Sonne zerreißt
den Nebelvorhang
noch ein Tag gewonnen
Mois : 06.2007
Citation adaptée
Phalènes
L’orage gronde encore
Sans nul doute, la foudre frappera encore
La Terre déjà détrempée
Les insectes, fuyant le déluge
Et les coulées de boue le long des trottoirs
Trouvent refuge ailleurs
Guidés par les phares involontaires
Des lumières allumées
Par les Hommes
La procession des papillons de nuit
Aux ailes empesées par les caprices célestes
Pénètrent dans ma chambre
Sans bruit
Les envahisseurs volants
Prennent possession de ma forteresse.
Ode au Colosse Clichois
D’un simple regard
D’une seule parole grave
Je braverais ciel, terre et eau
Pour atteindre l’oeil du cyclone :
Tes bras enserrant mon corps.
Tremblant sous le mâle baiser
De ta bouche que tu sais faire cruelle
Je me soumets à une force
Etrangère et étonnante
Trop peu expérimentée.
Brillant d’envie, brûlant de fièvre
Il me faut atteindre le remède.
La panacée au mal qui déchire mon corps et mon âme
Le toucher de tes doigts
Sur ma poitrine et ma nuque.
Alors, j’oublierai tout.
Flèches
Combien d’énergie perdue !
Tant de larmes à peine salées
Absorbées par les draps !
Combien de colère rentrée !
Frustrations, malédictions
Et refus de la fatalité !
Pourquoi l’amour est-il,
Depuis toujours
Ce voluptueux couteau à double tranchant ?
Pourvoyeur de miel et d’ambroisie
Tout autant que de poisons
Qui rongent l’âme de part en part
Caressant
Cruel
Mais jamais vain.
Rêves dans le bain
Je glisse paresseusement dans l’eau chaude
Ma peau s’accroche à peine à l’émail blanc
M’avalant en silence huileux
Je me dilue par l’âme
Fermant les yeux, j’oublie mes membres
Autour de mon corps alangui
Se construisent ruines de temple khmer
Et jungle verdoyante
Un long serpent aux motifs rouges
Doucement plonge dans mon eau noire
Se love contre mes reins, protecteur
Je pose la main sur sa tête, apaisé
Les odeurs de l’encens et des fleurs étranges
Se mélangent et s’effaçent
Milliers de brumes odorantes
Dans le soir tombant
Quelques bougies lâchées sur l’eau
Dérivent sans s’éteindre
Au loin les volutes des prières
S’envolent sans un bruit
Un gong résonne, puissant et etouffé
Le serpent, comme au son d’un signal
S’enfuit vers la terre ferme
Je sombre dans la profondeur
On frappe à la porte de la salle de bains
Inquiétude vocale
Je sors, ruisselant
Et retrouve mon monde gris.
Au-dessus du bain qui s’écoule
Quelques volutes de fumée
Parfumée
Et déjà disparue.
Alhambra
Longs entrelacs de jasmin
Gazouillis de la substance de vie
S’écoulant lentement
Dans le bassin de tuiles bleues
Les orangers enfruités
Livrent leurs vapeurs amères
Au promeneur émerveillé
De tant de raffinements
Au fil de la course du soleil
Fleurs de rhododendrons
Et pistils de millepertuis
S’épanouissent dans la lumière
Quelques gerris poursuivent un facétieux rayon
Dans le bassin toujours chaud
L’heure passe et bientôt
Il sera à l’ombre
Sous la coupole du hammam
Peu de bruit
A travers les oculi de verre
Filtrent les couleurs du dehors.
Diptyques
Email / Eau
Sec / Bulles
Baignoire / Bain
♦
Château / Musée
Courses / Visites
Perruques / Bermudas
♦
Pyrite / Diamant
Alchimie / Galanterie
Eclat / Vanité
♦
Piscine / Etang
Espace / Gerris
Calme / Vie
Louvre, fin de soirée
Ici règne le silence
Parasites sonores sont priés généreusement
De ne pas franchir l’huis
Du temple
Tableaux chrétiens
Et Christs douloureux
Veillent d’un oeil las
Sur le visiteur attardé
Le besoin de dormir
Prend aux paupières
Et à l’envie de culture
Se substitue le besoin primaire de fermer les yeux
Le musée s’endort
Sans un bruit de pas.
