Mois : 12.2007

Dont acte

Il est nombre d’ambiances et de regards qui ne seront jamais décrits sous ma plume. Non que ce soit de l’étourderie ou un manque d’observation — mais bien que je cen­sure igno­ble­ment mes per­cep­tions lorsqu’il s’agit de les transcrire.

Maintes atmo­sphères qui me pénètrent me font peur et m’ôtent des pers­pec­tives de rêves pour long­temps. Je ne les écris pas. Je ne suis pas un écri­vain ni un poète du quotidien.

Mes poèmes parlent d’horizons cachés der­rière le voile de la conscience, d’ouvertures fines et de cra­que­lures dans une réa­lité qui devient mal­léable sous les carac­tères tra­cés par mon stylo.

Par­fois, lorsque la pres­sion est trop forte, je couche dans la dou­leur ma vie et sa fadeur. Mais je n’ai jamais pu m’empêcher d’y poser une once d’irréel, de for­cer le trait pour ajou­ter du dramatique.

Mais le moment le plus accom­plis­sant, je crois, lorsqu’il s’agit d’en venir à l’écriture, est la sur­ve­nue d’une sen­sa­tion si belle, si pleine, si pro­fon­dé­ment pure, qu’elle fait se rejoindre réa­lité et ce bon­heur que je recherche à tra­vers chaque lettre ou signe de ponc­tua­tion. Alors, c’est l’inspiration assu­rée pour des semaines entières de pages.

Posté le 28.12.2007
Catégories : Autobiographique
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Genèse des aventures

(A Linné, Cook et autres Magellan.)

Vifs, dans l’air
Goé­mon, piliers de basalte irlan­dais
Errances marines pas­sées
Rides sur l’eau verte

L’immense bouche liquide
Déverse sa salive en une image pas­sée
De monstre mythique
Enragé et instable

Pour­tant, son sou­ve­nir
Par les dis­tances loin­taines, se fait câlin
Réchauffe l’être glacé
Trop pro­fon­dé­ment à l’intérieur des terres

Le vent des mers
Puis­sant, per­ni­cieux
Insuffle une nos­tal­gie de l’inconnu
Aux inno­centes vic­times de l’aléatoire

Maintes vies cris­tal­li­sées
Au sein d’un désir d’îles désertes
Labou­rées par les brumes
Et bor­dées de sel gemme.

Un mil­lier secouent la tête, hagards
Mais un pré­pare son départ.

Posté le 28.12.2007
Catégories : Poésie, Vers
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Aquarelle

Ma palette, c’est :
 – du jaune de cad­mium citron ;
 – du jaune Tur­ner ;
 – du jaune de cad­mium (tout court) ;
 – du vert de ves­sie per­ma­nent ;
 – du vert de Hoo­ker ;
 – de l’oxyde de chrome ;
 – du bleu céru­léen ;
 – du bleu de cobalt ;
 – du bleu de cobalt foncé ;
 – du bleu de Prusse ;
 – du gris de Payne ;
 – du vio­let outre­mer ;
 – du vio­let Win­sor dioxa­zine ;
 – du vio­let de cobalt ;
 – du rose per­ma­nent ;
 – de la laque écar­late ;
 – du rouge qui­na­cri­done ;
 – du rouge de Venise ;
 – du mar­ron de péry­lène ;
 – de la terre de Sienne brû­lée ;
 – du sépia ;
 – de la terre d’ombre brû­lée ;
 – de l’ocre jaune ;
 – du blanc de Chine.

Alors, quand je m’asseois à ma table, même si ma pein­ture est ratée, il me suf­fit de regar­der mes cou­leurs, et je voyage.

Posté le 21.12.2007
Catégories : Articles non classés
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Pas de métro

Le froid glace mes veines et fait pleu­rer mes yeux
A tra­vers le rideau de larmes
Les feux de la ville, flou­tés
Comme pluie d’étoiles sur mes rétines

De ma fenêtre, une fois ren­tré
Trois astres, au plus,
Et quelques satellites.

Posté le 19.12.2007
Catégories : Poésie, Poésie Courte, Vers
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Un regard sur le monde caché

Ce matin-là, j’étais venu à l’aurore me blot­tir dans les bras du fleuve. Un peu comme le foehn qui, des couches vaseuses, réchauffe l’émeraude endor­mie des étangs de pins. Mais je n’étais pas le vent. Aux creux des pha­langes de limon, galets aphones et glis­sants, eaux troubles, un lit informe, défait par les crues. Les col­lines alen­tour se dres­saient dans leur étrangeté.

