Humeurs

Affres des fièvres
Tour­ments des nuits sans som­meils
Où êtes-vous, mains de dou­ceur
Repos de l’âme, sus­pens de la peine

Je tourne sans cesse à votre recherche
Dans ce lit bien trop blanc.

Verrai-je l’Aube ?

Posté le 27.01.2010
Catégories : Autobiographique, Poésie, Vers
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Pages blanches

Les lettres sur le fron­ton de la gare de Post­da­mer Platz sont ennei­gées. Rien ne veut fondre. Le pour­tour des rues se salit à peine. Je ne rêve plus que de cette fabu­leuse pou­dreuse où je m’enfonçais, loin au nord, à la recherche d’une abbaye vide au beau milieu d’une cam­pagne toute aussi vide. Le train avait eu du mal à repar­tir, la glace blo­quait le méca­nisme des portes – le chef de train (l’appelle t-on vrai­ment comme ça ?) les refer­maient toutes avec un mar­teau. Toc, toc, toc, toc. Sous les wagons, de grands pics d’eau gelée, avec les­quels on aurait pu tuer un homme.

Ber­lin est endor­mie. J’ai l’impression que per­sonne ici n’est vrai­ment d’ici. Je ne sais pas où sont les habi­tants. Au chaud, sans doute. L’expérience de nom­breux hivers similaires ?

Le grand choc, ce fut la pre­mière grand plaine blanche, imma­cu­lée, sans un arbre. Je tra­ver­sais une page blanche. Je crois avoir été à ce moment-là juste au-dessus des ban­lieues nord de Ber­lin, là où fina­le­ment, la ville s’arrête. Pas de fron­tière, pas de Fran­ci­lienne, rien. Pouf, le blanc. L’envie de balan­cer des grandes traî­nées d’encre de chine au pin­ceau et de for­mer de petits des­sins obs­cènes dessus.

Je n’étais en rien pré­paré à la tra­ver­sée des bois, qui selon le guide était « par­fai­te­ment bali­sée » et j’en conviens, les signes jaunes étaient aisé­ment repé­rables. Ce qu’avait beau­coup moins prévu les gen­tils auteurs, c’est qu’un tim­bré en mon genre déci­de­rait de faire une excur­sion sans équi­pe­ment aucun alors que cin­quante cen­ti­mètres de neige recouvrent le monde teu­ton. C’est donc en m’enfonçant jusqu’à mi-cuisse que j’ai par­couru les trois kilo­mètres de la gare aux terres de l’abbaye de Cho­rin, la belle cis­ter­cienne, aux baies ouvertes et de brique rouge.

Ayant perdu mon bon­net quelques jours avant, j’avais emporté mon casque, en guise de protège-oreilles, par des­sus ma capuche, et j’ai pu faire la tra­ver­sée le temps de deux concer­tos de Pou­lenc tota­le­ment cham­pêtres, doux, et qui se super­po­saient aux bruits de mes pas dans la neige. Pas fort bruyants, car la neige était com­po­sée d’une grande quan­tité de glace, eut égard à la tem­pé­ra­ture. Elle cris­sait donc tout particulièrement.

Une grande éten­due blanche aux formes arron­dies m’étonna vers la fin de mon périple. Il me fal­lut pas­ser un petit pont où l’eau cou­lait encore un peu pour com­prendre qu’il s’agissait d’un grand lac gelé.

Je fus seul dans l’abbaye, et rem­pli d’une pré­sence éton­nante qui m’éleva l’âme. Au sor­tir, il s’était remis à nei­ger le triple, au point qu’il nei­geait dans l’Église Abba­tiale, qui n’avait plus de vitraux depuis des siècles (en avait-elle eu ?) Je repar­tais à tra­vers la page blanche, jetant un œil au cime­tière et sou­hai­tant han­ter les lieux aux jours anni­ver­saires de ma mort.

Posté le 12.01.2010
Catégories : Autobiographique
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Prière à l’Aube

Oh, Ado­nai, Eter­nel mon Dieu,
Toi en qui je n’ai jamais cru,
Pour­quoi sa voix, lui qui semble avoir Ta voix,
Me fait-elle trem­bler le coeur dans le poitrail ?

Quelques sons ensom­meillés,
Tirés de ses rêves trou­blés,
Des sou­rires de m’entendre
M’ont trou­blé plus que je ne l’aurai pu croire.

Libère-moi de ma peine,
Et réunis-nous,
En effa­çant nos tris­tesses,
Et nos colères.

Amen.  (Pitié.)

Posté le 22.12.2009
Catégories : Autobiographique, Poésie, Vers
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Première morsure

La Lune a plongé, avec sa majus­cule, sous l’horizon.
Pas de bruit — le froid arrivé tôt a tout assourdi.
Sep­tembre part en cou­rant, l’Hiver retient son souffle.
Mal­heur aux soli­taires, dans leurs draps glacés.

Posté le 24.09.2009
Catégories : Poésie, Poésie Courte, Vers
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Parfums

Ce qu’il m’en a fallu du temps
Pour ne plus fré­mir à ton odeur
Sur la peau d’un autre

Je mens comme je te respire.

Posté le 24.09.2009
Catégories : Autobiographique, Poésie, Poésie Courte, Vers
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Grondements

Perles d’obscures volup­tés, per­dues
En fils ten­dus, cas­sés
                            - nets

Avec le temps
Failles
    - Sis­mi­cité des orgasmes en récur­rences
Les corps vibrent et s’arquent
Dans des pas­sés frémissants

Et l’immobile pré­sent,
Sur la plus haute strate,
N’en peut plus
De ces géo­lo­gies du cœur.

Posté le 24.09.2009
Catégories : Poésie, Vers
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Dédicataire anonyme

La courbe de ma pre­mière lettre hésite
La nuance exacte du rose au dehors
Échappe à mon thésaurus.

Oh, sou­dain :
En pen­sant à toi -
Rose «douceur».

Posté le 22.07.2009
Catégories : Poésie, Poésie Courte, Vers
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Route de ceinture

D’une brume à l’autre, fina­le­ment, il n’y a qu’un pas. De la suf­fo­ca­tion âcre des fumées de la ville, je pénètre sans pré­ve­nir dans un immense globe d’air moite, empesé de sève et d’ombres den­te­lées pro­je­tées par les nou­velles feuilles du prin­temps, à peine déployées. La bar­rière entre la ville et le bois résiste quelques secondes, hésite, puis m’aspire comme une gelée de coings sur laquelle on aurait appuyé le dos d’une cuiller. Mon poil hérissé me réchauffe mais mon coeur brûle de sen­tir à nou­veau, après cet hiver long, vide, gris et sans forme, ce renou­veau pul­sa­tile, qui n’en peut plus d’attendre au point qu’il ne s’arrête pas même la nuit. Au loin, de l’autre côté du lac, les échos de joie de la fête foraine et ses lumières pâles et arti­fi­cielles. Leur reflet dans l’eau, ver­sion pas­tel et défor­mée, en serait presque mélan­co­lique, en contre­point des cris d’excitation que j’entends, assour­dis par la végé­ta­tion pro­tec­trice. Quelques formes errantes glissent dans l’ombre, sans bruit. Les oiseaux sont endor­mis et les cla­po­tis de l’eau aussi.

A plus de minuit
Les enfants portent leurs prix
Sous les marronniers

Posté le 05.04.2009
Catégories : Haïku, Poésie, Prose
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H#180309.01

Tu te vois dans l’eau
Sombres tur­bu­lences bleues
Sou­rires de carpes

Posté le 18.03.2009
Catégories : Haïku, Poésie
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Constellation

Dans les phases de la Lune
Et la course lente
 et cir­cu­laire
Des étoiles autour de ma mai­son
S’inscrivent peu à peu
Cartes à suivre au sex­tant
Vers Venise et Cordoue

Le Vent y souffle, chaud
Le Vent me souffle, à l’oreille.

Posté le 11.03.2009
Catégories : Poésie, Poésie Courte, Vers
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Corail

Les narines à peine au-dessus de la sur­face de l’eau
Et les che­veux qui flottent sans peine dans cette eau pure
Les chocs du dehors, sourds
Viennent de loin
Mais y res­tent.
Ils n’ont pas droit de cité, dans ce calme que je crée.

Posté le 08.03.2009
Catégories : Poésie, Poésie Courte, Vers
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Yeux de nuit

Au seuil d’une per­cée dans la perle noire de la nuit
L’ivresse velou­tée des pas du chat
Se fait silence d’ailes por­tées
Aux souffles irré­gu­liers
De l’endormeur qui se débat
Dans les lianes de soie bleu­tées
Par­se­mées ça et là de prompts éclats de mémoires.

Ô que d’embûches dans ce sous-bois flê­tri
Où la renais­sance quo­ti­dienne
Qué­mande à la Lune son obs­cure vitalité.

Sur le pas­sage de son âme,
Le Dor­meur, accom­pa­gné de sa cour de rêves scin­tillants
Sèmera étoiles, vignes et karsts.

Sa main trem­blante, dans l’autre monde
Cherche en vain une plume
Pour tout décrire.

Posté le 21.01.2009
Catégories : Poésie, Vers
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Le retardataire

Quelques feuilles se sont figées
Dans une résine inco­lore d’eau
Le peu­plier, tar­di­ve­ment,
A envoyé ses émis­saires vers un hori­zon
De glace et d’attente

Posté le 09.01.2009
Catégories : Poésie, Poésie Courte, Vers
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Ciel uniforme

Le carré d’herbes a gelé cette nuit
Et les feuilles sagit­tées se sont trou­vées
Tri­co­tées de veines d’argent lunaire

Lorsqu’il aura neigé, les apex émer­ge­ront
Soli­taires, verts et brillants
En péri­scope sur les pentes de blanc.

Posté le 09.01.2009
Catégories : Poésie, Vers
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Gué

Pont de pierres mous­sues vei­nées de gel
Cra­que­lées de verre d’eau trans­lu­cide
En attente du soleil du midi de février
Et de la déli­vrance des pattes des momies de gerris.

Posté le 08.01.2009
Catégories : Poésie, Poésie Courte, Vers
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Lames

Souffle gris nacré
Sur­vo­lant, en sif­flant
Les couches suc­ces­sives de glace sur le lac

Quelques yeux en-dessous
Emergent si len­te­ment
Et écoutent à l’abri la tour­mente
Des lames hiver­nales du dessus

Un grain de pol­len y vire­volte
Puis se pose en un nid de flo­cons :
 – Il y dormira.

Posté le 08.01.2009
Catégories : Poésie, Vers
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Epoques réunies

Epis­taxis du matin d’hiver
Gout­te­lettes tièdes, car­min
Forment une longue piste trem­blante
Hési­tante, devant ma porte dans la neige

Volte-face
Jusqu’à la salle de bains sur la carrelage

Ma cra­vate en soie, unie
Se trouve tachée de rouge
Mais n’en est pas moins belle.

Posté le 07.01.2009
Catégories : Poésie, Vers
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Runes

Les glaces du jour
Refusent de fondre dans le brouillard
Cris­se­ments de pas froids eux aussi
A peine appuyés

Une forme
 Trouble
  Glisse
   Silen­cieu­se­ment
    Vers la rivière
     Gelée

Un cygne ?
Un signe ?

Posté le 07.01.2009
Catégories : Poésie, Vers
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Langueur

Dis­so­lu­tion de para­dis issu du songe
Souf­flant autour de ce coeur triste et las
Qui ne sut boire que dégoût dans la dou­ceur
Et perd son sang dans la dou­leur vulgaire.

Dès lors il accom­pagne, sur un rythme de danses
Dis­pa­rues, les troubles mélo­dies du déses­poir,
Tan­dis que les cou­ronnes stel­laires du vieil espoir
Meurent sur un autel depuis long­temps déserté par Dieu.

De l’ivresse des vins et des par­fums ne te resta
Qu’un sen­ti­ment aigu de honte –
L’hier en un reflet défi­guré – et te voilà broyé
Par le gris cha­grin du quotidien.

