Durant ces mois obscurs, ma vie n’a scintillé que lorsque je faisais l’amour avec toi.
Comme la luciole qui s’allume et s’éteint, s’allume et s’éteint — nous pouvons par instants suivre son chemin
dans la nuit parmi les oliviers.Durant ces mois obscurs, ma vie est restée affalée et inerte
alors que mon corps s’en allait droit vers toi.
La nuit, le ciel hurlait.
En cachette, nous tirions le lait du cosmos, pour survivre.- Tomas Tranströmer, La Place Sauvage (1983)
Mois : 11.2008
Les Ratures du Feu
Si peu d’occident
Dans les hauts de Buda
Parmi les arbres
Le chant du soleil souffle
D’un poids si peu perceptible
Les vents de Turquie
Et leurs senteurs de citrus
Parsemées d’iris.
Je rêve
Assis sur le banc du tram
Et oublie la ville.
Les æschnes gonflées du bleu du ciel
Défilent le long des voies
Dans une sarabande connue d’elles seules.
Le bruit des voies
Si peu mélodieux pourtant
M’endort peu à peu.
Souvenir d’origine
A l’origine
Fut ta main sur ma poitrine
Et l’eau coulant
Dans les recoins entre notre corps
A peine séparés.
Filons
Terres errodées
Rouges de fer, gorgées d’or
Aux minces filets d’eau perdus dans les failles
Sous les caves obscures du temps qui passe
Goutte à goutte.
A mon oreille, en-dessous de nous
Le sol palpite et respire
Exhale un souffle brun et dense
Qui nous entoure, brillant
De siècles d’attente.
Feux follets
Les yeux ouverts vers ces boules de feu lointaines
Si proches pourtant
D’un geste des doigts
Se brûler
Odeur d’ozone dans le noir
Feux follets :
Etoiles sur Terre.
La nuit instantanée
Les peupliers scintillent sous les légers rais de lumière du crépuscule. Orangés, doux, les révélateurs du soir éclairent les dessous argentés des feuilles. Les agaces piaillent sèchement dans le chien-et-loup, avant de se taire, étonnées comme à chaque révolution solaire par l’ombre qui prend le pas sur le monde. Un vif battement d’ailes, fantomatique, autour de la fenêtre. Les araignées, sans bruit, commençent à étendre leurs filets de soie sur ma fenêtre : au matin, les gouttes d’eau prises dans l’aube m’ouvriront une porte de douceur vers un nouveau jour.
Sans titre
Fluides aériens, humides mais clairs
Acérés en serpe brillante
Au coin de l’oeil, éthérés
Mais liquides de face, bénins.
Arrêt de nuit
Un arrêt au bord de l’eau, la nuit.
La ville retient son souffle constant
Et les gouttes de pluie semblent glisser,
Infiniment,
Sur la surface huileuse et noire.
Mon oeil distingue soudain des éclats
Les étoiles se reflètent au fond.
Le roc silencieux
Les cordes d’eau façonnent le roc
Lentement, sûrement,
Arrachant seconde après choc,
Son lot de minéraux invisibles.
Cratères lichennés,
Sous la main, rugueux et frémissants
Résonnent, tout en graves
Au ralenti.
En aval
Fils de terre mouillée
Tendus sur les riivères d’herbe
Piétinées, jours après nuits,
Par les souffles descendus du col
– Là-haut, dans l’horizon
Une bouche immense de gangues cachées
Déverse sans faille
Ses amères humeurs gorgées.