Catégorie Autobiographique

Huître

Au matin, sur ma ban­lieue, la pluie drue se met à tom­ber, cou­vrant sou­dai­ne­ment le gris d’un voile blan­châtre tour­billon­nant. C’est jour de grève. Mon père ne va pas tar­der à ren­trer pour aller, fidèle à sa tra­di­tion plus qu’à ses convic­tions, mani­fes­ter contre le pou­voir en place, sous la gri­saille indif­fé­rente. Ce cra­chin uni­for­mise tout, fond dans un lavis vieux de trente ans les bâti­ments alen­tours. Je vieillis aussi. Pas aussi vite, mais plus serei­ne­ment. La pein­ture de mon être forme des écailles qui seront admi­rées des cri­tiques d’art. Face à l’adversité et aux revers, je forme des couches de nacre. Je suis un coquillage dans cette mer de brume laiteuse.

Posté le 27.05.2010
Catégories : Autobiographique
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Soupirs près d’Eberswalde

Le froid reprend aujourd’hui ses droits sur Schö­ne­berg, entre deux nuages facé­tieux, tout en effi­lo­chades. Je tire mes bagages d’un bras morne, pas vrai­ment motivé par quoi que ce soit, et sur­tout pas par l’envie de ren­trer. Replon­ger dans l’immense gelée grise de la ban­lieue pari­sienne : voilà ce qui me mange comme une gan­grène fou­droyante à chaque retour. J’en pleure et me débat à chaque vol.

C’est étrange. Ce besoin de par­ler des départs, des retours, mais pas des séjours. Le mou­ve­ment serait-il plus impor­tant que l’immobile ? L’immobile rend silencieux.

Tout éclate de vert — je me prend à rêver, en idées de réfé­rences, que c’est ma pré­sence, en faune por­teur de vie, qui a apporté cette pous­sée de sève. Les arbres et la nature autour pompent mon éner­gie, je la sens un peu dimi­nuée. Mais c’est pour la bonne cause, alors pour­quoi se plaindre ? Je suis ravi de contri­buer à ce bras­sage éner­gé­tique grandiose.

J’ai été rendre visite à Dieu, à Cho­rin. J’en connais plus d’un qui m’accuserait de blas­phème — et je sais que l’idéal serait que je Le sente par­tout. Mais je n’y peux rien, c’est là, dans cette église de brique et de bois, incroya­ble­ment calme, au coeur du Bran­den­burg, que je peux Lui par­ler le plus clai­re­ment. C’est là que nous nous ren­con­trons. Suis-je un mau­vais pro­tes­tant pour autant ? Je sais que non. C’est ma sen­si­bi­lité qui s’exprime. Royau­mont, le cloître de la cathé­drale du Puy, tous ces endroits sont aussi forts et me per­mettent ces ren­contres. Je dois avoir un peu trop de mys­tique pour un cal­vi­niste dés­in­carné. A cha­cun sa Foi et à Dieu seul la Gloire… Mais il par­tage la Grâce. Dieu est un grand archi­tecte d’Amour.

C’est aussi ras­su­rant d’avoir main­te­nant ce pilier auquel me rat­ta­cher. Cela per­met d’estomper, de pas­ser en demi-teintes, cer­tains stress et doutes de la vie. Une force de plus.

Le jour de mon départ, au Café Stei­ner, il y avait :
 – Schweizerwurst-käse-salat (€ 4.50) ;
 – Bock­wurst mit kar­tof­fel­sa­lat (€ 4.30) ;
 – Toma­ten­suppe mit krab­ben (€ 3.90).
Je ne sais pas pour­quoi, je fus pris d’une irré­pres­sible envie de rendre ce menu intem­po­rel dans mon car­net. Je suis étrange. (Mais j’aime les petites choses simples.)

Nuages effi­lés
Der­niers effluves de tabac
Ren­trons maintenant.

Posté le 30.04.2010
Catégories : Autobiographique, Religion
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Géodésespoir

Peut-on mou­rir de n’être pas au bon endroit sur la Terre ?

Posté le 29.04.2010
Catégories : Autobiographique
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Une année de plus

L’avion tremble. Pas de cendres vol­ca­niques pro­mises, pas de cou­cher de soleil rouge, juste des orages, à l’atterrissage au-dessus du Bran­den­burg. L’aile perce la couche de nuages et j’aperçois, d’un coup, l’enfilade de lacs et de rivières tout autour de Ber­lin. J’ai poussé, presque sans l’entendre, tout à fait incons­ciem­ment, un sou­pir ;  je ne sais pas s’il est de sou­la­ge­ment, de bon­heur, tout sim­ple­ment d’émotion brute — non raf­fi­née. Le long col­lier de perles iri­des­centes sur le cou de la Spree est tou­jours le signe alti­mé­trique de l’arrivée immi­nente au sol. Ma mai­son. Pourquoi ?

