L’Odeur du Limon

Peu importe, main­te­nant, à qui j’ai envoyé cette lettre. Le contexte : je sor­tais de l’hôpital, il y a un an et demi.

Com­ment expli­quer ? Com­ment expli­quer cette force incroyable qui me vient par­fois et qui l’instant d’après, s’effondre sur elle-même, me lais­sant amer et faible ? Je vou­drais tant pou­voir te faire ren­trer dans ma tête, te faire habi­ter mon esprit et mon corps ne serait-ce qu’une minute ! Tu com­pren­drais tout. […]
J’attends quelque chose, quelqu’un, un moment, que même une chute dans la Seine au péril de ma vie ne m’a pas fait appro­cher. De la chute où je pen­sais trou­ver des ailes, je ne me rap­pelle qu’un souffle hur­lant à mes oreilles et je me retrouve avec toute la jambe gauche tumé­fiée. Du fond de l’eau où je pen­sais trou­ver un rêve sous-marin, je ne revois que l’horreur d’une eau noire et sale. Alors je suis remonté, j’ai nagé, je me suis mis sur le bord et j’ai regardé dans le vide. Je suis pri­son­nier. Alors ima­gine un pri­son­nier qu’on enferme dans une autre pri­son ? […]
Je ne trouve plus les mots ni la force. Alors je vais ten­ter de m’évader un peu, en même temps que je ten­te­rai de faire sem­blant de me fondre dans ce monde, comme tout le monde me l’a demandé depuis vingt ans.
Mais vous ne gagne­rez PAS.

Com­bien de temps me fau­dra t-il pour pas­ser à autre chose ? Je brûle.

Posté le 27.01.2008
Catégories : Autobiographique
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