- Georg Trakl

Posté le 04.01.2009
Catégories : Citations
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Bord du monde

Nous sommes au liseré de tout
A la frange per­due des mirages éton­nés de l’âme
Les émotions, maintes fois sou­mises
Aux reflux
A la lune
Au soleil aussi
S’enlisent dou­ce­ment dans une fin d’après-midi éter­nelle
A la tem­pête suc­cède l’oeil
Et son attente – son immo­bile.
La stase dure et le fil ne rompt pas.

Posté le 24.12.2008
Catégories : Poésie, Vers
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Avant l’orange

Vent de terre
Remon­tant, si vite, le long des haies du bocage,
Por­tant, de loin, les cha­leurs des plaines
Et les piaille­ments des oiselles d’été
 – Assoif­fées

Le halè­te­ment des nuages bas
Vien­dra bien assez tôt
Répandre sa manne lourde de bleu
Sur leurs plumes sèches.

Posté le 24.12.2008
Catégories : Poésie, Vers
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Echecs

Par­celle d’ombre — par­celle claire
Damiers de clairs-obscurs
Grilles de peurs de nuits sans lune
La cour est vide, sans bruit,
Et la tra­ver­ser est une épreuve
Chaque soir.

Posté le 23.12.2008
Catégories : Poésie, Poésie Courte, Vers
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La folie

L’île semble si proche
Entou­rée d’un fin et scin­tillant man­teau empesé
De perles bru­meuses, dif­frac­tant dans le soleil
Les rayons oranges de la cou­ronne du matin :
Incen­die de l’aube tout autour des terres,
Tout autour de l’eau.

Sur­tout, res­ter à dis­tance :
Car s’approcher, c’est dis­soudre l’aquarelle.

Posté le 23.12.2008
Catégories : Poésie
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Plus que parfait

Au matin, ma main se pose dans un recoin du radia­teur
Des étoiles de givre se sont for­mées dans la nuit
Et brillent dans le jour à peine éveillé
Je regrette, au moment où l’air froid entre sous les draps
D’avoir dormi nu, sans toi
L’attente sera longue avant ce soir
Mais il me semble déjà t’entendre
Et sen­tir un peu de cha­leur sup­plé­men­taire :
 – la tienne.

Posté le 22.12.2008
Catégories : Poésie, Vers
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Expositions à voir — bientôt

Cela fait très long­temps que je n’ai pas été voir d’expositions, ce qui est bien dom­mage étant donné que notre capi­tale en est rem­plie. Voici donc celles que je compte visi­ter pro­chai­ne­ment, clas­sées par date de fin.

- Konpira-San, Sanc­tuaire de la mer — Tré­sors de la Pein­ture Japo­naise (Musée Gui­met, Paris)
Jusqu’au 08÷12÷08
Raté. Flûte.

- Louise Narbo — Hiver Fer­tile (Coeur de Ville, Vin­cennes)
Jusqu’au 20÷12÷08
Raté. Re-flûte.

- Sval­bard, Escales en Terre Arc­tique (Palais de la Décou­verte, Paris)
Jusqu’au 04÷01÷09
Raté. Diantre.

- Terre des Pôles (Grille du Jar­din du Luxem­bourg, Paris)
Jusqu’au 04÷01÷09
Raté. Fichtre.

- Che­mins de cou­leurs, tein­tures et motifs du monde (Musée du Quai Branly, Paris)
Jusqu’au 04÷01÷09
Vu en com­pa­gnie de Kate. Assez brouillon et rapide. Muséo­gra­phie catastrophique.

- Contem­pla­tions japo­naises — Adachi/Fuse/Kameyama/Tanaka (Mai­son des Arts, Antony)
Jusqu’au 04÷01÷09
Raté. Crénom !

- L’esprit Min­gei au Japon : de l’artisanat popu­laire au design (Musée du Quai Branly, Paris)
Jusqu’au 04÷01÷09
Vu en com­pa­gnie de Kate. Mini­ma­liste mais des pièces magnifiques.

- Upside/Down — Les Arc­tiques (Musée du Quai Branly, Paris)
Jusqu’au 11÷01÷09
Vu en com­pa­gnie de Kate. Encore un par­fait exemple de muséo­gra­phie catas­tro­phique néo-bobo comme sait appa­rem­ment en pondre le Quai Branly. Dom­mage pour les pièces qui étaient fort éton­nantes, mais qui auront souf­fert de leur conti­nuel balan­ce­ment sous les pas des visi­teurs, c’est certain.

- Celtes et Scan­di­naves, Ren­contres artis­tiques VIIeme-XIIeme siècles (Musée de Cluny, Paris)
Jusqu’au 12÷01÷09 Vu seul. Mau­vaise muséo­gra­phie, salle beau­coup trop petite, sur­peu­plé. Dom­mage, les objets étaient très beaux.

- L’Herbier du Roy (Museum d’Histoire Natu­relle, Paris)
Jusqu’au 15÷01÷09 Je suis mor­ti­fié, mais je l’ai raté. Res­pon­sables : les chutes de neige qui ont rendu le Jar­din des Plantes inac­ces­sibles les der­niers jours de l’expo.

- Le Métro Pari­sien vu par Akemi Nogu­chi (Musée Car­na­va­let, Paris)
Jusqu’au 01÷02÷09 Pas vu.

- Rapa Nui, l’Île de Pâques (Fon­da­tion EDF, Paris)
Jusqu’au 01÷03÷09
Pas vu.

Ô lec­teur, si l’une ou l’autre t’intéresse, accompagne-moi…

Posté le 04.12.2008
Catégories : Articles non classés
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Les Ratures du Feu

Durant ces mois obs­curs, ma vie n’a scin­tillé que lorsque je fai­sais l’amour avec toi.
Comme la luciole qui s’allume et s’éteint, s’allume et s’éteint — nous pou­vons par ins­tants suivre son che­min
dans la nuit parmi les oliviers.

Durant ces mois obs­curs, ma vie est res­tée affa­lée et inerte
alors que mon corps s’en allait droit vers toi.
La nuit, le ciel hur­lait.
En cachette, nous tirions le lait du cos­mos, pour survivre.

- Tomas Trans­trö­mer, La Place Sau­vage (1983)

Posté le 25.11.2008
Catégories : Citations
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Si peu d’occident

Dans les hauts de Buda
Parmi les arbres
Le chant du soleil souffle
D’un poids si peu per­cep­tible
Les vents de Tur­quie
Et leurs sen­teurs de citrus
Par­se­mées d’iris.

Je rêve
Assis sur le banc du tram
Et oublie la ville.

Les æschnes gon­flées du bleu du ciel
Défilent le long des voies
Dans une sara­bande connue d’elles seules.

Le bruit des voies
Si peu mélo­dieux pour­tant
M’endort peu à peu.

Posté le 20.11.2008
Catégories : Poésie, Vers
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Souvenir d’origine

A l’origine
Fut ta main sur ma poitrine

Et l’eau coulant

Dans les recoins entre notre corps
A peine séparés.

Posté le 05.11.2008
Catégories : Poésie, Poésie Courte, Vers
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Filons

Terres erro­dées
Rouges de fer, gor­gées d’or
Aux minces filets d’eau per­dus dans les failles
Sous les caves obs­cures du temps qui passe
Goutte à goutte.

A mon oreille, en-dessous de nous
Le sol pal­pite et res­pire
Exhale un souffle brun et dense
Qui nous entoure, brillant
De siècles d’attente.

Posté le 05.11.2008
Catégories : Poésie, Vers
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Feux follets

Les yeux ouverts vers ces boules de feu loin­taines
Si proches pour­tant
D’un geste des doigts
Se brû­ler
Odeur d’ozone dans le noir
Feux fol­lets :
Etoiles sur Terre.

Posté le 05.11.2008
Catégories : Poésie, Vers
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La nuit instantanée

Les peu­pliers scin­tillent sous les légers rais de lumière du cré­pus­cule. Oran­gés, doux, les révé­la­teurs du soir éclairent les des­sous argen­tés des feuilles. Les agaces piaillent sèche­ment dans le chien-et-loup, avant de se taire, éton­nées comme à chaque révo­lu­tion solaire par l’ombre qui prend le pas sur le monde. Un vif bat­te­ment d’ailes, fan­to­ma­tique, autour de la fenêtre. Les arai­gnées, sans bruit, com­men­çent à étendre leurs filets de soie sur ma fenêtre : au matin, les gouttes d’eau prises dans l’aube m’ouvriront une porte de dou­ceur vers un nou­veau jour.

Posté le 05.11.2008
Catégories : Poésie, Prose
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Sans titre

Fluides aériens, humides mais clairs
Acé­rés en serpe brillante
Au coin de l’oeil, éthé­rés
Mais liquides de face, bénins.

Posté le 04.11.2008
Catégories : Poésie, Poésie Courte, Vers
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Arrêt de nuit

Un arrêt au bord de l’eau, la nuit.
La ville retient son souffle constant
Et les gouttes de pluie semblent glis­ser,
Infi­ni­ment,
Sur la sur­face hui­leuse et noire.

Mon oeil dis­tingue sou­dain des éclats
Les étoiles se reflètent au fond.

Posté le 04.11.2008
Catégories : Poésie, Vers
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Le roc silencieux

Les cordes d’eau façonnent le roc
Len­te­ment, sûre­ment,
Arra­chant seconde après choc,
Son lot de miné­raux invisibles.

Cra­tères lichen­nés,
Sous la main, rugueux et fré­mis­sants
Résonnent, tout en graves
Au ralenti.

Posté le 04.11.2008
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Pas de Commentaires.

En aval

Fils de terre mouillée
Ten­dus sur les rii­vères d’herbe
Pié­ti­nées, jours après nuits,
Par les souffles des­cen­dus du col
 – Là-haut, dans l’horizon
Une bouche immense de gangues cachées
Déverse sans faille
Ses amères humeurs gorgées.

Posté le 04.11.2008
Catégories : Poésie, Prose
Réactions : Pas de Commentaires.

Dans les trente premières pages

Abaque | Abat-vent | Abbaye | Abée | Abri­cot | Abrupt | Absinthe | Abs­trac­tion | Abysse | Acaule | Accres­cent | Accroc | Accroire | Acé­die | Acéré | Aces­cent | Acheb | Aci­cu­laire | Acou­phène | Adret | Adu­laire | Aérau­lique | Æschne | Affleu­rer | Afflux | Affu­sion | Agace | Agassin

Que d’inspiration entre les simples pages d’un Larousse illustré…

Posté le 25.10.2008
Catégories : Articles non classés
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Saumâtre

Dans le gris de fonds marins,
Per­dus, là, sur la Marne
Volent, vifs-argents, ce qui flot­tait dans le fond
Jusqu’au matin.

Tour­billons d’écumes de sel,
Dépla­cés, loin, de la Manche
Se font, se défont, et char­rient galets à rebours
Nuits et jours.

La main immo­bile,
Attrape, dou­ce­ment, les sédi­ments du loin­tain
Et les rides, en sur­face, vibrent le long de la rive
En brillant.

Posté le 07.10.2008
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : 2 Commentaires.

Elévation

Je classe, d’un trait sombre, nos his­toires impar­faites à la lettre X
Elé­va­tion alpha­bé­tique, ciel d’avions, le bruit couvre la rumeur
On se per­cute sans se tou­cher, la chute nous ombrage
A l’automne, trop sou­vent, les feuilles mortes se ramassent à la pelle
J’aimerais par­fois que tu me prouves le contraire

Paris d’or et sans plage, le sable des roches m’aveugle
Noir à des­sein, côte Nor­mande et tête bais­sée, la ligne se cabre
Les nuages res­semblent à des vagues ; toute cette mousse m’écume
Struc­ture ana­to­mique et désir perdu, un vol plané sur les crêtes
Depart d’immédiat, renaître de peu, à quel temps sommes-nous ?

- Cyril Ber­thault Jac­quier (avec l’aimable auto­ri­sa­tion de l’auteur)

Posté le 28.09.2008
Catégories : Citations
Réactions : Un Commentaire.

Marée Noire et Bleue

(Semi-autobiographique pour le pre­mier dip­tyque de cette sai­son pour Akynou.)

