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Langueur

Dis­so­lu­tion de para­dis issu du songe
Souf­flant autour de ce coeur triste et las
Qui ne sut boire que dégoût dans la dou­ceur
Et perd son sang dans la dou­leur vulgaire.

Dès lors il accom­pagne, sur un rythme de danses
Dis­pa­rues, les troubles mélo­dies du déses­poir,
Tan­dis que les cou­ronnes stel­laires du vieil espoir
Meurent sur un autel depuis long­temps déserté par Dieu.

De l’ivresse des vins et des par­fums ne te resta
Qu’un sen­ti­ment aigu de honte –
L’hier en un reflet défi­guré – et te voilà broyé
Par le gris cha­grin du quotidien.

- Georg Trakl

Posté le 04.01.2009
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Les Ratures du Feu

Durant ces mois obs­curs, ma vie n’a scin­tillé que lorsque je fai­sais l’amour avec toi.
Comme la luciole qui s’allume et s’éteint, s’allume et s’éteint — nous pou­vons par ins­tants suivre son che­min
dans la nuit parmi les oliviers.

Durant ces mois obs­curs, ma vie est res­tée affa­lée et inerte
alors que mon corps s’en allait droit vers toi.
La nuit, le ciel hur­lait.
En cachette, nous tirions le lait du cos­mos, pour survivre.

- Tomas Trans­trö­mer, La Place Sau­vage (1983)

Posté le 25.11.2008
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Elévation

Je classe, d’un trait sombre, nos his­toires impar­faites à la lettre X
Elé­va­tion alpha­bé­tique, ciel d’avions, le bruit couvre la rumeur
On se per­cute sans se tou­cher, la chute nous ombrage
A l’automne, trop sou­vent, les feuilles mortes se ramassent à la pelle
J’aimerais par­fois que tu me prouves le contraire

Paris d’or et sans plage, le sable des roches m’aveugle
Noir à des­sein, côte Nor­mande et tête bais­sée, la ligne se cabre
Les nuages res­semblent à des vagues ; toute cette mousse m’écume
Struc­ture ana­to­mique et désir perdu, un vol plané sur les crêtes
Depart d’immédiat, renaître de peu, à quel temps sommes-nous ?

- Cyril Ber­thault Jac­quier (avec l’aimable auto­ri­sa­tion de l’auteur)

Posté le 28.09.2008
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Imprévu culturel

J’ai visité hier en com­pa­gnie de ma mère l’exposition sur Zao Wou-Ki, à la Biblio­thèque Natio­nale de France. J’ai trouvé ses oeuvres fort inté­res­santes, et éton­nantes de pro­fon­deur, lorsqu’elles sont vues de loin en par­ti­cu­lier. Ses illus­tra­tions de début de car­rière m’ont beau­coup tou­ché, égale­ment. Il a beau­coup illus­tré pour les poètes fran­çais. Mais le plus étrange, dans cette excur­sion, est que je suis tombé en arrêt devant un des textes pré­sen­tés. Voici l’extrait qui m’a figé sur place.

A la sur­face de l’étang, les hautes pattes très minces du fau­cheux qui, en cisaillant l’eau, se tient immo­bile contre le cou­rant.
A minuit passé, dans le noir, le petit bruit mat sur l’escalier de bois des pattes (presque sans pesan­teur) de la chatte, qui vient dor­mir à mes pieds.
Sur la dune, cueillir une tige, en frot­ter la paume de sa main et tout le reste de la jour­née res­pi­rer de temps en temps l’odeur de réglisse et de poivre.
Dans la mai­son qu’il faut quit­ter à l’automne, sur ce figuier qu’on adju­rait de mûrir enfin, une seule figue mûre à l’instant du départ. La cou­per en deux, et sa chair vio­la­cée brille au soleil de sep­tembre à sa fin. […]

Claude Roy

Posté le 22.08.2008
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Où l’on soupire

(Je me sens un peu vide, en ce moment. Un peu trop seul. Heu­reu­se­ment, j’ai mes pen­sées positives.)

Pen­dant plu­sieurs jours de suite, la pluie ne s’est pas arrêté. Les jeunes feuilles ont subi­te­ment pris des teintes plus pro­fondes, et de ma fenêtre, tout ce qu’enfermait mon regard était vert. Devant ma chambre étaient plan­tés quelques ormes encore jeunes. Leur feuillage lui­sait sous la pluie.

Les Années Douces, Hiromi Kawakami

(Moi, devant ma fenêtre, j’ai le ciel, mais je suis trop haut pour avoir des arbres. Qu’aimerais-je vrai­ment trou­ver au-dehors ? Un petit bois de mon­tagne, bru­meux, avec un petit cours d’eau et un petit étang. Calme. Voilà.)

Posté le 18.05.2008
Catégories : Autobiographique, Citations
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Quadrichromie de l’ivresse

Alors, l’homme aux mains nues
Les trai­tera en sœurs,
Irri­guera leur soif
De ses moindres sueurs,
Nour­rira leurs espoirs
De fumure et d’orgueil,
En eaux de cuivre bleu
Maquillera la feuille
En irréelle acanthe
Aux perles d’ambre et d’or,
En gre­nats cra­moi­sis
Par les feux de l’aurore,
En ces aubes blan­chies
Par des rosées dis­crètes,
Où son âme s’envole
En récoltes secrètes […]

Michel Cha­var­riaLe Fai­seur de Ver­meil (avec l’aimable auto­ri­sa­tion de l’auteur)

Posté le 11.04.2008
Catégories : Citations
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Effet Tcherenkov