Minuit
Hululements rauques
Loin, étouffés par la forêt
La lune, presque pleine, luit
Et les lucioles accomplissent
Une complexe danse rituelle
Connue d’elles seules
La pluie du soir
Ruisselle dans les gouttières
Limaces et escargots sont à la fête
Une odeur d’humus légère
Monte des mottes de terre, dans le jardin
Et se mélange à celle du chèvrefeuille
De fins nuages corsètent l’astre nocturne
Mille et une créatures s’endorment
Sous le bienveillant éclat
Et les feuilles ds arbres tanguent
Au souffle des brises
Et des brumes.
Saint Jean à Ephèse
En posant les mains sur la pierre
Je sens des coeurs battre
Au rythme du mien
Passés dont le granite du mur
A été témoin
Ces mousses, ces lichens
Qui escaladent sans cesse
Les murailles de la cité
En aurait beaucoup à raconter
Si par bonheur
Un être saint, miraculeusement
Venait à les dôter
Du sens humain de la parole
D’ailleurs, voici Saint Jean
Posant les yeux
Et bénissants les saprophytes
Il leur ouvre la bouche
Ciel, quelle cacophonie !
Forêt déserte
Les rais de lumière filtrés par les feuilles les plus jeunes
Forment une pluie de photos joyeux sur le sol
Bref instant de joie
Pour la libellule qui devient bijou
Sous cette douche solaire
Les tons se font milliers
Sous la voûte, l’obscurité recule
Les graines à peine germées prennent vie
L’air de rien, elles poussent
Assurant la relève
Et moi, assis sur le chemin
Je jette un oeil en avant
En arrière
Personne
Je ris
Vis.
Diptyques — Deuxième Page
Poussière / Sable
Craquement / Craquement
Poussière / Or
Colère / Contemplation
Salive / Embruns
Larmes / Larmes
Noir / Blanc
Etoile / Encre
Rouge / Noir
Eau / Sang
Papier / Terre
Bleu / Rouge
Espoirs
Quelques lueurs dans le lointain
Le calme de la chambre
Chaleur d’été
Je sais que je reverrai les rocs d’Irlande
Jamais espoir ne fut perdu
En cette citadelle
Qu’est mon coeur
Même lors des grands froids
Le feu jaillit seul des braises
Allumées avec ma conscience
Des années avant
Saisons virevoltantes
Impérissables troubles-fêtes
Je ne veux pas d’une vie grise.
Le Cloître du Puy
(Note de l’auteur : le cloître de la cathédrale du Puy-en-Velay est une merveille que j’ai eu l’occasion de visiter sous une chaleur incroyable.)
Arabesques du mur
Arabesque du coeur saisi
Par le calme et la douceur du soleil
A l’intérieur de ces quatre murs clos
Là ou défilaient silencieux et méditatifs
Viennent maintenant poètes et voyeurs
En quête de paix
Ou d’éternel
Les ombres s’étendent avec la fin du jour
Le long des colonnades
Et des massifs de simples
Qui diffusent leurs senteurs généreusement
Je ne peux rester là plus tard
Mais je suis certain
Que lorsque la Lune se montre
Les lucioles viennent danser dans le cloître.
La Tombe
Sous le lierre et les framboises
Les enfants, depuis longtemps
Avaient vu ces mots sculptés dans la pierre
Il aura fallu longtemps aux aînés
Pour daigner baisser les yeux
Vers leur découverte
Etonnés, certes, ils le sont
De lire sur la tombe dégagée
Des lettres d’un autre temps
Chacun s’interroge
Au passé du défunt
Et tous sont perplexes
Leur imaginaire soudain débridé
Les gens du cru inventent
Toute une vie à celui qui n’en a plus.
Mais la vérité n’est plus là.
L’Etang
Gerris lancés en courses folles
Et libellules agiles
Circulation d’heure de pointe
Au rond-point du nénuphar
Les fines feuilles des iris
Se penchent vers l’eau
Comme pour goûter la fraîcheur
De l’étang par un matin d’été
Le dytique chasse ses proies
Petit obus vrombissant
En sous-marin non-aligné
Cueillant toute chose à sa portée
Une rame en bois fait fuir
Tout ce petit peuple de l’eau
La barque du poète
Brise en silence le microcosme
Le voit-il ?
La Pluie soudaine
Ville de sécheresse
Tirée aux quatre épingles
La voici submergée
Averse orageuse
Cris, courses et glissades
Spectacles d’apocalypse
L’une perd ses sandales dans le gouffre du trottoir
L’une, rendue transparente par l’eau,
Cesse de courir par résignation
Celui-ci glisse et tombe
Le nez dans la flaque
Se noiera t-il ?