La pre­mière fois que j’ai posé le pied — Et Dieu sait si pour­tant, c’était sur le tar­mac inhos­pi­ta­lier de Schö­ne­feld, le Beauvais-Tillé ber­li­nois — sur la terre d’ici, les cou­rants tel­lu­riques se sont pré­ci­pi­tés, tous à la fois, avec la force d’un bar­rage qui se rompt, furieux, en moi. Lumières, pro­jec­teurs, choeurs d’anges afro-américains dénu­dés. J’ai trouvé ma scène, mon théâtre.

Ce serait un peu de la psy­cho­lo­gie de comp­toir de dire que la cité par­tage un his­to­rique com­mun au mien : je ne le connais pas — nous avons été détruits puis recons­truits à la va-vite. L’analogie est facile. La ville se cherche et est rem­plie de gens qui se cherchent égale­ment. En bon pari­sien perdu, je viens errer dans les larges rues et les cor­ri­dors sombres de la ville-labyrinthe dont les ave­nues se res­semblent tant qu’on passe son temps à guet­ter son arrêt de bus. Les points de repère s’effaçent. Ainsi, il est plus facile de recons­truire les siens.

Net­toyage par le vide : fuir, se mettre à nu. Phy­si­que­ment, aussi, au bord d’un lac, ignoré par les gens et les arbres en forme de plu­meau qui bruissent, tout autour.

Il fait encore froid. C’est bien­tôt mon anni­ver­saire. Pas un nuage. Pas un nuage. Pas de cendres. Je ferme les yeux, oublie qu’il fau­dra que je revienne. D’ici-là, réflé­chir, ancrer mon âme ici.

Posté le 27.04.2010
Catégories : Autobiographique, Rituels
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Outils d’écriture

J’écris déses­pé­re­ment peu. C’est un fait. Lorsque je veux m’y mettre, sor­tir un peu de poé­sie de mon tor­turé cer­ve­let, je me ritua­lise. C’est obli­ga­toire. Sinon, rien ne sort. Impos­sible par exemple de se mettre à poé­ti­ser, en vers ou en prose, sur un cla­vier, devant un écran d’ordinateur. Blo­cage immé­diat, de longue durée. Il me faut un car­net, un stylo-plume.1

Objets d'écriture

Ce billet se veut un peu snob, pas spon­so­risé du tout, j’avais envie de par­ta­ger un peu ce qui trace mes caractères.

Quels sont mes objets d’écriture ? Cha­cun cor­res­pond à une uti­lité, à un moment. J’en ai trois depuis peu.

Stylos-plumes

Mon pre­mier m’a été offert à Pâques par ma grand-mère pater­nelle. Elle a pour­tant un his­to­rique de cadeaux embar­ras­sants. Là, elle a tapé pile dans le mille. Je suis resté un peu inter­lo­qué devant le paquet ouvert — il est fort joli. Je ne suis pour­tant pas un grand fan de Par­ker, mais celui-là est un bel objet. C’est un Par­ker Son­net (noir), et chose que j’adore, qui marche aussi bien à car­touches qu’à pompe. Autre­ment dit, il est tout le temps rem­pli avec de l’encre (en par­ti­cu­lier l’encre anglaise du Comp­toir des Écri­tures que j’apprécie beau­coup, même si elle est un peu longue à sécher).
Il écrit large. Peu adapté aux petits car­nets. J’aime l’utiliser quand j’ai de grandes feuilles. Le fait qu’il m’ait été offert comme cadeau de bap­tême et de pro­fes­sion de foi lui confère, dans ma tête, une cer­taine solen­nité. Je n’arrive pas à m’en ser­vir pour écrire des conne­ries comme des listes de courses. C’est comme ça, je suis un symboliste.

Mon second, que j’ai acheté sur un coup de tête sur eBay un soir d’ennui, s’est avéré par­fait pour tout. J’en vou­lais un à pompe pour pou­voir uti­li­ser mes bou­teilles d’encre. Sa plume est médium, nette, claire. Je m’en sers tout le temps. Pour tout. C’est un Rotring 600 New­ton… il ne se fait plus, mais on peut en trou­ver sur eBay pas très cher. Il est par­ti­cu­liè­re­ment lourd, donc très stable.

Et enfin, celui que j’ai acheté il y a long­temps, Rue de Rennes (pour­quoi là-bas ?), sur un coup de tête, encore. Mon tout petit qui sert aux car­nets, mon Pilot mini. Très fin et si léger qu’on ne le sent pas dans la main. Le stylo des pattes de mouches.