Aube bleue, brute et vierge comme au pre­mier matin, qui exté­nue le bleu mou des veines, je ne connais plus la lente infu­sion de ta langue… Par­fois, c’est un caillot d’ardoise, lourd, tran­chant, qui pal­pite en sac­cades pénibles et inau­dibles ; tes voix muettes, bouillon­nantes, cognent à mes rivages… sans écho. Le large m’a pris, dérive cen­tri­fuge ; l’exil est double, il déborde mes digues, ravine notre histoire.

Hier encore, tu sem­blais dire: «Prends soin de la vigne qui donne tout et ignore tout. Si toi aussi tu aimes… Et les pluies viendront.» — Ou était-ce avant-hier?

Il y a de la résine dans l’air. Je panse mes vides.

Chaque jour est une pro­messe recom­men­cée qui efface l’autre… Ainsi tu tiens parole, aube, car ta genèse est éternelle.

Yvan Arno, Paroles d’aube (avec l’aimable auto­ri­sa­tion de l’auteur).

Posté le 18.12.2007
Catégories : Citations, Poésie, Prose
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Mes madeleines de Proust

(Un fort inté­res­sant petit exer­cice, volé chez le tout aussi inté­res­sant — à de nom­breux niveaux — Agge­los.)

Tou­cher

  • Les épaules de nombre d’hommes que j’ai pu aimer. Larges ou non, poi­lues ou non, rugueuses, douces.
  • Les car­reaux de la pis­cine de Torcy, Seine-et-Marne, ou de Vil­liers, Val-de-Marne, où j’allais lorsque j’étais minot. A chaque fois, je m’arrachais un ongle des­sus. Depuis, je ne peux pas entrer dans une autre sans avoir un fris­son d’appréhension (fort jus­ti­fié généralement).
  • Le sol en jonc de mer chez mon copain Guillaume. Il y en avait aussi sur les murs du hall de notre ancien immeuble en Seine-et-Marne. Impos­sible de savoir pour­quoi, mais j’associe ce contact à des sen­ti­ments de violence.

Goût

  • La char­treuse. Tou­jours pen­ser à lui, qu’on m’a volé.

Odo­rat

  • Sans aucun doute le sens qui me déclenche le plus de réac­tions. Je suis par­ti­cu­liè­re­ment sen­sible aux eaux de toi­lettes. Il suf­fit que j’en sente une dans le métro pour avoir une ribam­belle de visages flous devant les yeux. Les gels douches, sham­pooings et autres pro­duits de beauté odo­rants me font le même effet.
  • Cer­tains jours où l’asphalte ne sent pas comme d’habitude après la pluie, où une petite odeur de nature remonte d’on ne sait où.

Ouïe

  • Je suis très sen­sible à la musique, mais il y a tant et tant à dire à ce sujet.
  • Une canette qu’on décap­sule avec un «pschitt» fort sonore me fait immé­dia­te­ment bon­dir en un réflexe de Pav­lov, rap­port à mon bou­lot — où je dois les interdire.

Vision

  • Le brouillard. La pluie qui forme un rideau. Les nuages rouges.
Posté le 06.12.2007
Catégories : Articles non classés
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A travers le plateau

Les ombres se fau­filent entre les arbres
Peu d’indices de pré­sence humaine
Des bouches enfié­vrées s’élève un fumet vapo­reux
Et les peaux dénu­dées
S’exposent à la neige sans peur.

Posté le 06.12.2007
Catégories : Poésie, Poésie Courte
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Commissure

Fort des émotions
Rem­parts des amer­tumes
Murailles sacrées de la tris­tesses
Abat­tues, toutes, en un sourire.

Posté le 06.12.2007
Catégories : Poésie, Poésie Courte
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Front froid

Touffes coton­neuses
Epaisses prai­ries célestes
Où poussent le jonc de vapeur
Et le nénu­phar de givre

Contrée aqueuse
Loin au-dessus des têtes
Règne des éphé­mères
Et des formes dissolues.

Posté le 04.12.2007
Catégories : Poésie, Vers
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Regard égaré

Yeux bleus d’éclairs illu­mi­nés
L’étincelle a embrasé ta bouche
Et dans un hiver si avancé
Il est doux de s’y perdre.

Posté le 02.12.2007
Catégories : Poésie, Poésie Courte
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Tempête

Entre ces immeubles gri­sés
De nuances d’ombre et d’eau noire
Le vent apporte de la mer loin­taine
Des impres­sions et des rêves salés.

L’air s’épure, nimbé de frais
La marée monte en ville
Et les remous dans les immenses flaques
Se gorgent d’écume.

Posté le 02.12.2007
Catégories : Poésie, Poésie Courte, Vers
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