C’était un matin comme les autres, somme toute. Un peu plus bleu que prévu. En un souffle rapide, un halè­te­ment de rails, et mes pieds fou­laient sou­dain le sable de la baie de Somme. J’avais l’habitude de ces rivages vides de peuple, et je le trou­vais là rem­pli, grouillant d’agitation. Des enfants sur­veillés et tan­cés à peine, par­fois, par leurs famille fières. Les quelques couples silen­cieux, plein de leur amour et du bruit des vagues.

J’ai cher­ché une main à laquelle me rac­cro­cher. Je me suis retourné, croyant entendre mon nom, revi­vant bru­ta­le­ment des bon­heurs déjà pas­sés. J’ai erré de Quend-Plage à Fort-Mahon, m’enfonçant dans les rigoles creu­sées dans le sable, hagard, écou­tant dans les souffles des dunes et des nuages rares les échos de nos tou­chers disparus.

Je cher­chais en vain ma place qui n’y était plus. Je suis ren­tré à Paris. Aux alen­tours de la Gare du Nord, j’ai mar­ché sans but, igno­rant toute logique. Et dans une ruelle, j’ai senti que la las­si­tude était juste un peu trop forte pour que mes jambes me portent plus loin. Alors, je me suis allongé, sans per­sonne autour, la joue contre le bitume de mes jours durs.

Posté le 16.09.2008
Catégories : Autobiographique, Nouvelles
Réactions : 5 Commentaires.

Les Brumes du Nord

Demain, dans le matin, je par­ti­rai rejoindre les brumes de la Baie de Somme, l’espace de quelques heures.

Une paren­thèse bien­ve­nue. Dois-je empor­ter mon vélo ou faire un peu de stop, de Rue à Quend-Plage-les-Pins ?

Posté le 13.09.2008
Catégories : Articles non classés, Autobiographique
Réactions : 3 Commentaires.

Trois ans

Dix ans de plus. Vingt kilos de moins. Moins de poil sur le torse. Moins de barbe. Plus de pec­to­raux glo­bu­leux. Plus de blond, moins de roux. Plus de bron­zage, moins d’acné. Tous ont voulu quelque chose de dif­fé­rent. Mais lui, non.

Il m’a juste accepté comme je suis. Et je l’attends. Parce que je ne peux pas faire autre­ment.

Cher être aimé,
Je suis très malheureux.

Bien en toi,

L’amant dans le placard

Posté le 09.09.2008
Catégories : Autobiographique
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Trois petits points

A chaque orgasme, j’espère avoir un arrêt cardiaque.

Posté le 04.09.2008
Catégories : Autobiographique
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Seven Songs

Trouvé chez Nacara. Mais moi j’ai fait l’effort de tra­duire en français.

(List seven songs you are into right now. No mat­ter what the genre, whe­ther they have words, or even if they’re not any good, but they must be songs you’re really enjoying now, sha­ping your spring. Post these ins­truc­tions in your blog along with your 7 songs. Then tag 7 other people to see what they’re lis­te­ning to. / Lis­tez sept chan­sons que vous aimez en ce moment. Peu importe son genre, ou si elles ont des paroles, ou même si elles sont bonnes ou non, mais elles doivent abso­lu­ment être des chan­sons que vous aimez vrai­ment en ce moment. Pos­tez ces ins­truc­tions sur votre blog avec vos 7 chan­sons. Puis taguez 7 autres per­sonnes pour voir ce qu’ils écoutent. )

# 1 — Mas­sive Attack — Tear­drop — extrait de Mezzanine

Parce qu’elle me fera tou­jours vibrer de haut en bas. Sym­bole des matins de prin­temps après la pluie, alors qu’il faut se lever tôt et par­tir dans la ville. Fear­less of my breath.

# 2 — Cris­tina Branco — Cris­tal (Tinha Algum Vinho Ainda) — extrait de Ulisses

Je ne com­prends pas les paroles en por­tu­gais. J’ai cher­ché les paroles sur le net un peu par­tout, sans suc­cès. Mais c’est tel­le­ment beau que je m’en construis à moi. Je sens que c’est une chan­son d’espoir.

# 3 — Mau­rane — Le Bon­heur — extrait de Si Aujourd’hui

2:56 d’épines dans le coeur. De dou­leur en intra­car­diaque… Parce qu’il y en a un asso­cié à cette chan­son et que j’attends sa déci­sion. En fait, à sa bouche est sus­pendu mon bon­heur futur.

# 4 — Yelle — Je veux te voir — extrait de Pop-Up

Je suis tombé des­sus plus ou moins par hasard alors que j’allais une fois au Sun City. J’y vais très rare­ment, même plus du tout, car il n’y a pas d’endroit à Paris où on pra­tique mieux la marche de l’empereur. Le froid de l’Antarctique inclus. Depuis, je l’ai dans la tête. Maledizione.

# 5 — The Off­spring — Ori­gi­nal Pranks­ter — extrait de Conspi­racy of One

J’adore Dex­ter Hol­land. Shut up.

# 6 — Rob­bie Williams — Love­light — extrait de Rudebox

On a dit beau­coup de mal de Rude­box, et moi je trouve que c’est un très bon album. On a dit beau­coup de mal de cette chan­son mini­ma­liste, et moi je la trouve tota­le­ment réus­sie. Comme moi, j’adore être à contre-courant, par­fois.

# 7 — Zazie — La Preuve par trois — extrait de Made in Love

Je prends la chan­son au sens méta­pho­rique, bien sûr. Un peu trop dur de s’identifier. Même si ce n’est pas trop dou­lou­reux de savoir que je n’aurai pas d’enfants.

 

Alors, alors, alors, qui vais-je taguer ?

La Douce-Soyeuse-Passionnée, Gilda, Fli­ckette©®, Euqi­no­rev, Aky­nou, Mel, MrPeer. Souf­frez.

Posté le 03.09.2008
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Etat rapide des lieux

Mael­ström. Tout s’accumule, tourne fol­le­ment, et je suis le point de non-retour. J’ai l’impression fort déran­geante que de nom­breux, très nom­breux chan­ge­ments sont à venir, bien­tôt. Et je crains n’avoir qu’un contrôle très limité sur les choses. (Impres­sion confir­mée par les cartes, d’ailleurs.)

Ma vie amou­reuse est une catas­trophe, car ma sexua­lité la para­site et la para­lyse. Je suis encore très amou­reux d’un homme qui m’a fait beau­coup de mal, que j’avais tenté d’enterrer à jamais, mais qui est revenu ces der­niers temps. J’avais joué la tran­si­tion dans son couple, la bulle d’air qui lui a per­mis de repar­tir à toute vapeur avec celui qui vit avec lui. Six mois à me don­ner sans rece­voir en retour quoi que ce soit. Mais il s’avère que son couple bat à nou­veau de l’aile. Nous nous revoyons régu­liè­re­ment. Nous fai­sons l’amour à chaque fois, c’est par­fait. Il est le seul avec qui je n’ai pu me conten­ter que de son seul contact. Toutes mes rela­tions se sont avé­rées des désastres à cause de ça : mes envies d’ailleurs que per­sonne ne semble prêt à assu­mer. Mais avec lui, non, je n’en avais pas besoin. Dois-je espé­rer leur rupture ?

Ma vie pro­fes­sion­nelle est une rigo­lade. Un an de for­ma­tion rému­né­rée comme secré­taire d’architecte, où je fais 28 heures par semaine en entre­prise et 7h à l’école. Je suis le seul mâle de ma promo. On s’amuse comme des folles. Mais ce bou­lot est inin­té­res­sant au pos­sible, et j’ai vrai­ment du mal avec la per­son­na­lité de l’Architecte. Ils se res­semblent tous, et même s’ils ne sont pas for­cé­ment méchants, ils sont dans leur monde : fixés sur eux-mêmes. Mon contrat se ter­mine le 1er avril. Je doute qu’ils dési­rent me gar­der — et de toute façon, aucune chance que je reste. Je serai libre d’avril (ça tombe bien, à cette date j’aurai fini de payer mes cré­dits) à sep­tembre. Et en sep­tembre, j’essaierais bien un CAP fleu­riste. Je passe mon temps à chan­ger d’orientation. A force d’essais, peut-être tomberai-je sur le tra­vail rêvé ? Je me vois bien pos­sé­dant mon maga­sin… Et j’ai tou­jours adoré les fleurs et l’activité manuelle. Nous ver­rons bien.

Ma santé n’est fina­le­ment pas si mau­vaise, com­pa­rée à ce qu’elle a été. J’ai envoyé val­ser anti-dépresseurs, thy­mo­ré­gu­la­teurs et autres psy­cho­tropes il y a un mois. Je me sens plus clair. Pas plus heu­reux, ni mieux : plus clair. Comme si j’avais vu à tra­vers une vitre fumée pen­dant un an et que bru­ta­le­ment je l’avais enle­vée : ça fait mal aux yeux, mais au moins, on voit les détails et les cou­leurs. Comme le dit ma doc­to­resse : vous tra­vaillez sans filet. Certes. Le risque me plaît. On ne peut pas vivre sans. Et je crois que mon trai­te­ment a été res­pon­sable de ma prise de poids. Parlons-en, tiens : je fais main­te­nant 1m83 pour 99kg. Arron­dis­sons à 100. Mais je ne me sens pas laid. C’est juste plus dur pour s’habiller. Le 48 n’est pas trouvé par­tout. Ah, si j’avais le goût du sport…

Ne par­lons pas de mes finances désas­treuses, to say the least, ni de ma sexua­lité exa­cer­bée et inapropriée…

Bref. Comme on le dit chez nous : j’ai pas d’plaisir…

Posté le 31.08.2008
Catégories : Autobiographique
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Imprévu culturel

J’ai visité hier en com­pa­gnie de ma mère l’exposition sur Zao Wou-Ki, à la Biblio­thèque Natio­nale de France. J’ai trouvé ses oeuvres fort inté­res­santes, et éton­nantes de pro­fon­deur, lorsqu’elles sont vues de loin en par­ti­cu­lier. Ses illus­tra­tions de début de car­rière m’ont beau­coup tou­ché, égale­ment. Il a beau­coup illus­tré pour les poètes fran­çais. Mais le plus étrange, dans cette excur­sion, est que je suis tombé en arrêt devant un des textes pré­sen­tés. Voici l’extrait qui m’a figé sur place.

A la sur­face de l’étang, les hautes pattes très minces du fau­cheux qui, en cisaillant l’eau, se tient immo­bile contre le cou­rant.
A minuit passé, dans le noir, le petit bruit mat sur l’escalier de bois des pattes (presque sans pesan­teur) de la chatte, qui vient dor­mir à mes pieds.
Sur la dune, cueillir une tige, en frot­ter la paume de sa main et tout le reste de la jour­née res­pi­rer de temps en temps l’odeur de réglisse et de poivre.
Dans la mai­son qu’il faut quit­ter à l’automne, sur ce figuier qu’on adju­rait de mûrir enfin, une seule figue mûre à l’instant du départ. La cou­per en deux, et sa chair vio­la­cée brille au soleil de sep­tembre à sa fin. […]

Claude Roy

Posté le 22.08.2008
Catégories : Citations
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Note de passage

Claude Roy disait que le jour­nal intime est un livret de caisse d’épargne du temps qui passe. (dans Per­mis de séjour 1977 – 1982) Moi qui suis inca­pable de mettre le moindre sou de côté — vous devriez voir mes comptes, c’est à mou­rir de rire — je serai fort riche, la vieillesse arrivée.

Voilà, j’ai refait un peu mon petit car­net vir­tuel. En noir et or, mais fina­le­ment, sans chan­ger grand-chose dans le fond. Ça me plaît beaucoup.

Posté le 22.08.2008
Catégories : Articles non classés
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Parabole

J’aimerais faire de ma chambre
Un uni­vers invisible

J’aimerais faire de mon corps
Une mons­trance d’or

J’aimerais faire de ma voix
L’agneau de l’Apocalypse

J’aimerai faire de ma vie
Un livre d’histoires.