Aucun des trois n’est par­ti­cu­liè­re­ment hors de prix, exe­cu­tive gold pla­ted ou je ne sais quoi. Mais j’aime me bala­der avec les trois, avoir le choix. Je revois encore cette scène de The Hours où Nicole Kid­man, jouant Vir­gi­nia Woolf, passe la main au-dessus d’un plu­mier rem­pli pour enfin se sai­sir de l’une d’elles, presque rageu­se­ment, après avoir écarté quelques autres négligemment…

J’aimerais que vous me disiez, vous qui pas­sez ici, quels sont vos objets d’écriture.

  1. Et acces­soi­re­ment un envi­ron­ne­ment propre, mais là on rentre dans mes névroses, bande de polis­sons voyeurs.
Posté le 10.04.2010
Catégories : Rituels
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Humeurs

Affres des fièvres
Tour­ments des nuits sans som­meils
Où êtes-vous, mains de dou­ceur
Repos de l’âme, sus­pens de la peine

Je tourne sans cesse à votre recherche
Dans ce lit bien trop blanc.

Verrai-je l’Aube ?

Posté le 27.01.2010
Catégories : Autobiographique, Poésie, Vers
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Pages blanches

Les lettres sur le fron­ton de la gare de Post­da­mer Platz sont ennei­gées. Rien ne veut fondre. Le pour­tour des rues se salit à peine. Je ne rêve plus que de cette fabu­leuse pou­dreuse où je m’enfonçais, loin au nord, à la recherche d’une abbaye vide au beau milieu d’une cam­pagne toute aussi vide. Le train avait eu du mal à repar­tir, la glace blo­quait le méca­nisme des portes – le chef de train (l’appelle t-on vrai­ment comme ça ?) les refer­maient toutes avec un mar­teau. Toc, toc, toc, toc. Sous les wagons, de grands pics d’eau gelée, avec les­quels on aurait pu tuer un homme.

Ber­lin est endor­mie. J’ai l’impression que per­sonne ici n’est vrai­ment d’ici. Je ne sais pas où sont les habi­tants. Au chaud, sans doute. L’expérience de nom­breux hivers similaires ?

Le grand choc, ce fut la pre­mière grand plaine blanche, imma­cu­lée, sans un arbre. Je tra­ver­sais une page blanche. Je crois avoir été à ce moment-là juste au-dessus des ban­lieues nord de Ber­lin, là où fina­le­ment, la ville s’arrête. Pas de fron­tière, pas de Fran­ci­lienne, rien. Pouf, le blanc. L’envie de balan­cer des grandes traî­nées d’encre de chine au pin­ceau et de for­mer de petits des­sins obs­cènes dessus.

Je n’étais en rien pré­paré à la tra­ver­sée des bois, qui selon le guide était « par­fai­te­ment bali­sée » et j’en conviens, les signes jaunes étaient aisé­ment repé­rables. Ce qu’avait beau­coup moins prévu les gen­tils auteurs, c’est qu’un tim­bré en mon genre déci­de­rait de faire une excur­sion sans équi­pe­ment aucun alors que cin­quante cen­ti­mètres de neige recouvrent le monde teu­ton. C’est donc en m’enfonçant jusqu’à mi-cuisse que j’ai par­couru les trois kilo­mètres de la gare aux terres de l’abbaye de Cho­rin, la belle cis­ter­cienne, aux baies ouvertes et de brique rouge.

Ayant perdu mon bon­net quelques jours avant, j’avais emporté mon casque, en guise de protège-oreilles, par des­sus ma capuche, et j’ai pu faire la tra­ver­sée le temps de deux concer­tos de Pou­lenc tota­le­ment cham­pêtres, doux, et qui se super­po­saient aux bruits de mes pas dans la neige. Pas fort bruyants, car la neige était com­po­sée d’une grande quan­tité de glace, eut égard à la tem­pé­ra­ture. Elle cris­sait donc tout particulièrement.

Une grande éten­due blanche aux formes arron­dies m’étonna vers la fin de mon périple. Il me fal­lut pas­ser un petit pont où l’eau cou­lait encore un peu pour com­prendre qu’il s’agissait d’un grand lac gelé.

Je fus seul dans l’abbaye, et rem­pli d’une pré­sence éton­nante qui m’éleva l’âme. Au sor­tir, il s’était remis à nei­ger le triple, au point qu’il nei­geait dans l’Église Abba­tiale, qui n’avait plus de vitraux depuis des siècles (en avait-elle eu ?) Je repar­tais à tra­vers la page blanche, jetant un œil au cime­tière et sou­hai­tant han­ter les lieux aux jours anni­ver­saires de ma mort.

Posté le 12.01.2010
Catégories : Autobiographique
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Prière à l’Aube

Oh, Ado­nai, Eter­nel mon Dieu,
Toi en qui je n’ai jamais cru,
Pour­quoi sa voix, lui qui semble avoir Ta voix,
Me fait-elle trem­bler le coeur dans le poitrail ?

Quelques sons ensom­meillés,
Tirés de ses rêves trou­blés,
Des sou­rires de m’entendre
M’ont trou­blé plus que je ne l’aurai pu croire.