Celui-là, sous son parapluie,
Se fait, comme l’antique gag,
Recouvrir de liquide
Par un bus malencontreux.
Pauvres humains sans branchies
Les vaches du ciel
Font la traite
Et voilà que vous êtes tout perdus
Dans un monde soudain aquatique
Que vous ne reconnaissez plus.
Tout de même…
Vous pourriez savourer le plaisir
D’être un peu poissons.
Ici, pas de pêcheurs…
Île — Quatrième tableau
Les pleurs du ciel sont terminés
Les galets et la terre, refroidis,
Laissent échapper leur souffle opaque
Qui transforme ce midi en crépuscule anachronique.
J’entends, pas si loin
Les reflux de l’océan
Mais impossible pour mes yeux mortels
De perçer ces rideaux de soie atmosphériques
L’homme sage
Derait rester à l’abri des mirages brumeux
Et, au coin du feu, attendre
Le retour de ses pleines facultés visuelles
Mais, malheur à moi, je ne suis qu’un homme
Et la tentation trop grande
Me force à pousser la porte
Et à courir prudemment au bord de l’eau.
Oui, la mer est encore là.
Mais au-delà d’une aune
Plus rien
Qu’un immense feuillet blanc.
Je scrute, curieux, les profondeurs immaculées ;
Et imagine déjà
Le Hollandais Volant
Sortant des limbes
Un doigt inquisiteur
Plongé dans le gris de l’écume
Ressort glacé
Il plane une odeur d’ozone
Âme des perdus en mer
Et des pirates du passé
Flottent tout autour, invisibles.
Et d’un coup disparaissent,
Laissant sa juste place
Au soleil qui triomphe, enfin.
Île — Troisième tableau
Soudain — Gloire aux Eaux !
Mil et une gouttes s’abattent avec fracas
Brouillant d’un seul mouvement
Bêtes, gens et paysages
Assis à la fenêtre
Admirant l’instant d’avant
Une mer si profondément calme
Me voici devant un rideau d’eau
L’odeur du sel est si forte d’un coup
Je m’attends à voir déferler des cieux
Moult bêtes marines
Et monstres abyssaux
Plusieurs sons me parviennent
Les galets s’entrechoquent
L’eau semblent jaillir de partout
Et au-dessus, le toit martelé de gouttelettes
La surprise passée
Tout semble attenué
L’île se repose dans une bulle d’eau
Et moi, habitant, avec elle.
J’ose passer la main
Hors du toit sauveur
La pluie est tiède
Comme le sang de la terre.
Sacrilège, je goûte ce don du ciel et de la mer
Etrange, à mon palais l’eau est douce
L’enfant des tourbes et des coraux
Porte en lui le pouvoir purificateur.
Mes oreilles oublient peu à peu
Le bruit des chocs entre éléments
Et me voilà dans un silence
Au coeur de la brume de mer.
Île — Deuxième tableau
La brise caressante
Se mue en un rugissement discontinu
Fouette les visages d’embruns
Et fait sourire les galets.
Des filaments de vapeur
Germent spontanément dans le bleu pâle du ciel
S’étendant, croissant comme de la levure de bière
Bientôt, l’invasion de ces barbares éthérés sera totale…
Dans l’air, une odeur de terre
Les monts désolés de l’intérieur
Dégorgent leurs colères
Sous la pression de l’humidité.
A peine quelques rais brillants
Parviennent encore à passer le blocus
Que forment sans pitié
L’armée des cumulus d’été.
Je résiste encore à l’ombre
Qui refroidit mes entrailles
Mais bientôt, frissonnant, je dois renonçer
Et rentrer à couvert.
Les bourrasques de la terre et de la mer
Mélangés, alliés
Attaquent les graminées des dunes
Hop ! Des graines dans l’air.
Mon corps me semble lourd
Et la peur ancestrale me prend
La tempête arrive
Et je jubile à l’avance.
Arrivé à l’abri du toit
Je cours dans l’escalier
Et passe devant la fenêtre
Mes yeux émerveillés.
Île — Premier tableau
L’île couronnée d’écume
Mousses salées
Iridescences nacrées
Coeur de la mer
Les algues étourdies de soleil
Diffusent une clarté ombragée
Sous l’eau, les bulles d’air
Jouent avec une étonnante lumière bleue.
Sur les rochers, les macareux piaffent
Sur leurs ailes brillent les gouttes d’eau
Résultat de leurs baignades répétées
Yeux plissés, ils sèchent.
