air un peu ridicule, avec mes petits bourrelets et ma forte pilosité, au milieu de tous ces éphèbes épilés. Pourtant, je ne ressentais absolument aucune honte. Il s’agissait là d’un de ces seuls moments où, ô volupté des voluptés, j’arrivais à lâcher prise sur le manque de confiance en soi qui me caractérise. J’étais sobre pourtant, parfaitement clair dans mes pensées. Pour une fois, j’avais envie d’être beau, de plaire et d’oublier tout le reste. Jouer le jeu de la séduction, rien qu’une heure, moi qui d’ordinaire me l’interdit formellement, de peur de… de peur de quoi, d’ailleurs ? Qu’est-ce que je risquerais à me frotter un peu plus aux joies de l’amour futile ? Absolument rien. Mais voilà, mon inconscient, lui, ne pense absolument pas la même chose. Le fourbe transmet à mon conscient des informations erronnées, selon lesquelles je suis gros, laid, inintéressant, inculte, j’en passe et des meilleures. Alors j’étais là, à jeter mon regard partout autour du moi, au milieu de tous ces biceps, cuisses, et autres abbatis appétissants, à chercher avidement celui qui viendrait me rendre ma joie de vivre.<br />
J’ai d’abord senti ce titillement dans la nuque, ces petits poils qui se hérissent sans trop qu’on sache pourquoi. J’ai légèrement tourné mon visage vers des yeux qui dardaient dans ma direction. Il n’était peut-être pas beau, je n’en sais pas vraiment grand-chose, dans cette pénombre qui favorise les échanges, mais il était très masculin et les volutes de phéromones protectrices qui se dégageaient de lui émoustillaient mon sixième sens. L’inconnu, la nouveauté sans cesse renouvelée, cette sarabande que l’on doit jouer sur un ton différent à chaque fois, pour attirer un auditeur changeant… voilà ce qu’est le sel de l’existence, la difficulté du jeu de la séduction dont le niveau change avec la personne que l’on a en face. L’homme détournait le regard lorsque je tournais la tête vers lui. Je fermais les yeux, absorbés dans la coordination de mes mouvements saccadés, et je sentis qu’il me regardait de nouveau. Nos pupilles se sont rejointes une fois de plus. Puis une autre. Et encore, toujours. Au bout d’un moment, un vide se créa entre lui et moi, dans un vibration plus forte que les autres qui entraîna les danseurs vers les rebords de la piste. Il se glissa tel un serpent dans ce creux providentiel et se rapprocha brusquement de moi. Je ne me détournais pas, cela faisait quelques minutes que j’attendais avec impatience ce premier contact. Je crus qu’il allait m’embrasser d’autorité, comme ça, d’un coup. Non, il ne fut pas aussi brutal. Il me fit un compliment à l’oreille, que j’ai encore du mal à filtrer : s’agissait-il d’ironie fort bien filtrée ou de sincérité ? « Tu danses bien. » Moi qui devait ressembler à un singe en costume de Travolta ? Chut, silence, fichu inconscient. Je choisis sur le moment un mode qui marche en général particulièrement bien : l’auto-dépréciation. Cette politesse à la chinoise (qui veut qu’on refuse toute proposition deux fois avant d’accepter à la troisième, technique qui est d’ailleurs tout aussi valable pour les compliments) fonctionna à merveille et il me rassura sur mon image en se rapprochant encore plus de moi. En proie soumise, je baissais la tête et calquais mes mouvements sur les siens. Je sentais son érection et la mienne monta brusquement. Son sang passait dans le mien par les faibles surfaces de peau que nous mettions l’un et l’autre en contact. Son souffle se mêlait au mien, j’absorbais peu à peu son énergie, et il faisait de même avec moi. Ses lèvres se rapprochaient des miennes, doucement, au point que je voulus me plaquer contre lui et laisser exploser ces hormones qui pulsaient jusque dans les plus petites de mes veines. Doucement, il s’approcha.<br />
J’avais complètement oublié mon cher et tendre, qui dansait non loin, et qui n’avait rien perdu de la scène. Au moment où je sortais le bout de ma langue pour la passer sur les lèvres de l’inconnu, il me tira brusquement en arrière et m’asséna une gifle monumentale, devant trois cents personnes au bas mot. L’inconnu s’enfuit précipitamment, vite caché par le flot mouvant des danseurs, et je restais là devant les imprécations de l’amant bafoué.<br />
Mon inconscient jubilait : j’étais devenu le dominant de tous ces hommes – on allait même jusqu’à se battre pour m’avoir. Mais mon conscient, lui, était, une fois de plus, en mille morceaux.</p>