Libère-moi de ma peine,
Et réunis-nous,
En effa­çant nos tris­tesses,
Et nos colères.

Amen.  (Pitié.)

Posté le 22.12.2009
Catégories : Autobiographique, Poésie, Vers
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Parfums

Ce qu’il m’en a fallu du temps
Pour ne plus fré­mir à ton odeur
Sur la peau d’un autre

Je mens comme je te respire.

Posté le 24.09.2009
Catégories : Autobiographique, Poésie, Poésie Courte, Vers
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Marée Noire et Bleue

(Semi-autobiographique pour le pre­mier dip­tyque de cette sai­son pour Akynou.)

C’était un matin comme les autres, somme toute. Un peu plus bleu que prévu. En un souffle rapide, un halè­te­ment de rails, et mes pieds fou­laient sou­dain le sable de la baie de Somme. J’avais l’habitude de ces rivages vides de peuple, et je le trou­vais là rem­pli, grouillant d’agitation. Des enfants sur­veillés et tan­cés à peine, par­fois, par leurs famille fières. Les quelques couples silen­cieux, plein de leur amour et du bruit des vagues.

J’ai cher­ché une main à laquelle me rac­cro­cher. Je me suis retourné, croyant entendre mon nom, revi­vant bru­ta­le­ment des bon­heurs déjà pas­sés. J’ai erré de Quend-Plage à Fort-Mahon, m’enfonçant dans les rigoles creu­sées dans le sable, hagard, écou­tant dans les souffles des dunes et des nuages rares les échos de nos tou­chers disparus.

Je cher­chais en vain ma place qui n’y était plus. Je suis ren­tré à Paris. Aux alen­tours de la Gare du Nord, j’ai mar­ché sans but, igno­rant toute logique. Et dans une ruelle, j’ai senti que la las­si­tude était juste un peu trop forte pour que mes jambes me portent plus loin. Alors, je me suis allongé, sans per­sonne autour, la joue contre le bitume de mes jours durs.

Posté le 16.09.2008
Catégories : Autobiographique, Nouvelles
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Les Brumes du Nord

Demain, dans le matin, je par­ti­rai rejoindre les brumes de la Baie de Somme, l’espace de quelques heures.

Une paren­thèse bien­ve­nue. Dois-je empor­ter mon vélo ou faire un peu de stop, de Rue à Quend-Plage-les-Pins ?

Posté le 13.09.2008
Catégories : Articles non classés, Autobiographique
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Trois ans

Dix ans de plus. Vingt kilos de moins. Moins de poil sur le torse. Moins de barbe. Plus de pec­to­raux glo­bu­leux. Plus de blond, moins de roux. Plus de bron­zage, moins d’acné. Tous ont voulu quelque chose de dif­fé­rent. Mais lui, non.

Il m’a juste accepté comme je suis. Et je l’attends. Parce que je ne peux pas faire autre­ment.

Cher être aimé,
Je suis très malheureux.

Bien en toi,

L’amant dans le placard

Posté le 09.09.2008
Catégories : Autobiographique
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Trois petits points

A chaque orgasme, j’espère avoir un arrêt cardiaque.

Posté le 04.09.2008
Catégories : Autobiographique
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Etat rapide des lieux

Mael­ström. Tout s’accumule, tourne fol­le­ment, et je suis le point de non-retour. J’ai l’impression fort déran­geante que de nom­breux, très nom­breux chan­ge­ments sont à venir, bien­tôt. Et je crains n’avoir qu’un contrôle très limité sur les choses. (Impres­sion confir­mée par les cartes, d’ailleurs.)

Ma vie amou­reuse est une catas­trophe, car ma sexua­lité la para­site et la para­lyse. Je suis encore très amou­reux d’un homme qui m’a fait beau­coup de mal, que j’avais tenté d’enterrer à jamais, mais qui est revenu ces der­niers temps. J’avais joué la tran­si­tion dans son couple, la bulle d’air qui lui a per­mis de repar­tir à toute vapeur avec celui qui vit avec lui. Six mois à me don­ner sans rece­voir en retour quoi que ce soit. Mais il s’avère que son couple bat à nou­veau de l’aile. Nous nous revoyons régu­liè­re­ment. Nous fai­sons l’amour à chaque fois, c’est par­fait. Il est le seul avec qui je n’ai pu me conten­ter que de son seul contact. Toutes mes rela­tions se sont avé­rées des désastres à cause de ça : mes envies d’ailleurs que per­sonne ne semble prêt à assu­mer. Mais avec lui, non, je n’en avais pas besoin. Dois-je espé­rer leur rupture ?

