Mois : 07.2008

Torcello

(Fic­tion de sou­ve­nirs modi­fiés pour Aky­nou, qui nous fait bos­ser l’imaginaire.)

C’était un jour de grand vent. Les joncs de mer bat­taient fol­le­ment une écume à peine iri­sée. Nous étions là, au fond de la lagune, à l’écart du monde. Les vacances ita­liennes auraient dû être enso­leillées, écra­sées de cha­leur, mais le ciel en avant décidé autre­ment, et cette atmo­sphère grise et aqueuse s’étendait sur nous depuis notre arrivée.

Le sable avait volé jusque sur le petit che­min qui reliait l’arrivée des bateaux au vil­lage et à l’église. Venir de si loin pour ne voir qu’un reflet d’antan et des reliques, ces bouts de bois de Dieu, n’effleurait même pas l’esprit de la plu­part des gens, mais nous avions eu faim de tran­quillité, envie de calme et d’échapper à la rumeur gron­dante et per­ma­nente des foules de la place Saint-Marc.

Dans le vapo­retto, nous avions fait la connais­sance d’une petite brune. Sué­doise. À l’opposé du cli­ché. Elle avait dans ses yeux une las­si­tude telle que même son sou­rire ne pou­vait consti­tuer un masque effi­cace. Nous n’étions que trois sous les vitres du bateau, plus une famille de japo­nais silen­cieux, visi­ble­ment déso­rien­tés. Inga, Inga Anders­son. Un nom de conte pour enfant. Elle était déjà venue ici, et aimait le contact de ces pierres intactes. J’écoutais ses paroles et son ton doux, et l’anglais qui s’échappait de ses lèvres m’étonnait par l’étrange dua­lité entre les larmes en per­ma­nence sur le point de s’échapper de ses pau­pières et son accent tout en pointes vives.

Aus­si­tôt accosté, elle s’était éclip­sée et nous ne l’avions plus revue.

Je te regar­dais, moi aussi, avec une cer­taine mélan­co­lie propre au lieu et aux nuages gris effi­lo­chés au-dessus de nous. Le temps avait passé sur nous et tu n’étais plus la même. La voie de l’amoureux est tor­tueuse, comme le che­min qui mène au vil­lage – chaque jour, nos contacts se réin­ventent. Mais comme tous les che­mins mènent à Rome – ou à Venise, le cas échéant, toutes nos routes nous ont sans cesse rame­nés l’un à l’autre.

Le por­tail de l’église (où est-ce une basi­lique ? Je n’ai jamais su faire la dif­fé­rence.) ne se dresse pas, il existe, c’est tout. Il est là, benoî­te­ment, et se fond dou­ce­ment dans le pay­sage de toute sa splen­deur romane éteinte. A l’intérieur, il fait froid et les rais de lumière blanche éclairent les sar­co­phages des bien­heu­reux. Je suis indif­fé­rent à la haute atmo­sphère spi­ri­tuelle, à la véri­table his­toire du lieu. Tu sembles fas­ci­née. Au sor­tir, tu prends ma main dans la tienne et tout cela me donne les larmes aux yeux.

Je vais par­tir, sans toi. Mais je revien­drai à Tor­cello te retrou­ver. Seras-tu encore là ?

Posté le 21.07.2008
Catégories : Fiction, Nouvelles
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Salle des espèces disparues

Une indi­cible tris­tesse me berce
Autour de ces peaux évidées,
Der­rière les vitres à peine éclai­rées,
Je me sens, moi aussi
Eteint ou en voie de l’être.

Je me brûle par les deux bouts.

Posté le 14.07.2008
Catégories : Autobiographique, Poésie, Poésie Courte, Vers
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Grande galerie

(Aujourd’hui, visite de la Grande Gale­rie, en com­pa­gnie. Lieu de mémoires d’enfance trans­formé en sanc­tuaire dévasté par l’âge adulte.)

En har­mo­nies d’or et de sombres
Pas­sés écla­tés noués d’obscur
L’envie pre­mière de te tou­cher
Ici, au milieu des regards vidés
Me sub­merge, m’envenime et assour­dit mes reins
Gri­sés de sen­tir
Ton par­fum autour de ces êtres fanés.

Posté le 14.07.2008
Catégories : Poésie, Poésie Courte, Vers
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L’inconnu à la fenêtre

Brefs éclats bruns
De tétons mâles, poin­tus
Le sou­rire, en ban­dou­lière
Dis­trait dans la rêverie.

Posté le 14.07.2008
Catégories : Poésie, Poésie Courte, Vers
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Rue des Martyrs

Fines esca­lades lar­dées
Esca­pades per­sillées et ter­reuses
D’éveil sto­ma­cal et de papilles ouvertes
Ma tête est pleine.

Posté le 14.07.2008
Catégories : Poésie, Poésie Courte, Vers
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Route de montagne

Les lignes droites m’ennuient
Et les courbes n’ennauséent
A choi­sir, un peu d’immobile
Ne me déplai­rait pas.

Posté le 09.07.2008
Catégories : Poésie, Poésie Courte, Vers
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Chaque réveil

Miroirs de mes mal­chances
Epais flux éteints
Au res­senti des ondes longues
J’oppose les éclairs de la solitude

Clairs chaos du jour
Vous affron­ter, chaque matin
Est un com­bat qui me lasse.

Posté le 09.07.2008
Catégories : Poésie, Poésie Courte, Vers
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