D’une brume à l’autre, finalement, il n’y a qu’un pas. De la suffocation âcre des fumées de la ville, je pénètre sans prévenir dans un immense globe d’air moite, empesé de sève et d’ombres dentelées projetées par les nouvelles feuilles du printemps, à peine déployées. La barrière entre la ville et le bois résiste quelques secondes, hésite, puis m’aspire comme une gelée de coings sur laquelle on aurait appuyé le dos d’une cuiller. Mon poil hérissé me réchauffe mais mon coeur brûle de sentir à nouveau, après cet hiver long, vide, gris et sans forme, ce renouveau pulsatile, qui n’en peut plus d’attendre au point qu’il ne s’arrête pas même la nuit. Au loin, de l’autre côté du lac, les échos de joie de la fête foraine et ses lumières pâles et artificielles. Leur reflet dans l’eau, version pastel et déformée, en serait presque mélancolique, en contrepoint des cris d’excitation que j’entends, assourdis par la végétation protectrice. Quelques formes errantes glissent dans l’ombre, sans bruit. Les oiseaux sont endormis et les clapotis de l’eau aussi.
A plus de minuit
Les enfants portent leurs prix
Sous les marronniers