Ma vie pro­fes­sion­nelle est une rigo­lade. Un an de for­ma­tion rému­né­rée comme secré­taire d’architecte, où je fais 28 heures par semaine en entre­prise et 7h à l’école. Je suis le seul mâle de ma promo. On s’amuse comme des folles. Mais ce bou­lot est inin­té­res­sant au pos­sible, et j’ai vrai­ment du mal avec la per­son­na­lité de l’Architecte. Ils se res­semblent tous, et même s’ils ne sont pas for­cé­ment méchants, ils sont dans leur monde : fixés sur eux-mêmes. Mon contrat se ter­mine le 1er avril. Je doute qu’ils dési­rent me gar­der — et de toute façon, aucune chance que je reste. Je serai libre d’avril (ça tombe bien, à cette date j’aurai fini de payer mes cré­dits) à sep­tembre. Et en sep­tembre, j’essaierais bien un CAP fleu­riste. Je passe mon temps à chan­ger d’orientation. A force d’essais, peut-être tomberai-je sur le tra­vail rêvé ? Je me vois bien pos­sé­dant mon maga­sin… Et j’ai tou­jours adoré les fleurs et l’activité manuelle. Nous ver­rons bien.

Ma santé n’est fina­le­ment pas si mau­vaise, com­pa­rée à ce qu’elle a été. J’ai envoyé val­ser anti-dépresseurs, thy­mo­ré­gu­la­teurs et autres psy­cho­tropes il y a un mois. Je me sens plus clair. Pas plus heu­reux, ni mieux : plus clair. Comme si j’avais vu à tra­vers une vitre fumée pen­dant un an et que bru­ta­le­ment je l’avais enle­vée : ça fait mal aux yeux, mais au moins, on voit les détails et les cou­leurs. Comme le dit ma doc­to­resse : vous tra­vaillez sans filet. Certes. Le risque me plaît. On ne peut pas vivre sans. Et je crois que mon trai­te­ment a été res­pon­sable de ma prise de poids. Parlons-en, tiens : je fais main­te­nant 1m83 pour 99kg. Arron­dis­sons à 100. Mais je ne me sens pas laid. C’est juste plus dur pour s’habiller. Le 48 n’est pas trouvé par­tout. Ah, si j’avais le goût du sport…

Ne par­lons pas de mes finances désas­treuses, to say the least, ni de ma sexua­lité exa­cer­bée et inapropriée…

Bref. Comme on le dit chez nous : j’ai pas d’plaisir…

Posté le 31.08.2008
Catégories : Autobiographique
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Salle des espèces disparues

Une indi­cible tris­tesse me berce
Autour de ces peaux évidées,
Der­rière les vitres à peine éclai­rées,
Je me sens, moi aussi
Eteint ou en voie de l’être.

Je me brûle par les deux bouts.

Posté le 14.07.2008
Catégories : Autobiographique, Poésie, Poésie Courte, Vers
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Parfums

(Pour répondre à mon char­mant asexué Perpignanais.)

Hier, j’ai acheté :

- Piment brû­lant, de l’Artisan Par­fu­meur ;
 – HM, de Hanae Mori.

Qui viennent s’ajouter à :

- L’Anarchiste, de Caron ;
 – Given­chy pour Homme, de Given­chy ;
 – L’Homme, de Ver­sace ;
 – Black Pep­per, de Mol­ton Brown ;
 – Javari, de Body Shop ;
 – L’Eau des Baux, de l’Occitane ;
 – L’Eau des Quatre voleurs, de l’Occitane ;
 – Méchant Loup, de l’Artisan Parfumeur.

Comme me l’a si bien fait remar­quer mon frère hier, je n’ai pas d’identité olfac­tive. Ou plu­tôt, j’en ai tant qu’elles me camouflent. J’aime semer le trouble par l’éclectisme.

Posté le 12.06.2008
Catégories : Articles non classés, Autobiographique
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Où l’on soupire

(Je me sens un peu vide, en ce moment. Un peu trop seul. Heu­reu­se­ment, j’ai mes pen­sées positives.)

Pen­dant plu­sieurs jours de suite, la pluie ne s’est pas arrêté. Les jeunes feuilles ont subi­te­ment pris des teintes plus pro­fondes, et de ma fenêtre, tout ce qu’enfermait mon regard était vert. Devant ma chambre étaient plan­tés quelques ormes encore jeunes. Leur feuillage lui­sait sous la pluie.

Les Années Douces, Hiromi Kawakami

(Moi, devant ma fenêtre, j’ai le ciel, mais je suis trop haut pour avoir des arbres. Qu’aimerais-je vrai­ment trou­ver au-dehors ? Un petit bois de mon­tagne, bru­meux, avec un petit cours d’eau et un petit étang. Calme. Voilà.)

Posté le 18.05.2008
Catégories : Autobiographique, Citations
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Homme au foyer

La cou­ver­ture rou­lée en boule
Pleine d’odeurs de toi

Les ciga­rettes fumées, dans l’air
Et tes vête­ments d’hier

Je res­pire l’endroit du drap où tu as dormi

Je pour­rais tout à fait pas­ser mes jour­nées à t’attendre.