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		<title>Encore un matin pâle</title>
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		<pubDate>Sun, 01 Jul 2007 05:34:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Johann</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Il est cinq heures et demi. Je m’extirpe du lit où j’ai peu dormi, et m’habille rapidement. Sans faire de bruit, je referme la porte derrière moi. Dans l’ascenseur, je remarque qu’un odieux moustique a sauvagement piqué ma joue gauche. Elle est un peu chaude. Lorsque je passe la porte, le froid m’envahit. Peut-être le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="left">Il est cinq heures et demi. Je m’extirpe du lit où j’ai peu dormi, et m’habille rapidement. Sans faire de bruit, je referme la porte derrière moi. Dans l’ascenseur, je remarque qu’un odieux moustique a sauvagement piqué ma joue gauche. Elle est un peu chaude.<br />
Lorsque je passe la porte, le froid m’envahit. Peut-être le terme est-il trop fort ? Il ne s’agit que de fraîcheur, peu de saison pour un mois de juillet débutant. Le sol est mouillé. Il pleut encore, de fait. Un petit crachin fort peu de région, lui.<br />
Mon vélo m’attend sagement. La selle est trempée, je redoute à l’avance la morsure liquide à travers le tissu de mon pantalon. Je teste un peu les freins, et commence à dévaler les rues quasi-désertes de ce dimanche matin. J’anticipe et me réjouis de traverser le bois de Vincennes si tôt. Le palais de la porte dorée est éteint, et il me regarde passer d’un air bienveillant, comme toujours : totem ancestral. Ce petit coin de Paris m’a vu naître, grandir, je m’y sens incroyablement à l’aise, chez moi. Je fais le tour du lac Daumesnil, salue une pute qui a apparemment passé une mauvaise nuit, croise quelques voitures au pas, avec pour conducteurs de vieux messieurs en cherchant des plus jeunes.<br />
L’air est frais, la pluie s’est presque arrêtée. Je ne suis pas essouflé, tout est comme il faut. Le ciel est une gigantesque aquarelle à la myriade de tons bleus et gris.<br />
En descendant la côte de Charenton, je résiste à la tentation de me laisser descendre d’un coup, sans freins, par le sens interdit, jusqu’au-dessus de la Seine, comme je l’ai fait tant de fois étant ado. Mais je suis adulte et un tant soit peu raisonnable, maintenant. Quoique.<br />
Le retour sur la plat maisonnais est toujours décevant. Une grande avenue bien tracée, connue jusqu’au dernier centimètre, des arbres alignés et rien d’autre.</p>
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		<title>La Piscine</title>
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		<pubDate>Mon, 21 May 2007 15:51:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Johann</dc:creator>
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		<description><![CDATA[D’habitude, tout va bien. Puis, un matin, sans prévenir, je me réveille avec une boule dans la gorge. Dans ma tête, il y a un afflux de pensées tristes incontrôlables. Je revois des scènes depuis très longtemps passées, et ça me fait mal. En me levant, je me regarde dans le miroir de la salle [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="left">D’habitude, tout va bien. Puis, un matin, sans prévenir, je me réveille avec une boule dans la gorge. Dans ma tête, il y a un afflux de pensées tristes incontrôlables. Je revois des scènes depuis très longtemps passées, et ça me fait mal. En me levant, je me regarde dans le miroir de la salle de bains et me trouve grisâtre, diminué. Je me regarde dans les yeux et recompose mon expression. Neutre, simple.<br />
En allant travailler, ça va mieux. Dans le métro, je suis dans une bulle. Tous les autres tirent la même tête que moi. Les transports en commun ont un effet calmant, voire anesthésiant. J’arrive au travail. J’en ai oublié mon réveil. La matinée suit son cours. Puis, soudain, un appel parmi d’autres. Je dis bonjour, et ma voix se brise. La boule est là, dans ma gorge. C’est comme si ma pomme d’Adam était sortie de son logement. Ca fait mal. Les larmes m’en coulent des yeux. Je dis pardon, je vous rappelle, puis cours aux toilettes. Je m’essuie les yeux, reprends mon masque dans le miroir.<br />