Les vents marins se font alizés
Porteurs de chaleur
Et purificateurs de ciel
Adieu nuages
La brume des éclats de vagues
S’évapore en un clin d’oeil
Voici en cette matinale
Que la Lune faiblit
Les bateaux tanguent dans le port
Un souffle à peine perceptible
Tend à peine les cordages
Et rafraîchit le marin
A vélo sur la côte
J’observe les queues-de-rat danser
Comme nombre de leurres
Pour les oiseaux de proie
Les galets de la plage
Roulent, déjà chauds, sous mes pieds
Je m’y asseois
Et respire.
Haïkus — Troisième Page
Le chiot se blottit
Tous autour sauront l’aimer
Et moi dans tout ça ?
♦
Passer des années
Sans s’y arrêter jamais
Alors, pour une fois…
♦
Ailleurs ? Mais pourquoi
Vouloir aller au loin quand
La beauté est là ?
Fantaisie souterraine
Propulsé sans le sentir
A travers des kilomètres
De tunnels obscurs
Chaque j’accomplis
La traversée du monde d’Hadès
De l’autre côté de la vitre
«Toc, toc«
Les damnés font coucou.
Diptyques
Soie / Jean
Perle / Larme
Au loin / Si proche
♦
Rivière / Désert
Poissons / Gerboises
Dîner / Douleur
TGV
Sifflement
Vague de choc
Cheveux ébouriffés
L’enfant vole quelques centimètres
Le bruit décroît
Et le train poursuit
Sa monotone course
Génocide d’insectes
Les caténaires chantent l’oraison
Moi aussi, je voudrais être loin.
Métro
Un regard fermé
Dix autres
Pas un sourcil relâché
Une odeur qui plane
Si forte qu’elle en est désagréable
On s’imagine
Nageant dans une piscine
Remplie de parfum
Noyé, asphyxié d’odeurs
Mais la voilà déjà qui s’éloigne
Station suivante
Les portes s’ouvrent
Bol d’air frais
Puis l’on repart en apnée
J’étouffe
Pas le choix.
Haïku
Fatigue du soir
Le long trajet de retour
M’endort un peu plus
Tempête de poussière sur les Tuileries
(Note de l’auteur : scène vécue.)
Les tourbillons de poussière
S’envolent au-dessus du labyrinthe
Bouches bées
Yeux brillants
Mais voici la tempête
Terre contre terre, pas d’eau
Eclairs intérieurs
Démon géant de collère tellurique
La pluie viendra
Et balayera cet épique spectacle
Où le faible physique de l’Homme
N’a pas sa place.
Marquèze
(Note de l’auteur : Lorsque j’étais enfant, mon père était géomètre, et faisait dans toute la France des missions plus ou moins longues. Pour celles de plusieurs mois, il emmenait la famille. Ainsi, nous nous sommes retrouvés six mois à Sabres, dans les Landes. Il y a à côté un écomusée, avec un petit train, à Marquèze. Cela ne paie pas de mine, et je suis certain qu’en tant qu’adulte, je serai déçu. Mais dans mon souvenir… que de sensations ! Pour ce poème, empruntez-donc mes yeux d’enfant.)
De l’écorce brisée
Perle une gemme d’ambre
L’odeur qui s’en échappe
Entoure chacun d’un cocon mielleux
Mes doigts perplexes
Parcourent les écailles de l’arbre
Le fin bruissement de mes pas
Sur le tapis d’aiguilles
Eclaire de subtils tintements
Ma marche matinale
Les premiers rayons vifs
Chauffent la sève
Une petite brume à peine visible
Se dégage de la forêt
Evaporation des rosées
Ou condensation des rêves des pins ?
Le Naufrageur
(Note de l’auteur : A Dorian.)
Au sommet du phare
J’ai éteint la lanterne.
Pas fou, non ?
Qui serait digne d’accoster mon île ?
Parions que les rochers
Feront le nécessaire
Pour garantir ma tranquillité.
Le Bronze
Dans les reflets du bronze
Je ne vois aucune gloire passée
Mais bien des guerres, bagarres et la Mort
Ensemble rassemblées dans l’ombre.
Figés dans le métal
Les visages des guerriers frustrés
De voir ainsi leurs mains armées
Rendues inoffensives.
Le sculpteur, pacifiste involontaire
A dépeint son belliqueux modèle
Dans la pire attitude du général :
La douceur.
Quatre saisons : Hiver | Feux de joie
Au moindre souffle d’air gelé
Les boules de gui dansent dans les ormes.
Les branches nues ne sont qu’un maigre abri
A la morsure acide de janvier.
