Mois : 04.2009

Route de ceinture

D’une brume à l’autre, fina­le­ment, il n’y a qu’un pas. De la suf­fo­ca­tion âcre des fumées de la ville, je pénètre sans pré­ve­nir dans un immense globe d’air moite, empesé de sève et d’ombres den­te­lées pro­je­tées par les nou­velles feuilles du prin­temps, à peine déployées. La bar­rière entre la ville et le bois résiste quelques secondes, hésite, puis m’aspire comme une gelée de coings sur laquelle on aurait appuyé le dos d’une cuiller. Mon poil hérissé me réchauffe mais mon coeur brûle de sen­tir à nou­veau, après cet hiver long, vide, gris et sans forme, ce renou­veau pul­sa­tile, qui n’en peut plus d’attendre au point qu’il ne s’arrête pas même la nuit. Au loin, de l’autre côté du lac, les échos de joie de la fête foraine et ses lumières pâles et arti­fi­cielles. Leur reflet dans l’eau, ver­sion pas­tel et défor­mée, en serait presque mélan­co­lique, en contre­point des cris d’excitation que j’entends, assour­dis par la végé­ta­tion pro­tec­trice. Quelques formes errantes glissent dans l’ombre, sans bruit. Les oiseaux sont endor­mis et les cla­po­tis de l’eau aussi.

A plus de minuit
Les enfants portent leurs prix
Sous les marronniers

Posté le 05.04.2009
Catégories : Haïku, Poésie, Prose
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