A midi, je n’y tiens plus. Au lieu de manger, je passe chez moi prendre mon maillot de bain, puis vais à la piscine. Je cours presque. Je plonge et pénètre dans l’eau. Je pleure. Je pleure encore et mes larmes salent l’eau. Je traverse la moitié de la piscine en apnée et remonte chercher de l’air. Je pleure encore, toujours sous l’eau. Je refais ça une demi-heure, jusqu’à en avoir des crampes partout. Quand je sors, ça va mieux. Mes yeux rouges ? Le chlore.<br />
Je me rhabille et retourne au travail. Jusqu’au soir, ça va. Je rentre chez moi. La boule m’attend. Il faudrait que ça cesse. Je ne peux pas aller à la piscine tous les jours. Où alors, une fois, je resterai au fond du bassin, tiens.</p>
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		<title>Conte des deux trottoirs</title>
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		<pubDate>Sat, 28 Apr 2007 15:28:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Johann</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Nouvelles]]></category>

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		<description><![CDATA[Par tous les temps, c’était le même rituel. Aux alentours de dix heures, il descendait les six étages de l’immeuble, traversait la rue en arrêtant (parfois in extremis) la circulation d’un geste impérieux, enjambait le rebord du haut trottoir, et poussait la porte vitrée du café, qui était la plupart du temps désert. Son rituel [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Par tous les temps, c’était le même rituel. Aux alentours de dix heures, il descendait les six étages de l’immeuble, traversait la rue en arrêtant (parfois <em>in extremis</em>) la circulation d’un geste impérieux, enjambait le rebord du haut trottoir, et poussait la porte vitrée du café, qui était la plupart du temps désert. Son rituel s’arrêtait là : il ne commandait pas chaque jour la même boisson, n’arrivait pas vraiment à la même heure, ne s’asseyait pas deux fois de suite au même endroit. Une constante cependant marquait son arrivée : un pas claquant, martial, mais mal assuré, comme s’il se forçait à ramener vivement la plante des pieds au sol de peur que ceux-ci ne partent sur le côté ou encore dans une position embarrassante. Il avait vite appris à connaître les vendeurs et vendeuses par leur prénom. De vingt ans l’aîné du plus vieux d’entre d’eux, il avait toujours bénéficié de la formule de politesse réservée aux aînés : Monsieur. Six mois après le premier café (triple expresso, grande taille, framboise), tous et toutes connaissaient ses déboires scénaristiques. Monsieur avait du mal avec les cent dernières pages de son roman. Parfois, il en écrivait trois par jour, parfois cinq lignes, parfois rien. Parfois même, il supprimait des passages. A Noël, pris d’une soudaine colère contre lui-même, il arracha les cinquantes dernières pages de son plus récent cahier et la vie de son héroïne se trouva ainsi amputée des cinq dernières années de sa vie. A force de pas en arrière additionnés en trop grand nombre aux pas en avant, il finissait par presque stagner, baignant la plupart du temps dans l’insatisfaction la plus complète. Pendant une semaine, alors que la neige tombait en larges et lympathiques flocons sur les rues soudain silencieuses, il n’écrivit pas un mot. Fixant pendant des heures le vide abyssal et hurlant des pages blanches non encore mutilées, il tentait de faire vivre de son esprit et de son encre la fragile protagoniste solitaire de son oeuvre. En vain. Le matin du huitième jour, un mardi, il arriva dans le café, sale, poché et trop calme. A tel point que Céline, de service ce jour-là, effarée par son air de chauve-souris, lui offrit, de la part de la maison, la boisson désirée. Alors qu’elle préparait un chocolat viennois (épices, sans sucre, extra-chaud) de ses mains expérimentées, il se prit en train de l’observer plus que la décence le voudrait. Oh, rien de bien coupable, non. En fait, il tentait de coller sur son visage, sur ses gestes, et sur son existence, celle qu’il avait pendant des mois subtilement forgée pour son héroïne. Son esprit, lentement, s’ouvrait. Et par Céline, il réussissait à acquérir la substance qu’il lui manquait pour continuer. Devant lui : la preuve vivante du réalisme et de la viabilité des histoires qui sortaient chaque jour des circonvolutions de son cerveau imaginatif. Il la remercia, prit sa boisson, et remonta dans sa tour, au sixième étage. Ce soir-là, il écrivit vingt pages, et dût s’arrêter pour cause de vives douleurs au poignet. Le