Il nous arrive d’être ébahis devant des mon­tagnes, des océans, des soleils, d’être impres­sion­nés par ce qui est hors de notre por­tée, par ce que nos mains ne sau­raient pas fabri­quer, ce que nos esprits seraient inca­pables de conce­voir. Mais on ne s’attend à rien devant les hommes. Rien qu’à des sen­ti­ments ordi­naires. Et puis, un jour, il en est un qui sur­vient, auquel on n’est pas pré­pa­rés, et on a les genoux qui ploient. On ne sait pas dire pour­quoi. On en trouve pas les mots. Ça n’a rien de reli­gieux. On n’est pas dans l’adoration. C’est quelque chose qui a à voir avec la grâce, avec la magie. Sou­dain, on est dans l’éblouissement. On est un pas en arrière, ou un cran au-dessous. On est tenu à dis­tance. Le sen­ti­ment qu’on éprouve, ça n’est pas for­cé­ment du désir. Pour les femmes, peut-être, oui. Mais c’est autre chose aussi. Une sorte de réserve. Un res­pect face à une puis­sance indi­cible. Il y a des hommes qui ne sont pas juste des hommes.

Phi­lippe Bes­son, Un ins­tant d’abandon

Posté le 10.01.2008
Catégories : Citations
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Un regard sur le monde caché

Ce matin-là, j’étais venu à l’aurore me blot­tir dans les bras du fleuve. Un peu comme le foehn qui, des couches vaseuses, réchauffe l’émeraude endor­mie des étangs de pins. Mais je n’étais pas le vent. Aux creux des pha­langes de limon, galets aphones et glis­sants, eaux troubles, un lit informe, défait par les crues. Les col­lines alen­tour se dres­saient dans leur étrangeté.

Aube bleue, brute et vierge comme au pre­mier matin, qui exté­nue le bleu mou des veines, je ne connais plus la lente infu­sion de ta langue… Par­fois, c’est un caillot d’ardoise, lourd, tran­chant, qui pal­pite en sac­cades pénibles et inau­dibles ; tes voix muettes, bouillon­nantes, cognent à mes rivages… sans écho. Le large m’a pris, dérive cen­tri­fuge ; l’exil est double, il déborde mes digues, ravine notre histoire.

Hier encore, tu sem­blais dire: «Prends soin de la vigne qui donne tout et ignore tout. Si toi aussi tu aimes… Et les pluies viendront.» — Ou était-ce avant-hier?

Il y a de la résine dans l’air. Je panse mes vides.

Chaque jour est une pro­messe recom­men­cée qui efface l’autre… Ainsi tu tiens parole, aube, car ta genèse est éternelle.

Yvan Arno, Paroles d’aube (avec l’aimable auto­ri­sa­tion de l’auteur).

Posté le 18.12.2007
Catégories : Citations, Poésie, Prose
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Coup d’éclat

Le tor­rent impé­tueux d’une joie folle, qui res­sem­blait à de la dou­leur, cou­rut à tra­vers lui, toutes digues bri­sées. Masaki se pinça for­te­ment la poi­trine de la main droite, comme si l’émotion qui le tra­ver­sait était insup­por­table s’il ne la par­ta­geait pas avec une autre souf­france. Les bat­te­ments de son coeur s’accélèrent. La mâchoire ten­due en avant, il res­pi­rait en hale­tant. La ligne du cou blanc de la femme, que sa posi­tion fai­sait res­sor­tir, sem­blait flot­ter sous la lumière splen­dide de la lune comme une sta­tue d’albâtre.

Hirano Keii­chirô, Conte de la Pre­mière Lune

Posté le 29.11.2007
Catégories : Citations
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Citation adaptée

Sonne zer­reißt
den Nebel­vo­rhang
noch ein Tag gewonnen

Mar­tin Berner

Posté le 30.06.2007
Catégories : Citations, Haïku, Poésie
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Zombie (en anglais)

[…] ‘Life is like a dream; life and death are lin­ked, so death isn’t really so ter­ri­fying. The truly ter­ri­fying thing is that so many people are alive but do not live well.‘
’ In Chi­nese we call that Zom­bie.‘
He chu­ck­led and kis­sed me lightly on the lips. ‘Go to sleep.‘
In the air, tiny bursts of blue fire see­med to glim­mer and then disap­pea­red until all that remai­ned was the sil­ver moon­light and myself, half awake and half in a dream.

Wei Hui, Mar­rying Buddha

Posté le 12.05.2007
Catégories : Citations
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Evocation nocturne

« Ecoute, ô nuit, dans les préaux déserts et sous les arches soli­taires, parmi les ruines saintes et l’émiettement des vieilles ter­mi­tières, le grand pas sou­ve­rain de l’âme sans tanière,
« Comme aux dalles de bronze où rode­rait un fauve.

Saint-John Perse, Chro­nique, VIII

Posté le 09.05.2007
Catégories : Citations, Poésie
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Fort agréable à évoquer

C’est un amant hors pair, lisse, sen­sible et déli­cieux. Je prends tout ce qu’il a de bon à don­ner, je donne ce qu’il attend, je n’attends rien. Je perds l’accès, et lui plus encore, à quelque chose en moi qui n’a pas eu le temps de s’épanouir, je le sais. Mais il est très bon aussi de faire l’amour au brouillon.

Raphaële Vida­ling, La Femme Quittée

Posté le 06.05.2007
Catégories : Citations
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Préambule

S’ils se referment au matin
 – les volu­bi­lis
c’est par haine des hommes !

Chiyo-ni

Posté le 28.04.2007
Catégories : Citations, Haïku, Poésie
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