Posté le 19.08.2008
Catégories : Poésie, Poésie Courte, Vers
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Torcello

(Fic­tion de sou­ve­nirs modi­fiés pour Aky­nou, qui nous fait bos­ser l’imaginaire.)

C’était un jour de grand vent. Les joncs de mer bat­taient fol­le­ment une écume à peine iri­sée. Nous étions là, au fond de la lagune, à l’écart du monde. Les vacances ita­liennes auraient dû être enso­leillées, écra­sées de cha­leur, mais le ciel en avant décidé autre­ment, et cette atmo­sphère grise et aqueuse s’étendait sur nous depuis notre arrivée.

Le sable avait volé jusque sur le petit che­min qui reliait l’arrivée des bateaux au vil­lage et à l’église. Venir de si loin pour ne voir qu’un reflet d’antan et des reliques, ces bouts de bois de Dieu, n’effleurait même pas l’esprit de la plu­part des gens, mais nous avions eu faim de tran­quillité, envie de calme et d’échapper à la rumeur gron­dante et per­ma­nente des foules de la place Saint-Marc.

Dans le vapo­retto, nous avions fait la connais­sance d’une petite brune. Sué­doise. À l’opposé du cli­ché. Elle avait dans ses yeux une las­si­tude telle que même son sou­rire ne pou­vait consti­tuer un masque effi­cace. Nous n’étions que trois sous les vitres du bateau, plus une famille de japo­nais silen­cieux, visi­ble­ment déso­rien­tés. Inga, Inga Anders­son. Un nom de conte pour enfant. Elle était déjà venue ici, et aimait le contact de ces pierres intactes. J’écoutais ses paroles et son ton doux, et l’anglais qui s’échappait de ses lèvres m’étonnait par l’étrange dua­lité entre les larmes en per­ma­nence sur le point de s’échapper de ses pau­pières et son accent tout en pointes vives.

Aus­si­tôt accosté, elle s’était éclip­sée et nous ne l’avions plus revue.

Je te regar­dais, moi aussi, avec une cer­taine mélan­co­lie propre au lieu et aux nuages gris effi­lo­chés au-dessus de nous. Le temps avait passé sur nous et tu n’étais plus la même. La voie de l’amoureux est tor­tueuse, comme le che­min qui mène au vil­lage – chaque jour, nos contacts se réin­ventent. Mais comme tous les che­mins mènent à Rome – ou à Venise, le cas échéant, toutes nos routes nous ont sans cesse rame­nés l’un à l’autre.

Le por­tail de l’église (où est-ce une basi­lique ? Je n’ai jamais su faire la dif­fé­rence.) ne se dresse pas, il existe, c’est tout. Il est là, benoî­te­ment, et se fond dou­ce­ment dans le pay­sage de toute sa splen­deur romane éteinte. A l’intérieur, il fait froid et les rais de lumière blanche éclairent les sar­co­phages des bien­heu­reux. Je suis indif­fé­rent à la haute atmo­sphère spi­ri­tuelle, à la véri­table his­toire du lieu. Tu sembles fas­ci­née. Au sor­tir, tu prends ma main dans la tienne et tout cela me donne les larmes aux yeux.

Je vais par­tir, sans toi. Mais je revien­drai à Tor­cello te retrou­ver. Seras-tu encore là ?

Posté le 21.07.2008
Catégories : Fiction, Nouvelles
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Salle des espèces disparues

Une indi­cible tris­tesse me berce
Autour de ces peaux évidées,
Der­rière les vitres à peine éclai­rées,
Je me sens, moi aussi
Eteint ou en voie de l’être.

Je me brûle par les deux bouts.

Posté le 14.07.2008
Catégories : Autobiographique, Poésie, Poésie Courte, Vers
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Grande galerie

(Aujourd’hui, visite de la Grande Gale­rie, en com­pa­gnie. Lieu de mémoires d’enfance trans­formé en sanc­tuaire dévasté par l’âge adulte.)

En har­mo­nies d’or et de sombres
Pas­sés écla­tés noués d’obscur
L’envie pre­mière de te tou­cher
Ici, au milieu des regards vidés
Me sub­merge, m’envenime et assour­dit mes reins
Gri­sés de sen­tir
Ton par­fum autour de ces êtres fanés.

Posté le 14.07.2008
Catégories : Poésie, Poésie Courte, Vers
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L’inconnu à la fenêtre

Brefs éclats bruns
De tétons mâles, poin­tus
Le sou­rire, en ban­dou­lière
Dis­trait dans la rêverie.

Posté le 14.07.2008
Catégories : Poésie, Poésie Courte, Vers
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Rue des Martyrs

Fines esca­lades lar­dées
Esca­pades per­sillées et ter­reuses
D’éveil sto­ma­cal et de papilles ouvertes
Ma tête est pleine.

Posté le 14.07.2008
Catégories : Poésie, Poésie Courte, Vers
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Route de montagne

Les lignes droites m’ennuient
Et les courbes n’ennauséent
A choi­sir, un peu d’immobile
Ne me déplai­rait pas.

Posté le 09.07.2008
Catégories : Poésie, Poésie Courte, Vers
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Chaque réveil

Miroirs de mes mal­chances
Epais flux éteints
Au res­senti des ondes longues
J’oppose les éclairs de la solitude

Clairs chaos du jour
Vous affron­ter, chaque matin
Est un com­bat qui me lasse.

Posté le 09.07.2008
Catégories : Poésie, Poésie Courte, Vers
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Parfums

(Pour répondre à mon char­mant asexué Perpignanais.)

Hier, j’ai acheté :

- Piment brû­lant, de l’Artisan Par­fu­meur ;
 – HM, de Hanae Mori.

Qui viennent s’ajouter à :

- L’Anarchiste, de Caron ;
 – Given­chy pour Homme, de Given­chy ;
 – L’Homme, de Ver­sace ;
 – Black Pep­per, de Mol­ton Brown ;
 – Javari, de Body Shop ;
 – L’Eau des Baux, de l’Occitane ;
 – L’Eau des Quatre voleurs, de l’Occitane ;
 – Méchant Loup, de l’Artisan Parfumeur.

Comme me l’a si bien fait remar­quer mon frère hier, je n’ai pas d’identité olfac­tive. Ou plu­tôt, j’en ai tant qu’elles me camouflent. J’aime semer le trouble par l’éclectisme.

Posté le 12.06.2008
Catégories : Articles non classés, Autobiographique
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Où l’on soupire

(Je me sens un peu vide, en ce moment. Un peu trop seul. Heu­reu­se­ment, j’ai mes pen­sées positives.)

Pen­dant plu­sieurs jours de suite, la pluie ne s’est pas arrêté. Les jeunes feuilles ont subi­te­ment pris des teintes plus pro­fondes, et de ma fenêtre, tout ce qu’enfermait mon regard était vert. Devant ma chambre étaient plan­tés quelques ormes encore jeunes. Leur feuillage lui­sait sous la pluie.

Les Années Douces, Hiromi Kawakami

(Moi, devant ma fenêtre, j’ai le ciel, mais je suis trop haut pour avoir des arbres. Qu’aimerais-je vrai­ment trou­ver au-dehors ? Un petit bois de mon­tagne, bru­meux, avec un petit cours d’eau et un petit étang. Calme. Voilà.)

Posté le 18.05.2008
Catégories : Autobiographique, Citations
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Quadrichromie de l’ivresse

Alors, l’homme aux mains nues
Les trai­tera en sœurs,
Irri­guera leur soif
De ses moindres sueurs,
Nour­rira leurs espoirs
De fumure et d’orgueil,
En eaux de cuivre bleu
Maquillera la feuille
En irréelle acanthe
Aux perles d’ambre et d’or,
En gre­nats cra­moi­sis
Par les feux de l’aurore,
En ces aubes blan­chies
Par des rosées dis­crètes,
Où son âme s’envole
En récoltes secrètes […]

Michel Cha­var­riaLe Fai­seur de Ver­meil (avec l’aimable auto­ri­sa­tion de l’auteur)

Posté le 11.04.2008
Catégories : Citations
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Six Choses Insignifiantes — Les Sourires Solitaires

(Note de l’auteur : Tho­mas a choisi les larmes. Mélie, les peurs. Devant ce néga­ti­visme gri­sâtre — mais ô com­bien réa­liste, je prends le relais en mode lumineux.)

J’ai souri en fai­sant la vais­selle, il y a quelques jours, en pen­sant à toi. Si fort que j’en ai eu mal aux joues, et qu’une larme a perlé au creux de mon oeil droit.

J’ai souri en regar­dant le ciel orange, vio­let et rose au-dessus du lac Dau­mes­nil, en ren­trant un soir chez mes parents. J’ai failli per­cu­ter une voi­ture à cause de ça. Depuis, j’évite de regar­der le pay­sage en conduisant.

J’ai souri en regar­dant mon nou­veau patron sou­rire, parce que pour une fois, j’ai un patron qui ne porte pas de masque.

J’ai souri en fai­sant un gros doigt d’honneur à la pyra­mide du Louvre, après avoir démissionné.

Je sou­ris dans mon som­meil chaque nuit pas­sée à côté d’un corps chaud.

Je sou­ris en me regar­dant dans une glace. Mais depuis peu.

Posté le 05.04.2008
Catégories : Articles non classés
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Homme au foyer

La cou­ver­ture rou­lée en boule
Pleine d’odeurs de toi

Les ciga­rettes fumées, dans l’air
Et tes vête­ments d’hier

Je res­pire l’endroit du drap où tu as dormi

Je pour­rais tout à fait pas­ser mes jour­nées à t’attendre.

Posté le 27.03.2008
Catégories : Autobiographique, Poésie, Poésie Courte, Vers
Réactions : Un Commentaire.

Marelle

Un, deux, trois
Quatre, cinq et six encore
Je me prends à comp­ter les mou­lures
Et les chiures de mouches du plafond beige.

A l’écoute du silence,
Je laisse les vagues du néant du temps
Len­te­ment déferler, douces et piquantes,
Sur mon corps abandonné.

L’après-midi passe,
Epais tel un miel cris­tal­li­sant
Et je nage dou­ce­ment
Sur l’écume sucrée des langueurs de mars.

Fines volutes de coton
Eclats de lumière sur le mur d’en face
J’entends ma respiration.

Tout est calme.

Posté le 27.03.2008
Catégories : Poésie, Vers
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Attente à midi

Encore des brumes
Eclai­rées de soleil dif­fracté par le verre
La cha­leur me brûle la peau
Et der­rière le rideau, je t’entends.

J’ouvre et te sou­ris,
Mais seul le miroir me répond.

Vive­ment ce soir, que tu reviennes.

Posté le 20.03.2008
Catégories : Autobiographique, Poésie, Poésie Courte, Vers
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Par la fenêtre de la salle de bains

Aux portes du jour
Les volutes de vapeur,
Le long de ma peau,
S’envolent vers la tienne.

Posté le 19.03.2008
Catégories : Poésie, Poésie Courte, Vers
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Séisme matinal

Des entrailles de la couette
Monte un gron­de­ment sourd
Et le souffle de la bête cachée
Apaise les tem­pêtes qui gémissent
Der­rière la fenêtre et sous ma peau.

Posté le 18.03.2008
Catégories : Poésie, Poésie Courte, Vers
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Pensée secrète

Aujourd’hui, j’ai vu la mer.
Ce fut doux.
Mais peut-être pas autant que la nuit pas­sée entre tes bras.

Cela ne mène à rien.

Posté le 09.03.2008
Catégories : Autobiographique
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Intermède musical aléatoire — Billings Gazette

Billings Gazette est un groupe de jazz formé en 1971 par Biff Donat (19371999), Rudy Lavern (1944-), Topsy Her­tha (1945-) et Zara Mau­reen (19511984), à Wolf­ville, Nouvelle-Ecosse, Canada.

Leur pre­mier album, No loss of enthou­siasm, sort le 12 avril 1972, avec Donat au piano, Lavern aux per­cus­sions, Her­tha au saxo­phone et Mau­reen au chant. Sa voix éraillée, légère, ne col­lant pas du tout aux cou­rants clas­siques du jazz, connaît tout de suite un grand succès.