Le nouvel an passé
La peur du froid persiste
A la courte durée du jour
L’homme oppose sa joie.
Feux de joie
Le long de la rivière
Les branches sèches de l’orme brûlent
Avec elle la sève des parasites crépite tout autant.
Quatre saisons : Automne | Le cimetière
Entre les tombes se glissent
Des courants de feuilles mortes
Liquides et silencieux
Comblant sans le remplir le vide entre les morts
Les tourbillons du vent
S’élèvent en créatures d’éther
Rendues visibles par le produit de la terre
L’océan des tristesses humaines
Reflue à la fermeture du cimetière
Derrière la grille, les vivants.
Sous les tumuli, le passé.
Quatre saisons : Eté | Coup de Soleil
Quelques trous de lumière dans le ciel
Dévoile l’orgueil de l’homme
Qui, se croyant à l’abri de fumeux serviteurs
A pensé échapper à la cuisson solaire
Le visage rougi, non pas d’étonnement
Affiche la marque brûlante de l’imprudence
Ferré de chaud, l’être portera longtemps
Le symbole visible de l’hubris d’été.
Quatre saisons : Printemps | Printemps sur l’Île Saint-Louis
Ciel de verre pilé
Atmosphère claire aux reflets orangés
Le pollen vole entre les pavés
Et se pose en flaques sur le sol médiéval
Plus d’abbaye pourtant
Et l’on ne guette plus le passage du roi
Dans notre cité, les seules tours
Encore dressées ne sont plus de pierre.
Il faudra aller bien loin
Pour trouver les champs dorés
Où l’âme solitaire, entourée d’abeilles
Sera délivrée du gris
Bords de Marne
La sueur perle dans mon dos
Bruissement des insectes d’eau
Quelques reflets de soleil éclaboussent les galets
Le long de la rivière, les ormes prennent patience
Chaleur de fin de jour, sur le bord de Marne
Les nuages forment des méandres
Vivement le noir, la migraine point
Le long du chemin, la nuit s’avance
La nature perd sa vie
Et se repose.
Aquarelle II
Surface mouillée
Infini des possibles
Le pinceau, dilué d’arc-en-ciel
Pourfend en chevalier
Le dragon de l’étendue vierge
Combat brutal et pourtant si leste
Une pluie de pigments
S’abat sur la bataille
Chimie de l’eau
Création de dentelles
Aquarelle
D’une seule prise
Le brouhaha intérieur se tait
Le pinceau fin en main
Prépare par le blanc ses couleurs
Quelques gouttes
Un peu de violet profond
Un simple coup de poignet
Voici une tige colorée
Les pétales, fondus de bleus
D’ocre et de rose joyeux
D’attendre le séchage
S’ouvrent en grand
La surprise de l’eau évaporée
Aux motifs nuageux
Aux lentes ondulation bleutées
M’émerveillent.
Est-ce vraiment ma main
Et mes doigts
Qui ont créé cette dentelle ?
Haïkus
Velours vert et rouge
Couvert de poussière grise
Le lustre est éteint
♦
La salle à manger
Dressée comme pour cent convives
Pleine de silence
♦
Talons sur parquet
Résonances du passé
Pas si loin en fait
Aide-mémoire
Il faut :
– un marais, plein de brume, où trouver des feux follets ;
– des collines, à moitié couvertes de bois clairs et à moitié rocailleuses, où jaillissent des sources ;
– de profondes gorges, aux tombes creusées dans leurs flancs ;
– de hautes montagnes aux versants herborés et aux lacs d’un bleu étrange ;
– de grandes villes, pleines d’agitation et de culture ;
– de petits ports tranquilles ;
– de petits villages médiévaux ;
– des manoirs isolés ;
– de profondes forêts séculaires, où passent des ruisseaux ;
– des îles rudes, battues par la tempête ;
– des canaux d’irrigation bordés de roseaux ;
– des chemins de fer peu fréquentés, à travers les rizières ;
– des criques de galets à l’eau transparente ;
– des steppes vallonnées, à la pluie chaude ;
– des chemins détournés.
Le Musée
Lente procession
Et regards parfois vides
Souvent gourmands
Frustration nombreuses
L’envie de toucher
L’envie de posséder
Dans un sens, dans l’autre
Se perdre avec horreur
Ne pas comprendre
Sentir ses jambes suer
Traverser boiseries
Parquets et tapis
Presque en courant
Et s’arrêter, enfin
Qui devant l’objet
Qui à la sortie.