Posté le 27.03.2008
Catégories : Autobiographique, Poésie, Poésie Courte, Vers
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Attente à midi

Encore des brumes
Eclai­rées de soleil dif­fracté par le verre
La cha­leur me brûle la peau
Et der­rière le rideau, je t’entends.

J’ouvre et te sou­ris,
Mais seul le miroir me répond.

Vive­ment ce soir, que tu reviennes.

Posté le 20.03.2008
Catégories : Autobiographique, Poésie, Poésie Courte, Vers
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Pensée secrète

Aujourd’hui, j’ai vu la mer.
Ce fut doux.
Mais peut-être pas autant que la nuit pas­sée entre tes bras.

Cela ne mène à rien.

Posté le 09.03.2008
Catégories : Autobiographique
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Grommellement

«Tu es beau.
 – […]si.»

Merci ou Toi aussi ?

Posté le 04.02.2008
Catégories : Autobiographique
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La Dame de Fer

(Au loin, bien­tôt, tu repars. Et moi, après tout, je n’aurai été qu’une façade de plus dans cette ville grise.)

Mille marches d’acier
Le souffle coupé
Des mer­veilles, au loin

Cet inac­ces­sible là
Est à por­tée de main

Je brûle.

Posté le 29.01.2008
Catégories : Autobiographique, Poésie, Poésie Courte, Vers
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L’Odeur du Limon

Peu importe, main­te­nant, à qui j’ai envoyé cette lettre. Le contexte : je sor­tais de l’hôpital, il y a un an et demi.

Com­ment expli­quer ? Com­ment expli­quer cette force incroyable qui me vient par­fois et qui l’instant d’après, s’effondre sur elle-même, me lais­sant amer et faible ? Je vou­drais tant pou­voir te faire ren­trer dans ma tête, te faire habi­ter mon esprit et mon corps ne serait-ce qu’une minute ! Tu com­pren­drais tout. […]
J’attends quelque chose, quelqu’un, un moment, que même une chute dans la Seine au péril de ma vie ne m’a pas fait appro­cher. De la chute où je pen­sais trou­ver des ailes, je ne me rap­pelle qu’un souffle hur­lant à mes oreilles et je me retrouve avec toute la jambe gauche tumé­fiée. Du fond de l’eau où je pen­sais trou­ver un rêve sous-marin, je ne revois que l’horreur d’une eau noire et sale. Alors je suis remonté, j’ai nagé, je me suis mis sur le bord et j’ai regardé dans le vide. Je suis pri­son­nier. Alors ima­gine un pri­son­nier qu’on enferme dans une autre pri­son ? […]
Je ne trouve plus les mots ni la force. Alors je vais ten­ter de m’évader un peu, en même temps que je ten­te­rai de faire sem­blant de me fondre dans ce monde, comme tout le monde me l’a demandé depuis vingt ans.
Mais vous ne gagne­rez PAS.

Com­bien de temps me fau­dra t-il pour pas­ser à autre chose ? Je brûle.

Posté le 27.01.2008
Catégories : Autobiographique
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La Bulle

Aky­nou, cette figure ô com­bien mater­nelle, parmi d’autres, dans cette famille que j’ai voulu créer au détour de cla­viers, sans jamais y arri­ver, a écrit ceci à mon pro­pos, après m’avoir vu au Paris-Carnet d’hier soir :

Il me fait irré­sis­ti­ble­ment pen­ser à ces jeunes dan­dys du 19e siècle, tant dans sa façon de se tenir, sa légè­reté de façade, cette joie qu’il arbore, son côté bulle de cham­pagne que dans la faille qui affleure der­rière, mais qui se laisse de moins en moins déni­cher. C’est que le jeune sei­gneur prend de l’âge et des défenses.

Je ne sais pas quoi en faire. La faille n’a pas dis­paru, mais oui, elle s’est réduite, bru­ta­le­ment, à coup de séismes. Mais plus impor­tant, le masque est tombé. Je n’aime plus faire sem­blant. Main­te­nant, quand je suis fati­gué, triste, ça se voit, je le dis. J’étais en colère contre plu­sieurs per­sonnes pré­sentes, hier. Ils l’ont senti. Qu’ils en aient quelque chose à faire, c’est un autre pro­blème. Mais je n’ai pas retourné cette colère contre moi, comme par le passé. Finie, l’auto-flagellation.

Enfin, je crois que je suis capable de don­ner. Que ce soit du posi­tif comme du néga­tif. Je ne suis plus une bombe ato­mique en per­pé­tuelle explo­sion inté­rieure. Main­te­nant, j’exploserai tou­jours, mais vers l’extérieur, his­toire de ne plus me dévas­ter. La recons­truc­tion est la pro­chaine étape.