No loss of enthousiasm

  1. From the senses
  2. No one thinks of chan­ging themselves
  3. Boring per­son
  4. You don’t believe ?
  5. Course to victory
  6. Force
  7. Not a happy prospect
  8. From this world no another
  9. Pillar of my life
  10. At the top
  11. Lights the fuse
  12. Inju­ring eternity
  13. Food chain
  14. Maybe 25 or 30
  15. Get out of the kitchen
  16. Silence is full of music
  17. Change the facts

En 1974, le groupe intègre Sid Cus­to­dio (19432004) à la trom­pette et Vero­nika Valli (1939-) à la cla­ri­nette et au chant. Sa voix a tou­jours été décrite comme plus terne que celle de Mau­reen, mais elle n’en reste pas moins claire et, comme le dira Cus­to­dio vingt ans plus tard «avec une touche de dou­ceur qui vous relâche tout le corps».

La même année (le 15 mai) sort How to make gloves, qui étonne par ses textes enga­gés et les duos presque vio­lents entre Valli et Maureen.

1974.jpg

  1. If you want to know the truth
  2. Some­times I think we’re alone
  3. Nothing wrong with America
  4. Dogs and infants
  5. Great motive
  6. Crush me
  7. Stern resolve
  8. The essence of living
  9. Ask for nothing
  10. Monkey-boys
  11. I don’t feel like going into it
  12. If you want to know the truth (uncut version)

Tout de suite après la sor­tie du disque, le groupe intègre le vibra­pho­niste Jalen Mur­phy (1948-), et entame une tour­née au Canada. L’année sui­vante, le groupe s’installe à Bos­ton, Mas­sa­chu­setts, où le suc­cès est au rendez-vous, sur­tout dans les clubs. Ils fondent le label indé­pen­dant Zero­tin.

Leur album sui­vant sort le 21 juillet 1979 et se nomme There is com­mon sense below, beau­coup plus pop, aux mélo­dies plus sophistiquées.

1979.jpg

  1. Dan­ge­rous mix
  2. You win some and you lose some
  3. It will never exist
  4. You don’t get what you want
  5. To your home
  6. Sepa­ra­tely
  7. Sell your youth
  8. Two small steps
  9. Two roads
  10. Bent on high and holy roads
  11. Dis­co­ver sights more sweet
  12. Miami beach (feat. Lou Reed)

En 1981, Rudy Lavern, fati­gué par une vie fami­liale dif­fi­cile, quitte le groupe en plein milieu de l’enregistrement de leur nou­vel album, et est rem­placé par Constant Maxen (1950-) aux per­cus­sions, ainsi que sa com­pagne Sid­ney Eir­lys (1954-) à la flûte et au chant. Elle n’a pas le coffre d’être une chan­teuse de pre­mier plan et res­tera tou­jours aux choeurs. Le nou­vel album sort le 1er novembre et s’intitule Faith against know­ledge. Il reste dans la conti­nuité évolu­tive du pré­cé­dent opus, mais les textes sont plus légers et le rythme se fait plus entraînant.

1981.jpg

  1. I contri­bu­ted
  2. Going on in life
  3. A second wife
  4. Hid­den language
  5. We write because we have to
  6. Too weak to seek
  7. Human spi­rit
  8. Without trials
  9. I came into this world
  10. Sport pages first
  11. Gem
  12. The cen­tral struggle of parenthood
  13. Beauty maga­zines
  14. Penitent
  15. Error of opinion
  16. Golf on sunday
  17. He that dies
  18. The News
  19. Untie the ribbons

Le 13 jan­vier 1984, Zara Mau­reen est retrou­vée morte chez elle. L’autopsie concluera à une over­dose d’héroïne, et le groupe perd sa voix. S’ensuit une tra­ver­sée du désert de deux ans où les conflits sont nom­breux au sein de la for­ma­tion, main­te­nant forte de 7 per­sonnes. Maxen et Eir­lys se séparent, sans pour autant quit­ter le groupe, mais leur entente musi­cale s’en res­sent. Un soir, Cus­to­dio et Mur­phy en viennent même aux mains, ce qui leur vau­dra cha­cun une nuit en pri­son. Le groupe se sépare pour «faire le point» sur ordre du diri­geant Biff Donat. Topsy Hor­tha est encou­ra­gée pen­dant cette période par Vero­nika Valli à tra­vailler sa voix en plus du saxo­phone, et Hor­tha se découvre un don caché : une voix vibrante, toute en graves, qui com­plète par­fai­te­ment celle de Valli. Elles tra­vaillent ensemble jusqu’en 1986, puis le groupe se reforme, plus cal­me­ment. La décou­verte de la «rem­pla­çante» de Zara Mau­reen déclenche un enthou­siasme qui achè­vera la réuni­fi­ca­tion de la for­ma­tion. Gil Baha­dur (19252005), saxo­pho­niste, intègre la for­ma­tion la même année, ainsi que Sheila Arlette (1941-) au haut­bois et Michaela Attie (1950-) au chant et aux per­cus­sions. La voix de cette der­nière se fond dans la tes­si­ture de Sid­ney Eir­lys et elles forment un choeur par­fait pour les deux «soeurs» Her­tha et Valli, dont les duos for­me­ront l’essentiel de l’album suivant.

Très rapi­de­ment enre­gis­tré, We are undone sort le 14 jan­vier 1987. Encensé par la cri­tique, il res­tera mal­gré tout un suc­cès très moyen commercialement.

1987.jpg

  1. Senio­rity
  2. The aim of art
  3. For a sorrow
  4. Human mate­riel
  5. Look up
  6. Every fresh crisis
  7. Com­plete fools
  8. Com­mon mistakes
  9. Grace and love
  10. Per­cep­tion of truth
  11. Begin any­way
  12. You’re licked

De plus en plus influen­cés par la musique élec­tro­nique et les divers cou­rants de la lounge-music de par le monde, le groupe intègre Vik­tor Paul (1968-), jeune DJ, dans la for­ma­tion. Il trans­for­mera leur musique sans la déna­tu­rer, lui don­nant l’aspect unique d’une réelle for­ma­tion de jazz à l’ancienne tout en y ajou­tant les mélo­dies et les samples des der­nières musiques à la mode. Leur album sui­vant, The right scale of values, sort le 26 octobre 1990 et est un triomphe. Inclas­sable et nos­tal­gique, il marque l’apogée de la for­ma­tion. Très court, il déclenche une véri­table défer­lante de demandes de la part des fans, frus­trés de le faible cadence de pro­duc­tion de l’ensemble.

1990.jpg

  1. Fall is the artist
  2. Doing it to me
  3. Ques­tions anything
  4. Bit­ter to lose a friend to evil
  5. Boring
  6. The whale and the human
  7. Eter­nity in an hour
  8. The world is wide
  9. Late mor­ning rolls

Pris dans une tor­nade média­tique intense, le groupe décide d’enregistrer un EP de six titres, qui sera suivi selon l’accueil de celui-ci par une tour­née. Le 14 juin 1991 sort Pray as if.  Sans appel : les albums s’arrachent aux Etats-Unis, au Canada, en Europe et au Japon. La tour­née sera mondiale.

Pray as if

  1. Him­self
  2. Hygiene of the blood
  3. Dres­sed for eternity
  4. Remains
  5. Can’t cope
  6. Quar­rel not at all

La tour­née est épui­sante, et pas­sera par dix-sept pays. Plus de cent qua­rante concerts seront don­nés. Lors de l’avant-dernier, à Pro­vi­dence, Rhode Island, Gil Baha­dur ne peut mon­ter en scène, et devra être trans­féré à l’hôpital pour y subir une opé­ra­tion car­diaque dont il ne se remet­tra jamais. Il décè­dera chez lui, à Bos­ton, en 2005, très diminué.

La tour­née ayant été un suc­cès à l’image du der­nier album, la pres­sion publique se fait plus forte encore sur l’ensemble. Cepen­dant, de par leur enga­ge­ment à leur label indé­pen­dant, ils peuvent se per­mettre de prendre leur temps. Trois ans de plus seront néces­saires pour fina­li­ser leur sep­tième album : This is my ans­wer, qui sort le 3 mars 1995. Les sono­ri­tés sont tristes et douces, avec quatre mor­ceaux avec des invi­tés de pres­tige : Quincy Jones, Pat Metheny, Astrud Gil­berto et Nina Simone.

This is my answer

  1. Be more splendid
  2. Life is a foreign language
  3. Gol­den moments (feat. Quincy Jones)
  4. Short-term memory
  5. As bad
  6. Wrong ! (feat. Pat Metheny)
  7. Human chain
  8. A few dollars
  9. Never apo­lo­gize for fee­ling some­thing (feat. Astrud Gilberto)
  10.  High cost
  11. Make me laugh, honey
  12. Dark bird song
  13. Dead lion (feat. Nina Simone)
  14. The serious face
  15. After I’m dead

Ce sera leur der­nier album. En 1999 décède Biff Donat, le chef et doyen de l’ensemble, qui décide de se sépa­rer au faîte de sa gloire.
Cré­dits pho­tos : Wer­ner Wat­ten­bergh, D’Angelo, –andrea–, Less­feet, Ken­nedy Good­key, Whit­ney Wal­ler, Ecs­ta­ti­cist, Timo­thy Erick­son.

Expli­ca­tions : pour ceux qui se ques­tionnent, j’ai fait ma propre ver­sion perso de ce truc trouvé chez Pee­rou­net, Nacara et les autres. Il s’agit d’une bio­gra­phie d’un ensemble ima­gi­naire, basé sur des pro­ces­sus aléatoires.

Posté le 12.02.2008
Catégories : Articles non classés
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Grommellement

«Tu es beau.
 – […]si.»

Merci ou Toi aussi ?

Posté le 04.02.2008
Catégories : Autobiographique
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La Dame de Fer

(Au loin, bien­tôt, tu repars. Et moi, après tout, je n’aurai été qu’une façade de plus dans cette ville grise.)

Mille marches d’acier
Le souffle coupé
Des mer­veilles, au loin

Cet inac­ces­sible là
Est à por­tée de main

Je brûle.

Posté le 29.01.2008
Catégories : Autobiographique, Poésie, Poésie Courte, Vers
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L’Odeur du Limon

Peu importe, main­te­nant, à qui j’ai envoyé cette lettre. Le contexte : je sor­tais de l’hôpital, il y a un an et demi.

Com­ment expli­quer ? Com­ment expli­quer cette force incroyable qui me vient par­fois et qui l’instant d’après, s’effondre sur elle-même, me lais­sant amer et faible ? Je vou­drais tant pou­voir te faire ren­trer dans ma tête, te faire habi­ter mon esprit et mon corps ne serait-ce qu’une minute ! Tu com­pren­drais tout. […]
J’attends quelque chose, quelqu’un, un moment, que même une chute dans la Seine au péril de ma vie ne m’a pas fait appro­cher. De la chute où je pen­sais trou­ver des ailes, je ne me rap­pelle qu’un souffle hur­lant à mes oreilles et je me retrouve avec toute la jambe gauche tumé­fiée. Du fond de l’eau où je pen­sais trou­ver un rêve sous-marin, je ne revois que l’horreur d’une eau noire et sale. Alors je suis remonté, j’ai nagé, je me suis mis sur le bord et j’ai regardé dans le vide. Je suis pri­son­nier. Alors ima­gine un pri­son­nier qu’on enferme dans une autre pri­son ? […]
Je ne trouve plus les mots ni la force. Alors je vais ten­ter de m’évader un peu, en même temps que je ten­te­rai de faire sem­blant de me fondre dans ce monde, comme tout le monde me l’a demandé depuis vingt ans.
Mais vous ne gagne­rez PAS.

Com­bien de temps me fau­dra t-il pour pas­ser à autre chose ? Je brûle.

Posté le 27.01.2008
Catégories : Autobiographique
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Vent de terre — IV

Le vent est tombé
Et les gouttes conti­nues sont chaudes
Sur le pas de ma porte,
L’envie me prend de me baigner.

