L’Odeur du Limon
Peu importe, maintenant, à qui j’ai envoyé cette lettre. Le contexte : je sortais de l’hôpital, il y a un an et demi.
Comment expliquer ? Comment expliquer cette force incroyable qui me vient parfois et qui l’instant d’après, s’effondre sur elle-même, me laissant amer et faible ? Je voudrais tant pouvoir te faire rentrer dans ma tête, te faire habiter mon esprit et mon corps ne serait-ce qu’une minute ! Tu comprendrais tout. […]
J’attends quelque chose, quelqu’un, un moment, que même une chute dans la Seine au péril de ma vie ne m’a pas fait approcher. De la chute où je pensais trouver des ailes, je ne me rappelle qu’un souffle hurlant à mes oreilles et je me retrouve avec toute la jambe gauche tuméfiée. Du fond de l’eau où je pensais trouver un rêve sous-marin, je ne revois que l’horreur d’une eau noire et sale. Alors je suis remonté, j’ai nagé, je me suis mis sur le bord et j’ai regardé dans le vide. Je suis prisonnier. Alors imagine un prisonnier qu’on enferme dans une autre prison ? […]
Je ne trouve plus les mots ni la force. Alors je vais tenter de m’évader un peu, en même temps que je tenterai de faire semblant de me fondre dans ce monde, comme tout le monde me l’a demandé depuis vingt ans.
Mais vous ne gagnerez PAS.
Combien de temps me faudra t-il pour passer à autre chose ? Je brûle.