Je tenais à remer­cier, en plus de l’auteure de ces mots qui me touchent : la sémillante Fli­ckette™ qui m’a ado­ra­ble­ment rame­née, et qui s’est en plus arrê­tée à la phar­ma­cie à Nation pour moi, peu avant minuit ; Gilda pour son sou­rire qui n’a jamais failli en ma pré­sence, comme celui de Mel, ou de Gaby, d’ailleurs ; Koz, autre figure mater­nelle ; et tant d’autres. Je tenais égale­ment à faire pas­ser des mes­sages per­son­nels : oui, j’ai peut-être ten­dance à péro­rer, mais au moins, je ne prends pas les gens de haut du fait d’une ridi­cule ascen­dance d’âge ; non, apprendre par coeur les conjonc­tions de la langue anglaise ne fera pas mieux écrire ni com­prendre, bien au contraire ; un furoncle sur la fesse droite, ça fait mal — mais ça, on l’a bien com­pris, tant je l’ai répété.

Posté le 03.01.2008
Catégories : Autobiographique
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Dont acte

Il est nombre d’ambiances et de regards qui ne seront jamais décrits sous ma plume. Non que ce soit de l’étourderie ou un manque d’observation — mais bien que je cen­sure igno­ble­ment mes per­cep­tions lorsqu’il s’agit de les transcrire.

Maintes atmo­sphères qui me pénètrent me font peur et m’ôtent des pers­pec­tives de rêves pour long­temps. Je ne les écris pas. Je ne suis pas un écri­vain ni un poète du quotidien.

Mes poèmes parlent d’horizons cachés der­rière le voile de la conscience, d’ouvertures fines et de cra­que­lures dans une réa­lité qui devient mal­léable sous les carac­tères tra­cés par mon stylo.

Par­fois, lorsque la pres­sion est trop forte, je couche dans la dou­leur ma vie et sa fadeur. Mais je n’ai jamais pu m’empêcher d’y poser une once d’irréel, de for­cer le trait pour ajou­ter du dramatique.

Mais le moment le plus accom­plis­sant, je crois, lorsqu’il s’agit d’en venir à l’écriture, est la sur­ve­nue d’une sen­sa­tion si belle, si pleine, si pro­fon­dé­ment pure, qu’elle fait se rejoindre réa­lité et ce bon­heur que je recherche à tra­vers chaque lettre ou signe de ponc­tua­tion. Alors, c’est l’inspiration assu­rée pour des semaines entières de pages.

Posté le 28.12.2007
Catégories : Autobiographique
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Marginalia

(Etats des lieux des Petits Cailloux, et par exten­sion de toute mon acti­vité blo­guesque passée.)

J’ai com­mencé à blo­guer, je ne sais plus exac­te­ment, vers 2003. J’étais un jeune post-adolescent qui s’acceptait à peine, enfin, comme homo­sexuel. Je sor­tais du lycée. En bref, je com­men­çais de façon plu­tôt toni­truante une vie d’adulte (je me refuse à écrire jeune adulte. Il s’agit pour moi d’un état binaire : enfant/adulte. Point.) Jusqu’alors ren­fermé, plu­tôt soli­taire, inso­lent avec les pro­fes­seurs, mais voué au silence devant les autres enfants, je ren­verse immé­dia­te­ment la vapeur, créant de toute pièce une cara­pace scé­nique qui n’a jamais dis­paru : le tatou, nom de mon pre­mier blog. Ce fut drôle, un temps. Mais plus du tout lorsque la cara­pace, comme une mala­die auto-immune, a tenté de détruire ce qu’elle pro­té­geait, vou­lant prendre sa place.

Cette his­toire, c’est celle que je ne raconte pas. C’est celle qu’on voit. Un jour blanc, un jour noir. Mon corps, au sens large, est un immense champ de bataille où s’affrontent le tatou et Johann. Je crois bien que jamais per­sonne n’a réussi à com­prendre pour­quoi j’ai sou­dain refusé que l’on m’appelle par ce pseu­do­nyme que j’avais adopté pen­dant des années.

Ce que je pre­nais au début pour une réa­lité, une per­son­na­lité émer­gente, celle de mon moi adulte qui remon­tait enfin à la sur­face après avoir dormi plus ou moins les vingt pre­mières années de ma vie, s’est en fait avé­rée une mala­die men­tale, au sens lit­té­ral et non pas lit­té­raire du terme.

Au lieu de m’enfermer dedans, j’ai combattu.

Au moment du pic d’intensité de la guerre, j’avais vingt ans. J’étais entouré de nombre de gens que j’avais ren­con­tré par l’intermédiaire des blogs, et qui avait fini par consti­tuer la base majo­ri­taire de ma vie : amis, amants, colo­ca­taires même.