Pieds nus dans l’herbe détrem­pée
Je res­pire cet air si vif, si peu ter­restre soudain.

La tête me tourne et l’eau atteint tout mon corps.
Les rais de lumières les plus fins m’entourent gracieusement.

Autour, les arbres flou­tés
Semblent des pré­sences bien­veillantes
Et j’aspire à longs traits
Leurs souffles brumeux.

Posté le 17.01.2008
Catégories : Poésie, Vers
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Vent de terre — III

L’eau de l’étang fré­mit
Mais pire encore le sort des roseaux
Pen­chés, presque noyés.

Les cou­lées célestes
Gri­saillent le pay­sage
D’une aube faussée.

Fin du monde
Lumière dorée qui perce les nuages
Et sub­merge la pluie elle-même.

Tout au long des rigoles de terre,
Tout à l’heure,
Rei­nettes et escar­gots trou­ve­ront leur paradis.

Posté le 17.01.2008
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Pas de Commentaires.

Vent de terre — II

La noir­ceur a posé son châle de suie
Tout autour des lumières de ma maison.

La lan­terne dans le coin, sus­pen­due au porche,
Tangue sans s’éteindre.

Quelques tuiles s’envolent
Et viennent se bri­ser entre les genêts du jardin.

Impos­sible de défier les éléments déjà offus­qués
Par une offen­sive lumineuse

J’éteins la lampe du bureau
Et allume deux bougies.

Au loin, guideront-elles le voya­geur égaré ?

Posté le 17.01.2008
Catégories : Poésie, Vers
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Vent de terre — I

La flamme vacille
Et le vent, au-dehors, hurle.

Le contact de ma main contre la vitre
Aspire la maigre cha­leur de ma paume
Et la buée s’étend, comme un voile,
Vers les quatre coins du verre.

Les cyprès, souples sous le souffle des terres
Battent en fouets arbo­rés
Les éléments aériens déran­gés par la tempête.

Dans l’obscurité, seule la Lune, elle, reste immobile.

Posté le 17.01.2008
Catégories : Poésie, Vers
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Fin de bobine

Sur ces notes et ces susur­re­ments chuin­tés
Plus de larmes
Il n’y a plus d’il dans ma tête.

Le blanc de l’écran m’éblouit.

Posté le 12.01.2008
Catégories : Poésie, Poésie Courte, Vers
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Effet Tcherenkov

Il nous arrive d’être ébahis devant des mon­tagnes, des océans, des soleils, d’être impres­sion­nés par ce qui est hors de notre por­tée, par ce que nos mains ne sau­raient pas fabri­quer, ce que nos esprits seraient inca­pables de conce­voir. Mais on ne s’attend à rien devant les hommes. Rien qu’à des sen­ti­ments ordi­naires. Et puis, un jour, il en est un qui sur­vient, auquel on n’est pas pré­pa­rés, et on a les genoux qui ploient. On ne sait pas dire pour­quoi. On en trouve pas les mots. Ça n’a rien de reli­gieux. On n’est pas dans l’adoration. C’est quelque chose qui a à voir avec la grâce, avec la magie. Sou­dain, on est dans l’éblouissement. On est un pas en arrière, ou un cran au-dessous. On est tenu à dis­tance. Le sen­ti­ment qu’on éprouve, ça n’est pas for­cé­ment du désir. Pour les femmes, peut-être, oui. Mais c’est autre chose aussi. Une sorte de réserve. Un res­pect face à une puis­sance indi­cible. Il y a des hommes qui ne sont pas juste des hommes.

Phi­lippe Bes­son, Un ins­tant d’abandon

Posté le 10.01.2008
Catégories : Citations
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La Bulle

Aky­nou, cette figure ô com­bien mater­nelle, parmi d’autres, dans cette famille que j’ai voulu créer au détour de cla­viers, sans jamais y arri­ver, a écrit ceci à mon pro­pos, après m’avoir vu au Paris-Carnet d’hier soir :

Il me fait irré­sis­ti­ble­ment pen­ser à ces jeunes dan­dys du 19e siècle, tant dans sa façon de se tenir, sa légè­reté de façade, cette joie qu’il arbore, son côté bulle de cham­pagne que dans la faille qui affleure der­rière, mais qui se laisse de moins en moins déni­cher. C’est que le jeune sei­gneur prend de l’âge et des défenses.

Je ne sais pas quoi en faire. La faille n’a pas dis­paru, mais oui, elle s’est réduite, bru­ta­le­ment, à coup de séismes. Mais plus impor­tant, le masque est tombé. Je n’aime plus faire sem­blant. Main­te­nant, quand je suis fati­gué, triste, ça se voit, je le dis. J’étais en colère contre plu­sieurs per­sonnes pré­sentes, hier. Ils l’ont senti. Qu’ils en aient quelque chose à faire, c’est un autre pro­blème. Mais je n’ai pas retourné cette colère contre moi, comme par le passé. Finie, l’auto-flagellation.

Enfin, je crois que je suis capable de don­ner. Que ce soit du posi­tif comme du néga­tif. Je ne suis plus une bombe ato­mique en per­pé­tuelle explo­sion inté­rieure. Main­te­nant, j’exploserai tou­jours, mais vers l’extérieur, his­toire de ne plus me dévas­ter. La recons­truc­tion est la pro­chaine étape.

Je tenais à remer­cier, en plus de l’auteure de ces mots qui me touchent : la sémillante Fli­ckette™ qui m’a ado­ra­ble­ment rame­née, et qui s’est en plus arrê­tée à la phar­ma­cie à Nation pour moi, peu avant minuit ; Gilda pour son sou­rire qui n’a jamais failli en ma pré­sence, comme celui de Mel, ou de Gaby, d’ailleurs ; Koz, autre figure mater­nelle ; et tant d’autres. Je tenais égale­ment à faire pas­ser des mes­sages per­son­nels : oui, j’ai peut-être ten­dance à péro­rer, mais au moins, je ne prends pas les gens de haut du fait d’une ridi­cule ascen­dance d’âge ; non, apprendre par coeur les conjonc­tions de la langue anglaise ne fera pas mieux écrire ni com­prendre, bien au contraire ; un furoncle sur la fesse droite, ça fait mal — mais ça, on l’a bien com­pris, tant je l’ai répété.

Posté le 03.01.2008
Catégories : Autobiographique
Réactions : 4 Commentaires.

Premier mercredi

Le flou, autour.
Peu de som­meil, la nuit der­nière.
Mais qu’importe : grisé, sous ces lan­ternes qui n’en sont pas
Je brille d’or et de bulles.

Vidé, ne tenant plus que par un fil
A la grande toile de mon théâtre
J’oscille, oscille…
Et en myriades de cou­leurs, j’implose.

Le froid, autour.
Il pleut un peu, mais mes che­veux hui­leux
Ne s’en émeuvent guère.

Som­meil.

Posté le 03.01.2008
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Un Commentaire.

Minuit

Rosi, per­clus, mais sou­riant
J’arpente, en silence, les rues encores brillantes
Comme une gangue de glace colo­rée
Fon­dant, enfin, sous le soleil d’après-solstice

Les fêtes de la fin de l’an sont par­ties
Dans une grande explo­sion de joie commune

Sans fin, cette attente.

Excité, les yeux grands ouverts, j’ai espéré
Qu’à minuit, moi, comme les autres
Aurait ma part d’illusion.

En lieu en place,
Deux larmes éteintes dans la nuit.

Posté le 03.01.2008
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Pas de Commentaires.

L’ange de l’an passe

Sur le seuil des matins blancs
Viennent se poser, en un souffle
Les écumes éteintes de l’année passée.

Posté le 01.01.2008
Catégories : Poésie, Poésie Courte
Réactions : Pas de Commentaires.

Dont acte

Il est nombre d’ambiances et de regards qui ne seront jamais décrits sous ma plume. Non que ce soit de l’étourderie ou un manque d’observation — mais bien que je cen­sure igno­ble­ment mes per­cep­tions lorsqu’il s’agit de les transcrire.

Maintes atmo­sphères qui me pénètrent me font peur et m’ôtent des pers­pec­tives de rêves pour long­temps. Je ne les écris pas. Je ne suis pas un écri­vain ni un poète du quotidien.

Mes poèmes parlent d’horizons cachés der­rière le voile de la conscience, d’ouvertures fines et de cra­que­lures dans une réa­lité qui devient mal­léable sous les carac­tères tra­cés par mon stylo.

Par­fois, lorsque la pres­sion est trop forte, je couche dans la dou­leur ma vie et sa fadeur. Mais je n’ai jamais pu m’empêcher d’y poser une once d’irréel, de for­cer le trait pour ajou­ter du dramatique.

Mais le moment le plus accom­plis­sant, je crois, lorsqu’il s’agit d’en venir à l’écriture, est la sur­ve­nue d’une sen­sa­tion si belle, si pleine, si pro­fon­dé­ment pure, qu’elle fait se rejoindre réa­lité et ce bon­heur que je recherche à tra­vers chaque lettre ou signe de ponc­tua­tion. Alors, c’est l’inspiration assu­rée pour des semaines entières de pages.

Posté le 28.12.2007
Catégories : Autobiographique
Réactions : Pas de Commentaires.

Genèse des aventures

(A Linné, Cook et autres Magellan.)

Vifs, dans l’air
Goé­mon, piliers de basalte irlan­dais
Errances marines pas­sées
Rides sur l’eau verte

L’immense bouche liquide
Déverse sa salive en une image pas­sée
De monstre mythique
Enragé et instable

Pour­tant, son sou­ve­nir
Par les dis­tances loin­taines, se fait câlin
Réchauffe l’être glacé
Trop pro­fon­dé­ment à l’intérieur des terres

Le vent des mers
Puis­sant, per­ni­cieux
Insuffle une nos­tal­gie de l’inconnu
Aux inno­centes vic­times de l’aléatoire

Maintes vies cris­tal­li­sées
Au sein d’un désir d’îles désertes
Labou­rées par les brumes
Et bor­dées de sel gemme.

Un mil­lier secouent la tête, hagards
Mais un pré­pare son départ.

Posté le 28.12.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Pas de Commentaires.

Aquarelle

Ma palette, c’est :
 – du jaune de cad­mium citron ;
 – du jaune Tur­ner ;
 – du jaune de cad­mium (tout court) ;
 – du vert de ves­sie per­ma­nent ;
 – du vert de Hoo­ker ;
 – de l’oxyde de chrome ;
 – du bleu céru­léen ;
 – du bleu de cobalt ;
 – du bleu de cobalt foncé ;
 – du bleu de Prusse ;
 – du gris de Payne ;
 – du vio­let outre­mer ;
 – du vio­let Win­sor dioxa­zine ;
 – du vio­let de cobalt ;
 – du rose per­ma­nent ;
 – de la laque écar­late ;
 – du rouge qui­na­cri­done ;
 – du rouge de Venise ;
 – du mar­ron de péry­lène ;
 – de la terre de Sienne brû­lée ;
 – du sépia ;
 – de la terre d’ombre brû­lée ;
 – de l’ocre jaune ;
 – du blanc de Chine.

Alors, quand je m’asseois à ma table, même si ma pein­ture est ratée, il me suf­fit de regar­der mes cou­leurs, et je voyage.

Posté le 21.12.2007
Catégories : Articles non classés
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Pas de métro

Le froid glace mes veines et fait pleu­rer mes yeux
A tra­vers le rideau de larmes
Les feux de la ville, flou­tés
Comme pluie d’étoiles sur mes rétines

De ma fenêtre, une fois ren­tré
Trois astres, au plus,
Et quelques satellites.

Posté le 19.12.2007
Catégories : Poésie, Poésie Courte, Vers
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Un regard sur le monde caché

Ce matin-là, j’étais venu à l’aurore me blot­tir dans les bras du fleuve. Un peu comme le foehn qui, des couches vaseuses, réchauffe l’émeraude endor­mie des étangs de pins. Mais je n’étais pas le vent. Aux creux des pha­langes de limon, galets aphones et glis­sants, eaux troubles, un lit informe, défait par les crues. Les col­lines alen­tour se dres­saient dans leur étrangeté.