lendemain matin, son articulation était tellement gonflée qu’il dût faire venir un médecin. Les atteintes articulaires ne s’avérèrent pas grave, mais le praticien lui interdit formellement le moindre mot couché sur le papier pendant un mois. Peu importe, pensa t-il. Cinq minutes plus tard, il était de retour au café. Il y a passa dorénavant cinq fois par jour, observant attentivement mais discrètement Céline, Sophie, Nicolas S. et Nicolas R., Benoît, Jacinto, Laura, Pascal et les autres. Jour après jour, il les dépouillait de leur forme humaine et les transposait dans le livre en cours d’écriture. Il acquit un réalisme incroyable, un sens du détail humain proche de la vivisection. Il ne se cachait pas pour autant. Son manège fut vivre remarqué par le personnel : ils lui demandèrent, curieux plutôt qu’inquiets, les raisons de cette soudaine attraction pour les vendeurs et vendeuses du café. Patiemment, il expliqua. Il fut peu compris, aucun d’eux ne partageant son dévouement pour les oeuvre littéraires. Néanmoins, ils furent rassurées et les laissèrent en paix s’adonner à sa contemplation. L’été vint. Monsieur continuait. Un jour de chaleur, en juillet, il prit le stylo-plume, et alla poser sa main sur le papier. Mais il n’écrivit rien. Il signa. Le livre était prêt. Il l’envoya à son éditeur par coursier. Monsieur avait terminé sa tâche.</p>
<p>Le lendemain, il faisait plus frais. Une brise légère soulevait les branches des arbres et les jupes des femmes et des folles. Arrivé à dix heures, il se trouva pris de l’envie d’aller au cfaé. Au début, il prit le parti de croire à un soudain besoin de caféine, mais il dût vite se rendre à l’évidence : ce n’était pas un latte (mousse de lait, glacé) qui lui faisait envie, mais d’avoir sous les yeux les personnages de son futur succès. Car c’était bien ce que les vendeurs étaient devenus, de par la lente métamorphose accomplie par son esprit glorieusement enfiévré d’inspiration. La main sur le loquet de la porte, il eût honte. Son activité, hier encore utile, marquée du sceau de l’art de l’écriture, devenait aujourd’hui une simple expression de perversité, d’une manipulation intériorisée. Pourtant, son for intérieur lui soufflait — non, lui ordonnait — de céder à la tentation de prolonger l’univers littéraire qu’il avait patiemment tissé autour de lui des mois durant. Il descendit les escaliers et se rendit en face : ce fut Céline, l’involontaire muse, qui l’accueillit et lui demande qu’il désirait. Ayant énoncé sa commande et laissé quelques secondes s’écouler, à la fois par politesse et pour ne pas paraître trop empressé, il lui avoua avoir fini son livre. Sans trop de chaleur, elle le félicita, puis repartit à sa préparation. Il fut blessé sans l’admettre. Après tout, cette femme était maintenant partie intégrante de son oeuvre. Il s’était servi d’elle, de ses manières calmes, de ses mimiques, de son ton, de son âme même, afin de concrétiser ler personnage principal de son manuscrit. Grâce à elle, <em>l’autre</em> avait pu prendre forme humaine, acquérir écorce et essence. mais l’originale semblait ne pas le comprendre. D’ailleurs, comment aurait-elle pu ? Jamais il n’avait montré ses écrits à quelqu’un d’autre. Pris d’un soudain éclair de lucidité sociale, il l’invita sans plus attendre à parcourir une copie de son livre, chez lui, en face. Il vit le regard de sa muse se durcir, et elle lui fit aigrement remarquer qu’elle était en plein travail. Elle ajouta peu après, à voix basse et cassante, qu’elle était mariée. Bouchée bée par cette ultime remarque, il tenta de se justifier, mais il eut à peine le temps de produire un incompréhensible bredouillement avant qu’elle l’interrompe en lui mettant son gobelet bouillant dans la main droite et en lui souhaitant d’un ton on ne peut plus commercial et ferme une bonne journée. Se sentant rougir sous les effets combinés de la honte, de la surprise et de la colère, il s’enfuit chez lui sans demander son reste ni sa monnaie. Arrivé dans la relative quiétude de son appartement, il posa la main sur son coeur chancelant. Elle lui avait apporté une preuve : à trop vampiriser les âmes des autres, il s’était enfermé dans un univers d’imaginaire tout droit sorti de sa tête. Il était son propre Dédale, bâtisseur d’un labyrinthe d’illusion. Monsieur cessa donc d’aller au café, sachant par avance que la réaction qu’il attendait ne serait