Silence — ou est-ce un soupir ?

Cessez-le-feu. J’ai vingt-et-un ans. Peu de per­sonnes me recon­naissent. Alors, pour dire que je suis encore le même, pour rejoindre les deux bouts, assu­rer une conti­nuité dans les yeux des autres, je par­ti­cipe au pro­jet de Koz­lika. C’est hor­ri­ble­ment dur. Je n’ai pour l’instant fait que trois billets, les trois pre­mières années de ma vie. Je traîne invo­lon­tai­re­ment. Je lam­bine, parce que bien­tôt, il fau­dra par­ler. Par­ler de ces vingts ans. Par­ler de l’horreur qui tourne en boucle dans ma tête. Par­ler de ce pour­quoi j’ai vu, sans com­prendre, tant de gens pleu­rer autour de moi. Par­ler de ce dont per­sonne n’ose plus me par­ler. Vingt ans. 2006. Encore 17 billets.

17 billets avant de com­prendre. J’ai peur.

Posté le 25.11.2007
Catégories : Autobiographique, Petits cailloux
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Les Morts autour de nous

J’ai ouvert, pour l’être signi­fiant, les albums de pho­tos. Moi que même les peluches de l’enfance aba­sour­dissent. C’était il y a déjà dix mille vies. La ker­messe de l’école. Mon petit frère, avec son éter­nelle bille de clown. Et moi avec mon dégui­se­ment embla­sonné.
Et au milieu, mon père, dans une faran­dole d’enfants.

Il y a quelques jours, j’ai été au pre­mier enter­re­ment de ma vie. Le père de l’ami ira­nien. Je ne l’avais jamais vu. Avez-vous déjà essayé d’être un empa­thique coincé au milieu d’une céré­mo­nie funé­raire ? J’ai tenu le temps de la messe, en mor­dant mes lèvres. De toute façon, je n’avais pas de mou­choir, j’aurais eu l’air bête, à reni­fler dans ma manche.
Lorsque j’ai vu l’ami ira­nien cares­ser le cer­cueil de son père, dans le cor­billard qui allait l’emmener, impos­sible. J’ai versé les larmes pour lui, pour eux, pour moi, pour mon enfance per­due, pour tous ces morts qui me côtoient chaque jour et glissent silen­cieu­se­ment à mes côtés.
Mon père est l’un d’eux. Chaque jour, nous vivons l’un à côté de l’autre, et je ne vois plus cet homme sur la photo, qui rit, s’amuse avec ses enfants et les enfants des autres, lumi­neux. Le gris l’a envahi.

Pen­dant la prière, durant la messe, j’ai sou­haité ren­con­trer un jour le père de mon ami ira­nien, qui m’a dit qu’il me res­sem­blait beau­coup. Et j’ai sou­dain pris conscience que mon papa à moi, il était tou­jours vivant. Seule­ment parti très loin dans un monde que je ne connais pas.

Papa, s’il te plaît, reviens.

Champs - Il y a longtemps II

Posté le 31.10.2007
Catégories : Autobiographique
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Londres — Il y a déjà quelques temps

Le matin était clair, froid mais tendre. Les déco­ra­tions des Grands Maga­sins brillaient un peu par­tout. J’avais enfin réussi à aimer cette période de Noël que j’avais tant détesté avec mes parents.
Tu avais un peu dormi dans le train, et moi aussi, je crois. Je sen­tais cet amour à peine né brû­ler en moi et se répandre par­tout où je pas­sais. Sous le Tun­nel sous la Manche, dans cette atmo­sphère confi­née du train, avec le noir exté­rieur, je fus seul au monde avec toi. Toute dou­leur effa­cée, toute tris­tesse pas­sée et future apai­sée.
Londres fut un enchan­te­ment. Trois jours à décou­vrir pour toi et redé­cou­vrir pour moi. A nous décou­vrir et nous redé­cou­vrir tous deux. Nous avions fait l’amour dans la chambre d’hôtel comme rare­ment. La lumière du dehors à peine encore visible.

La visite de la Cathé­drale, tout près de l’hôtel, au petit matin. Sou­ve­nir brillant dans mon coeur pour tou­jours. Quoi de plus roman­tique, de plus sur­anné. Et ce petit ours que tu m’avais offert dans la crypte, avec son t-shirt «Saint Paul Cathe­dral»… Chez Harrod’s, tu avais acheté une bouilloire. J’avais acheté du Christ­mas Pud­ding, que nous avions mangé bien après notre retour.
Nous avions pique-niqué dans Hyde Park, dans le froid et la bise de plus en plus glaciale.

Je pense que l’un comme l’autre, nous n’aurions jamais voulu reve­nir à Paris. Nous n’aurions jamais dû. Paris nous a séparés.

Au matin de Noël, tu n’étais pas là.

Posté le 03.08.2007
Catégories : Autobiographique
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