Aube bleue, brute et vierge comme au pre­mier matin, qui exté­nue le bleu mou des veines, je ne connais plus la lente infu­sion de ta langue… Par­fois, c’est un caillot d’ardoise, lourd, tran­chant, qui pal­pite en sac­cades pénibles et inau­dibles ; tes voix muettes, bouillon­nantes, cognent à mes rivages… sans écho. Le large m’a pris, dérive cen­tri­fuge ; l’exil est double, il déborde mes digues, ravine notre histoire.

Hier encore, tu sem­blais dire: «Prends soin de la vigne qui donne tout et ignore tout. Si toi aussi tu aimes… Et les pluies viendront.» — Ou était-ce avant-hier?

Il y a de la résine dans l’air. Je panse mes vides.

Chaque jour est une pro­messe recom­men­cée qui efface l’autre… Ainsi tu tiens parole, aube, car ta genèse est éternelle.

Yvan Arno, Paroles d’aube (avec l’aimable auto­ri­sa­tion de l’auteur).

Posté le 18.12.2007
Catégories : Citations, Poésie, Prose
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Mes madeleines de Proust

(Un fort inté­res­sant petit exer­cice, volé chez le tout aussi inté­res­sant — à de nom­breux niveaux — Agge­los.)

Tou­cher

  • Les épaules de nombre d’hommes que j’ai pu aimer. Larges ou non, poi­lues ou non, rugueuses, douces.
  • Les car­reaux de la pis­cine de Torcy, Seine-et-Marne, ou de Vil­liers, Val-de-Marne, où j’allais lorsque j’étais minot. A chaque fois, je m’arrachais un ongle des­sus. Depuis, je ne peux pas entrer dans une autre sans avoir un fris­son d’appréhension (fort jus­ti­fié généralement).
  • Le sol en jonc de mer chez mon copain Guillaume. Il y en avait aussi sur les murs du hall de notre ancien immeuble en Seine-et-Marne. Impos­sible de savoir pour­quoi, mais j’associe ce contact à des sen­ti­ments de violence.

Goût

  • La char­treuse. Tou­jours pen­ser à lui, qu’on m’a volé.

Odo­rat

  • Sans aucun doute le sens qui me déclenche le plus de réac­tions. Je suis par­ti­cu­liè­re­ment sen­sible aux eaux de toi­lettes. Il suf­fit que j’en sente une dans le métro pour avoir une ribam­belle de visages flous devant les yeux. Les gels douches, sham­pooings et autres pro­duits de beauté odo­rants me font le même effet.
  • Cer­tains jours où l’asphalte ne sent pas comme d’habitude après la pluie, où une petite odeur de nature remonte d’on ne sait où.

Ouïe

  • Je suis très sen­sible à la musique, mais il y a tant et tant à dire à ce sujet.
  • Une canette qu’on décap­sule avec un «pschitt» fort sonore me fait immé­dia­te­ment bon­dir en un réflexe de Pav­lov, rap­port à mon bou­lot — où je dois les interdire.

Vision

  • Le brouillard. La pluie qui forme un rideau. Les nuages rouges.
Posté le 06.12.2007
Catégories : Articles non classés
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A travers le plateau

Les ombres se fau­filent entre les arbres
Peu d’indices de pré­sence humaine
Des bouches enfié­vrées s’élève un fumet vapo­reux
Et les peaux dénu­dées
S’exposent à la neige sans peur.

Posté le 06.12.2007
Catégories : Poésie, Poésie Courte
Réactions : Pas de Commentaires.

Commissure

Fort des émotions
Rem­parts des amer­tumes
Murailles sacrées de la tris­tesses
Abat­tues, toutes, en un sourire.

Posté le 06.12.2007
Catégories : Poésie, Poésie Courte
Réactions : Pas de Commentaires.

Front froid

Touffes coton­neuses
Epaisses prai­ries célestes
Où poussent le jonc de vapeur
Et le nénu­phar de givre

Contrée aqueuse
Loin au-dessus des têtes
Règne des éphé­mères
Et des formes dissolues.

Posté le 04.12.2007
Catégories : Poésie, Vers
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Regard égaré

Yeux bleus d’éclairs illu­mi­nés
L’étincelle a embrasé ta bouche
Et dans un hiver si avancé
Il est doux de s’y perdre.

Posté le 02.12.2007
Catégories : Poésie, Poésie Courte
Réactions : Pas de Commentaires.

Tempête

Entre ces immeubles gri­sés
De nuances d’ombre et d’eau noire
Le vent apporte de la mer loin­taine
Des impres­sions et des rêves salés.

L’air s’épure, nimbé de frais
La marée monte en ville
Et les remous dans les immenses flaques
Se gorgent d’écume.

Posté le 02.12.2007
Catégories : Poésie, Poésie Courte, Vers
Réactions : Pas de Commentaires.

Coup d’éclat

Le tor­rent impé­tueux d’une joie folle, qui res­sem­blait à de la dou­leur, cou­rut à tra­vers lui, toutes digues bri­sées. Masaki se pinça for­te­ment la poi­trine de la main droite, comme si l’émotion qui le tra­ver­sait était insup­por­table s’il ne la par­ta­geait pas avec une autre souf­france. Les bat­te­ments de son coeur s’accélèrent. La mâchoire ten­due en avant, il res­pi­rait en hale­tant. La ligne du cou blanc de la femme, que sa posi­tion fai­sait res­sor­tir, sem­blait flot­ter sous la lumière splen­dide de la lune comme une sta­tue d’albâtre.

Hirano Keii­chirô, Conte de la Pre­mière Lune

Posté le 29.11.2007
Catégories : Citations
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Le Soleil d’Hiver

Lorsque j’ouvris les yeux, j’eus à faire un effort pro­fond pour me recon­nec­ter avec mon envi­ron­ne­ment immé­diat. Je venais de ter­mi­ner un rêve fort vif, et j’étais aussi fati­gué que la veille au soir. Je m’étonnais même de ne pas être, comme je l’aurais été si mes pen­sées noc­turnes avaient été réelles, cou­vert d’écorchures, de sueur et de pous­sière.  Je res­tais un moment sous la couette, immo­bile, les seuls yeux ouverts. La lumière du dehors, blanche et claire, appla­tis­sait les reliefs et détrui­sait les ombres. Dans un sur­saut de volonté, je me rele­vais à moi­tié, et m’asseyait dans le lit. Une vive dou­leur me tra­versa le bas du dos, et je pous­sais sans le vou­loir un petit gémis­se­ment. La main sur les lom­baires, je ten­tais de me remé­mo­rer les acti­vi­tés de la jour­nées. Aucune dif­fé­rence avec les autres jours : il était déjà tard, presque midi, et à part me dépla­cer à l’auto-école pour une heure de cours théo­rique sur la conduite, je n’avais rien de prévu. Fort à parier égale­ment que la jour­née pas­se­rait sans que rien ne vienne s’ajouter à mon agenda. Je refer­mais les yeux, tou­jours assis, et ten­tais de me remé­mo­rer les rêves que j’avais fait. Rien. Pour­tant, je sen­tais une petite porte mal refer­mée dans un recoin de mon cer­veau encore peu éveillé. Je pous­sais un peu, fis une asso­cia­tion d’idées adé­quate, et mon royaume noc­turne déferla.  La jungle, les odeurs étranges, la terre mouillée, le che­min de fer à tra­vers les herbes, les marais bai­gnés de lumière dorée. Le flot s’arrêta aussi vite qu’il était arrivé. J’ouvris les yeux à nou­veau, et me levait entiè­re­ment. Nu, devant la fenêtre ouverte, je contem­plais la vue qui s’offrait à moi : une ban­lieue rem­plie de pavillons iden­tiques, gris. Un soleil pâle, morne. Et un constant défilé de voitures.

Posté le 25.11.2007
Catégories : Nouvelles
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Marginalia

(Etats des lieux des Petits Cailloux, et par exten­sion de toute mon acti­vité blo­guesque passée.)

J’ai com­mencé à blo­guer, je ne sais plus exac­te­ment, vers 2003. J’étais un jeune post-adolescent qui s’acceptait à peine, enfin, comme homo­sexuel. Je sor­tais du lycée. En bref, je com­men­çais de façon plu­tôt toni­truante une vie d’adulte (je me refuse à écrire jeune adulte. Il s’agit pour moi d’un état binaire : enfant/adulte. Point.) Jusqu’alors ren­fermé, plu­tôt soli­taire, inso­lent avec les pro­fes­seurs, mais voué au silence devant les autres enfants, je ren­verse immé­dia­te­ment la vapeur, créant de toute pièce une cara­pace scé­nique qui n’a jamais dis­paru : le tatou, nom de mon pre­mier blog. Ce fut drôle, un temps. Mais plus du tout lorsque la cara­pace, comme une mala­die auto-immune, a tenté de détruire ce qu’elle pro­té­geait, vou­lant prendre sa place.

Cette his­toire, c’est celle que je ne raconte pas. C’est celle qu’on voit. Un jour blanc, un jour noir. Mon corps, au sens large, est un immense champ de bataille où s’affrontent le tatou et Johann. Je crois bien que jamais per­sonne n’a réussi à com­prendre pour­quoi j’ai sou­dain refusé que l’on m’appelle par ce pseu­do­nyme que j’avais adopté pen­dant des années.

Ce que je pre­nais au début pour une réa­lité, une per­son­na­lité émer­gente, celle de mon moi adulte qui remon­tait enfin à la sur­face après avoir dormi plus ou moins les vingt pre­mières années de ma vie, s’est en fait avé­rée une mala­die men­tale, au sens lit­té­ral et non pas lit­té­raire du terme.

Au lieu de m’enfermer dedans, j’ai combattu.

Au moment du pic d’intensité de la guerre, j’avais vingt ans. J’étais entouré de nombre de gens que j’avais ren­con­tré par l’intermédiaire des blogs, et qui avait fini par consti­tuer la base majo­ri­taire de ma vie : amis, amants, colo­ca­taires même.

Silence — ou est-ce un soupir ?

Cessez-le-feu. J’ai vingt-et-un ans. Peu de per­sonnes me recon­naissent. Alors, pour dire que je suis encore le même, pour rejoindre les deux bouts, assu­rer une conti­nuité dans les yeux des autres, je par­ti­cipe au pro­jet de Koz­lika. C’est hor­ri­ble­ment dur. Je n’ai pour l’instant fait que trois billets, les trois pre­mières années de ma vie. Je traîne invo­lon­tai­re­ment. Je lam­bine, parce que bien­tôt, il fau­dra par­ler. Par­ler de ces vingts ans. Par­ler de l’horreur qui tourne en boucle dans ma tête. Par­ler de ce pour­quoi j’ai vu, sans com­prendre, tant de gens pleu­rer autour de moi. Par­ler de ce dont per­sonne n’ose plus me par­ler. Vingt ans. 2006. Encore 17 billets.

17 billets avant de com­prendre. J’ai peur.

Posté le 25.11.2007
Catégories : Autobiographique, Petits cailloux
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Amsterdam, un été

Mal­gré les fris­sons
Qui agitent mon épiderme dénudé
Le soleil est fort doux
En cet après-midi de juillet

Les mornes effluves d’eau
Se dif­fusent, épaisses et boueuses
Dans l’air apaisé
Par l’orage à venir

Briques rouges et bronzes passés

Les arbres se reflètent dans les canaux
Et par­tout, sou­dain, cinq coups
Brillants et clairs
Qui n’interrompent rien

Clo­chers élan­cés et gâteau au yaourt

A l’instant du départ
La ville me retient, et j’emporte
Toute une suc­ces­sion d’images
Qu’il me fau­dra revoir.

Posté le 08.11.2007
Catégories : Poésie, Vers
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Les Morts autour de nous

J’ai ouvert, pour l’être signi­fiant, les albums de pho­tos. Moi que même les peluches de l’enfance aba­sour­dissent. C’était il y a déjà dix mille vies. La ker­messe de l’école. Mon petit frère, avec son éter­nelle bille de clown. Et moi avec mon dégui­se­ment embla­sonné.
Et au milieu, mon père, dans une faran­dole d’enfants.

