Mois : 05.2007

Réveil

J’ouvre un oeil :
Les petites bombes des gouttes de pluie
Sur le verre de la vitre
M’ont réveillé

Je souffre de toutes mes arti­cu­la­tions
Et n’ose bou­ger.
Alors, j’admire le lent défilé
De la pro­ces­sion nuageuse.

Sans remuer un muscle
Je sens mon coeur battre
Sou­la­ge­ment
Dehors et dedans, tout vit.

Posté le 28.05.2007
Catégories : Poésie, Vers
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Equinoxe

Les vents de l’Equinoxe
Façonnent les côtes sombres
Des îles de la Frise

Scène peinte
Lumière de bou­gies au loin
A chaque mai­son qui s’éteint sa solitude.

Folie qu’être dehors
Par cette nuit de pleine lune
Où les démons de l’eau mugissent

Der­rière la vitre je les observe
Impres­sion­nants jets d’écumes
Puis j’éteins ma lanterne.

Der­rière les vitres, la tem­pête.
A l’intérieur, le calme.

Posté le 27.05.2007
Catégories : Poésie, Vers
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Haïkus

Mer­veille de mousse
Les étoiles sur l’étang
Croas­se­ments rauques

La lune à tra­vers
Les arbres à la nuit tom­bée
Trois chauves-souris

Mil coque­li­cots
Le long de la voie fer­rée
Mil éclats de sang

La gare est déserte
Pas de train à l’horizon
La neige me glace

Soleil dans les yeux
A tra­vers la vitre sale
Je change de place

Cha­leur à Paris
Je pour­rais don­ner beau­coup
Pour un vrai silence

Posté le 27.05.2007
Catégories : Haïku, Poésie
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La Serre

(En vers.)
Mys­tère de moi­teur.
Où poser ses yeux ?
Ecar­ter d’un geste concen­tré
Une branche de pal­mier.
Que cher­cher ?
Rien d’autre que la douce illu­sion
D’être ailleurs en étant ici.

(En prose.)
Mys­tère de moi­teur. Où poser ses yeux ? Ecar­ter d’un geste concen­tré une branche de pal­mier. Que cher­cher ? Rien d’autre que la douce illu­sion d’être ailleurs en était ici.

Posté le 24.05.2007
Catégories : Poésie, Poésie Courte
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Bruges

L’huître d’un matin gris perle
Au centre de ses brumes
Recouvre les créa­tions humaines d’un man­teau de nacre

Le terne des briques sales
Impré­gnées des tris­tesses ter­restres
De la pâleur des morts, et des fièvres des mou­rants
Dis­pa­raît der­rière la pré­cieuse cara­pace aérienne
D’un nuage de brouillard venu de la mer

La créa­tion du monde démise
Par un simple banc d’air mouillé, au début de la journée.

Posté le 24.05.2007
Catégories : Poésie, Vers
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Amiens sous les bombes — Seconde version

Les obus pleuvent sur Amiens
En peste d’acier — pluie noire
La peur démente au coeur
D’être témoin trop tôt de la gran­deur de Dieu

Mil éclats dorés
Cris­tal­lins — fon­dus sous la cha­leur
Brillants en mul­ti­tude de soleils écar­lates
Bri­sures de ville dévastée

Enfer aux tons gran­dioses
Où tous rêvent de l’inaccessible : le silence.

Posté le 24.05.2007
Catégories : Poésie, Vers
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Amiens sous les bombes — Première version

Les obus pleuvent sur Amiens
En peste d’acier sem­blable à une pluie noire
La peur démente dans les coeurs
D’atteindre pré­ci­pi­tam­ment la gran­deur de Dieu

Mil éclats dorés
Cris­tal­lins, fon­dus sous la cha­leur
Brillants comme mul­ti­tude de soleils écar­lates
Bri­sures d’une ville dévastée

Dans cet enfer aux tons si gran­dioses
Tous rêvent de l’inaccessible : le silence.

Posté le 24.05.2007
Catégories : Poésie, Vers
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La Piscine

D’habitude, tout va bien. Puis, un matin, sans pré­ve­nir, je me réveille avec une boule dans la gorge. Dans ma tête, il y a un afflux de pen­sées tristes incon­trô­lables. Je revois des scènes depuis très long­temps pas­sées, et ça me fait mal. En me levant, je me regarde dans le miroir de la salle de bains et me trouve gri­sâtre, dimi­nué. Je me regarde dans les yeux et recom­pose mon expres­sion. Neutre, simple.
En allant tra­vailler, ça va mieux. Dans le métro, je suis dans une bulle. Tous les autres tirent la même tête que moi. Les trans­ports en com­mun ont un effet cal­mant, voire anes­thé­siant. J’arrive au tra­vail. J’en ai oublié mon réveil. La mati­née suit son cours. Puis, sou­dain, un appel parmi d’autres. Je dis bon­jour, et ma voix se brise. La boule est là, dans ma gorge. C’est comme si ma pomme d’Adam était sor­tie de son loge­ment. Ca fait mal. Les larmes m’en coulent des yeux. Je dis par­don, je vous rap­pelle, puis cours aux toi­lettes. Je m’essuie les yeux, reprends mon masque dans le miroir.
A midi, je n’y tiens plus. Au lieu de man­ger, je passe chez moi prendre mon maillot de bain, puis vais à la pis­cine. Je cours presque. Je plonge et pénètre dans l’eau. Je pleure. Je pleure encore et mes larmes salent l’eau. Je tra­verse la moi­tié de la pis­cine en apnée et remonte cher­cher de l’air. Je pleure encore, tou­jours sous l’eau. Je refais ça une demi-heure, jusqu’à en avoir des crampes par­tout. Quand je sors, ça va mieux. Mes yeux rouges ? Le chlore.
Je me rha­bille et retourne au tra­vail. Jusqu’au soir, ça va. Je rentre chez moi. La boule m’attend. Il fau­drait que ça cesse. Je ne peux pas aller à la pis­cine tous les jours. Où alors, une fois, je res­te­rai au fond du bas­sin, tiens.

Posté le 21.05.2007
Catégories : Fiction, Nouvelles
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Zombie (en anglais)

[…] ‘Life is like a dream; life and death are lin­ked, so death isn’t really so ter­ri­fying. The truly ter­ri­fying thing is that so many people are alive but do not live well.‘
’ In Chi­nese we call that Zom­bie.‘
He chu­ck­led and kis­sed me lightly on the lips. ‘Go to sleep.‘
In the air, tiny bursts of blue fire see­med to glim­mer and then disap­pea­red until all that remai­ned was the sil­ver moon­light and myself, half awake and half in a dream.

Wei Hui, Mar­rying Buddha

Posté le 12.05.2007
Catégories : Citations
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Evocation nocturne

« Ecoute, ô nuit, dans les préaux déserts et sous les arches soli­taires, parmi les ruines saintes et l’émiettement des vieilles ter­mi­tières, le grand pas sou­ve­rain de l’âme sans tanière,
« Comme aux dalles de bronze où rode­rait un fauve.

Saint-John Perse, Chro­nique, VIII

Posté le 09.05.2007
Catégories : Citations, Poésie
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Fort agréable à évoquer

C’est un amant hors pair, lisse, sen­sible et déli­cieux. Je prends tout ce qu’il a de bon à don­ner, je donne ce qu’il attend, je n’attends rien. Je perds l’accès, et lui plus encore, à quelque chose en moi qui n’a pas eu le temps de s’épanouir, je le sais. Mais il est très bon aussi de faire l’amour au brouillon.

Raphaële Vida­ling, La Femme Quittée

Posté le 06.05.2007
Catégories : Citations
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