Mois : 08.2007

L’homme

(Note de l’auteur : écrit le 07÷05÷06. Pour quelqu’un déjà si loin dans ma vie.)

On est en mai, et pour­tant le ciel reflète l’hiver des Flandres. Le réveil tar­dif du dimanche me plonge dans une déli­cieuse abîme de dou­ceur per­tur­bante car incon­nue. Après quelques ins­tants déso­rien­tés, je détecte l’objet de ce chan­ge­ment : deux bras me cein­turent le torse, dou­ce­ment. Je bouge un peu, et l’un tombe, sans force. Je sens le contact d’un torse, des jambes entre­la­cées entre les miennes. De nom­breux contacts élec­tri­sants m’indiquent une forte den­sité pileuse. Un homme. Il y a donc un homme dans mon lit. Etrange bes­tiole, tout de même. Il gémit un peu dans son som­meil, sou­pire, ronfle un peu. Je sou­ris, amusé par ces mimiques de petit enfant chez cet être d’âge res­pec­table (quel vilain mot, on dirait qu’il approche le siècle.) J’hésite à le cares­ser, mais tem­père mon égoïsme au pro­fit de ma délec­ta­tion esthé­tique. Je sais que lorsqu’il se réveillera, il m’embrassera, me pren­dra dans es bras, encore plus fort, et me dira bon­jour avec cette si jolie lueur dans les yeux. Pour l’heure, sa cha­leur me com­mu­nique tout ce que j’ai besoin et envie de savoir. Laissons-le dor­mir et soyons artiste — pro­fi­tons de son visage endormi. Je t’aime.

Posté le 23.08.2007
Catégories : Poésie, Prose
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Londres — Il y a déjà quelques temps

Le matin était clair, froid mais tendre. Les déco­ra­tions des Grands Maga­sins brillaient un peu par­tout. J’avais enfin réussi à aimer cette période de Noël que j’avais tant détesté avec mes parents.
Tu avais un peu dormi dans le train, et moi aussi, je crois. Je sen­tais cet amour à peine né brû­ler en moi et se répandre par­tout où je pas­sais. Sous le Tun­nel sous la Manche, dans cette atmo­sphère confi­née du train, avec le noir exté­rieur, je fus seul au monde avec toi. Toute dou­leur effa­cée, toute tris­tesse pas­sée et future apai­sée.
Londres fut un enchan­te­ment. Trois jours à décou­vrir pour toi et redé­cou­vrir pour moi. A nous décou­vrir et nous redé­cou­vrir tous deux. Nous avions fait l’amour dans la chambre d’hôtel comme rare­ment. La lumière du dehors à peine encore visible.

La visite de la Cathé­drale, tout près de l’hôtel, au petit matin. Sou­ve­nir brillant dans mon coeur pour tou­jours. Quoi de plus roman­tique, de plus sur­anné. Et ce petit ours que tu m’avais offert dans la crypte, avec son t-shirt «Saint Paul Cathe­dral»… Chez Harrod’s, tu avais acheté une bouilloire. J’avais acheté du Christ­mas Pud­ding, que nous avions mangé bien après notre retour.
Nous avions pique-niqué dans Hyde Park, dans le froid et la bise de plus en plus glaciale.

Je pense que l’un comme l’autre, nous n’aurions jamais voulu reve­nir à Paris. Nous n’aurions jamais dû. Paris nous a séparés.

Au matin de Noël, tu n’étais pas là.

Posté le 03.08.2007
Catégories : Autobiographique
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