pas celle présente. Il ne sortit plus de chez lui, ne vit plus personne, se contentant de converser avec le monde extérieur par l’intermédiaire du téléphone. L’été s’écoulait derrière ses rideaux et ses stores mais ses yeux se refusaient à le vor. Une semaine après l’évènement, il reçut un coup de fil de l’éditeur, lui annonçant des retours splendides des lecteurs et une publication à la rentrée, avec toute la publicité dûe à un best-seller. Il le remercia, et raccrocha. Son humeur ne changea pas. Elle restait terne. Trois jours plus tard, il ne dormait plus. Il maigrit, ne mangeant que par pure necessité physique, lorsque la douleur dans son estomac devenait trop forte. Son frère, en ville pour quelques jours, le trouva dans un état si lamentable qu’il prit peur et l’emmena de force à l’hôpital. Là-bas, on le perfusa. Contre son gré, il reprit en un week-end les couleurs de la vie. Mais le médecin-chef continuait à s’inquiéter. Non pas pour son corps, mais pour son esprit. Monsieur refusa les traitements. Toujours préoccupé mais ne pouvant rien faire contre la volonté auto-destructrice de l’auteur, il lui fit signer une décharge et Monsieur rentra chez lui. Son frère ne l’entendit pas de cette oreille et le prit, de nouveau de force, sous son aile ; allant jusqu’à l’emmener chez lui, au bord de la mer. Là-bas, dans une atmosphère de perpétuelle kermesse, il prit la mesure de ce qu’il avait raté. Son frère lui présenta sa femme, plantureuse créature aux intentions maternelles envers toute personne approchant sa couvée ; ses enfants également, bien élevés et intelligents. Il savoura la plage, le plaisir si peu cérébral, ainsi qu’un lézard au minuscule cortex sur une pierre brûlante. Un mois durant, il se glissa dans la peau d’une autre personne, à l’inverse de cet hiomme de lettres austères et ermite qu’il avait été pendant si longtemps sans repos. Mais vint la fin des vacances. Les enfants durent retiourner à l’école, son frère au travail, et sa femme de même. Il retourna chez lui. Le premier sentiment qui se dégagea de cet appartement maintenant poussiéreux, à la forte odeur de renfermé, fût l’insoutenable impression que l’atroce bête griffue qu’était sa solitude lui plongeait les ongles au plus profond du coeur, reprenant ainsi le contrôle total sur lui. Le mois sans troubles passé au loin n’avait servi à rien — son véritable lui reprenait le dessus inexorablement. Sans même déballer ses valises, il s’allongea sur le lit et s’y endormit.</p>
<p>Le lendemain, son livre sortit. Il se réveilla tard, et coupa son téléphone pour ne plus entendre la sonnerie incessante. Il avala deux comprimés, et dormit une journée.</p>
<p>Une semaine passa pendant lesquels il ne fit rien que lire et penser, l’âme de plus en plus grise. Dans le journal qu’il recevait chaque matin dans sa boîte aux lettres, il vit sa photo et la critique dithyrambique de son oeuvre. Monsieur eût soudain envie de pleurer de lassitude, et se rendit compte que tout ce qu’il avait accompli ne lui servait à rien. Il se coucha tôt, après trois verres de vin blanc.</p>
<p>Monsieur fut réveillé par une espèce de gros chuchotement, comme une grand nombre de personnes voulant passer inaperçues assez maladroitement, derrière sa porte. Puyis un grand fracas de pieds dévalant les escaliers. Intrigué, il se leva et posa l’oeil sur le judas. Rien de visible dehors. Cependant, un élément le perturba, dans le bas de son champ de vision. Il ouvrit la porte. Devant lui, une floppée de gobelets en carton fumants. Il en compta plus d’une vingtaine, tous remplis à ras-bord, disposés en cercle. L’odeur du café remplissait le palier. Au centre du cercle, un post-it jaune : «de la part de vos personnages.» Il resta longtemps à contempler cette singulière offrande, les effluves brunes se repandant autour de lui, donnant à l’air une pesanteur nauséeuse. Sans y toucher, il referma la porte et s’y adossa, hébété. Son air idiot se mua vite en sourire en coin. Il avait finalement la preuve, non pas de la futilité de ses écrits, mais d’une présence, là-dehors, qui l’attendait. Et cette présence, ce n’était pas ses livres qui l’avait amenée. Du moins pas directement. Cette présence, ce n’était même pas l’auteur qui l’avait méritée. Ces gens, dehors, remerçiait l’homme.</p>
<p>Le lendemain, il commença son livre suivant.</p>
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