Il y a quelques jours, j’ai été au pre­mier enter­re­ment de ma vie. Le père de l’ami ira­nien. Je ne l’avais jamais vu. Avez-vous déjà essayé d’être un empa­thique coincé au milieu d’une céré­mo­nie funé­raire ? J’ai tenu le temps de la messe, en mor­dant mes lèvres. De toute façon, je n’avais pas de mou­choir, j’aurais eu l’air bête, à reni­fler dans ma manche.
Lorsque j’ai vu l’ami ira­nien cares­ser le cer­cueil de son père, dans le cor­billard qui allait l’emmener, impos­sible. J’ai versé les larmes pour lui, pour eux, pour moi, pour mon enfance per­due, pour tous ces morts qui me côtoient chaque jour et glissent silen­cieu­se­ment à mes côtés.
Mon père est l’un d’eux. Chaque jour, nous vivons l’un à côté de l’autre, et je ne vois plus cet homme sur la photo, qui rit, s’amuse avec ses enfants et les enfants des autres, lumi­neux. Le gris l’a envahi.

Pen­dant la prière, durant la messe, j’ai sou­haité ren­con­trer un jour le père de mon ami ira­nien, qui m’a dit qu’il me res­sem­blait beau­coup. Et j’ai sou­dain pris conscience que mon papa à moi, il était tou­jours vivant. Seule­ment parti très loin dans un monde que je ne connais pas.

Papa, s’il te plaît, reviens.

Champs - Il y a longtemps II

Posté le 31.10.2007
Catégories : Autobiographique
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Veille de Toussaint

Pâles vents visibles
Sur les feuilles des érables rou­gis
Eva­nouis au rythme des marées
De l’atmosphère.

Posté le 31.10.2007
Catégories : Poésie, Poésie Courte
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Observation extérieure

La lune nim­bée d’orages
Dans les gris magis­traux
En une nuit de calme intérieur.

Posté le 29.10.2007
Catégories : Poésie, Poésie Courte
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Le Champ

Au clair d’une lune glabre
Les blés, encore verts
Se balan­çent au gré du souffle de Mor­phée
Venu du Sud

Les musa­raignes fugaces, vifs éclats d’argent
En presque silence
S’enfuient et tour­billonnent
Au rythme d’une récolte par elles seules orchestrées

Eten­dues désertes réso­nantes
Si pleines de vie invisible

Le pro­me­neur ne trou­vera ici
Que nuances de gris

Et bruis­se­ments.

Posté le 18.10.2007
Catégories : Poésie, Vers
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Le long du Fusain

(A qui de droit.)

Au fil des éclats de lumière
Sous les plumes des canards ébou­rif­fés
Par le vent ou les fris­sons
J’apprends à te connaître
Et te découvre éclairé de bon­heur
Le sou­rire des anges.

Posté le 16.10.2007
Catégories : Poésie, Poésie Courte
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Enième Ode

(Note de l’auteur : J’ai tenté de neu­tra­li­ser le pari­sia­nisme de ce poème, mais impos­sible. A croire que mon écri­ture urbaine est à jamais indis­so­ciable de mon lieu de naissance.)

Regards de papier sur la glace
Sous les lumières à peine chaudes
Et des odeurs de pot-au-feu philippin

Les yeux cyclopes enfin per­çus sans ambage
Des feux rouges au pou­voir invi­sible
Se réjouissent de leur débu­tant règne nocturne

En expo­si­tions mul­tiples sur ma rétine aigui­sée
Les clins d’oeil auto­mo­biles
Laissent des queues de comètes incandescentes

Ô chantres de la ville pas­sée
Laissez-moi donc la joyeuse tâche sans cesse renou­ve­lée
De louer à mon tour le ber­ceau de nos coeurs.

En teintes trans­pa­rentes
A demi cachées
La ville s’endort, et se réveille.

Posté le 04.10.2007
Catégories : Poésie, Vers
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Sommeil

Nuit de ville
Lune d’étain
Au réveil, elle a disparu.

Posté le 02.10.2007
Catégories : Poésie, Poésie Courte
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Rotterdam, 30ème étage

Vaines dou­leurs du ver­tige
Les yeux lan­ci­nants sous le manque d’habitude
Mon coeur bat, fort et peu précisément

Contem­plant les lumières du port
Du haut de tant d’incertitudes
Je me prends à rêver, la tête à l’envers

Etoiles du haut, étoiles du bas
Toutes scin­tillent d’un même éclat puis­sant
Emet­tant signaux codés et mes­sages cryp­tiques égarés

Je sens à peine les bras conso­la­teurs qui m’enserrent
Trompé, ainsi que le papillon
Par les lan­ternes éparpillées

Le long de la Meuse invi­sible
Long ser­pent de pétrole noc­turne
Immuable repère en négatif.

Posté le 07.09.2007
Catégories : Poésie, Vers
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Le cloître de Royaumont en été

L’âme fra­ter­nelle imprègne les murs
Frais d’une dou­ceur de lumière inflé­chie
Même au faîte de l’ascension solaire
Le lézard fris­sonne sur la brique

Quelques mur­mures à peine osés
Déam­bulent encore sous la rue-des-murailles
Plus d’une colère ici s’apaise, se dis­sout
Et s’évapore avec l’eau du puits

Bour­don­ne­ments d’insectes
Clarté des étoiles du jour
Les nuages, clé­ments, res­tent à l’abri
De la voûte noc­turne encore dissimulée.

A la faveur du lever de Lune, dit-on
L’air résonne de pas passés

Et les chants des messes de la nuit
Font écho aux grenouilles.

Posté le 07.09.2007
Catégories : Poésie, Vers
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Aspérités

Je peine à écar­ter les fou­gères
Qui dardent de cet épais tapis de mousse
La lutte, vaine, contre ses éper­ons duve­teux
Me ravit coeur, âme et peau.
Som­brant, exta­tique, dans un coma de dou­ceur,
Je ferme les yeux et me laisse recouvrir.

Posté le 05.09.2007
Catégories : Poésie, Poésie Courte
Réactions : Pas de Commentaires.

Les Araignées

A pas feu­trés dans les ombres
Brillantes d’eau aérienne et de perles de rosée
Les arai­gnées de la nuit s’effaçent
Leur tâche accom­plie à la faveur de la Lune
Vitraux de soie trem­blante
Aux rayons du jour neuf.

Posté le 04.09.2007
Catégories : Poésie, Poésie Courte
Réactions : Pas de Commentaires.

La Quête

Reflets de mes troubles pen­sés sur l’eau
Noire d’une suie de nuit men­tale
Au fond brillent de loin­taines étoiles
Por­tant cou­leurs et brillances éthé­rées
Le plon­geon inconnu — inévi­table
Joyaux tapis dans les ombres.

Posté le 04.09.2007
Catégories : Poésie, Poésie Courte
Réactions : Pas de Commentaires.

Navigation matinale

Aux pre­mières lueurs d’une aube incer­taine
Fris­son­nant dans les brumes futures
Dirigé par le son des voix pas­sées,
J’avance, dénudé et le pas timide
Vers un phare hypo­thé­tique
Mille fois promis.

Posté le 04.09.2007
Catégories : Poésie, Poésie Courte
Réactions : Pas de Commentaires.

Citadelle

(Note de l’auteur : merci à Arte­fact. C’est fou ce que c’est dur, la poé­sie ultra-courte !)

Trem­blante cathèdre de mon âme
Ter­ri­fiée des souffles brû­lants
Tirés par l’aimé ennemi.

Posté le 04.09.2007
Catégories : Poésie, Poésie Courte
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L’homme

(Note de l’auteur : écrit le 07÷05÷06. Pour quelqu’un déjà si loin dans ma vie.)

On est en mai, et pour­tant le ciel reflète l’hiver des Flandres. Le réveil tar­dif du dimanche me plonge dans une déli­cieuse abîme de dou­ceur per­tur­bante car incon­nue. Après quelques ins­tants déso­rien­tés, je détecte l’objet de ce chan­ge­ment : deux bras me cein­turent le torse, dou­ce­ment. Je bouge un peu, et l’un tombe, sans force. Je sens le contact d’un torse, des jambes entre­la­cées entre les miennes. De nom­breux contacts élec­tri­sants m’indiquent une forte den­sité pileuse. Un homme. Il y a donc un homme dans mon lit. Etrange bes­tiole, tout de même. Il gémit un peu dans son som­meil, sou­pire, ronfle un peu. Je sou­ris, amusé par ces mimiques de petit enfant chez cet être d’âge res­pec­table (quel vilain mot, on dirait qu’il approche le siècle.) J’hésite à le cares­ser, mais tem­père mon égoïsme au pro­fit de ma délec­ta­tion esthé­tique. Je sais que lorsqu’il se réveillera, il m’embrassera, me pren­dra dans es bras, encore plus fort, et me dira bon­jour avec cette si jolie lueur dans les yeux. Pour l’heure, sa cha­leur me com­mu­nique tout ce que j’ai besoin et envie de savoir. Laissons-le dor­mir et soyons artiste — pro­fi­tons de son visage endormi. Je t’aime.

Posté le 23.08.2007
Catégories : Poésie, Prose
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Londres — Il y a déjà quelques temps

Le matin était clair, froid mais tendre. Les déco­ra­tions des Grands Maga­sins brillaient un peu par­tout. J’avais enfin réussi à aimer cette période de Noël que j’avais tant détesté avec mes parents.
Tu avais un peu dormi dans le train, et moi aussi, je crois. Je sen­tais cet amour à peine né brû­ler en moi et se répandre par­tout où je pas­sais. Sous le Tun­nel sous la Manche, dans cette atmo­sphère confi­née du train, avec le noir exté­rieur, je fus seul au monde avec toi. Toute dou­leur effa­cée, toute tris­tesse pas­sée et future apai­sée.
Londres fut un enchan­te­ment. Trois jours à décou­vrir pour toi et redé­cou­vrir pour moi. A nous décou­vrir et nous redé­cou­vrir tous deux. Nous avions fait l’amour dans la chambre d’hôtel comme rare­ment. La lumière du dehors à peine encore visible.

La visite de la Cathé­drale, tout près de l’hôtel, au petit matin. Sou­ve­nir brillant dans mon coeur pour tou­jours. Quoi de plus roman­tique, de plus sur­anné. Et ce petit ours que tu m’avais offert dans la crypte, avec son t-shirt «Saint Paul Cathe­dral»… Chez Harrod’s, tu avais acheté une bouilloire. J’avais acheté du Christ­mas Pud­ding, que nous avions mangé bien après notre retour.
Nous avions pique-niqué dans Hyde Park, dans le froid et la bise de plus en plus glaciale.

Je pense que l’un comme l’autre, nous n’aurions jamais voulu reve­nir à Paris. Nous n’aurions jamais dû. Paris nous a séparés.

Au matin de Noël, tu n’étais pas là.

Posté le 03.08.2007
Catégories : Autobiographique
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Le Harem

Il y avait son visage, perdu au milieu d’un océan de sons qui réson­naient en mon ventre comme de vio­lentes pul­sa­tions de coeur. Il y avait ces lumières mul­ti­co­lores un peu par­tout, qui ren­daient les contours de tous les êtres pré­sents flous et défor­més, sans relief ni imper­fec­tions. Il y avait ces odeurs de sueur. Cette douce brume de tabac. Ces haleines de vodka, de gin, de cham­pagne ou de bien d’autres pro­duits dis­til­lés encore. J’étais là, à cette heure avan­cée, à dan­ser au milieu de cen­taines d’autres hommes de façon à ce que quelqu’un me remarque. Poses sug­ges­tives, che­mise bien ouverte. Oui, je devais avoir l’air un peu ridi­cule, avec mes petits bour­re­lets et ma forte pilo­sité, au milieu de tous ces éphèbes épilés. Pour­tant, je ne res­sen­tais abso­lu­ment aucune honte. Il s’agissait là d’un de ces seuls moments où, ô volupté des volup­tés, j’arrivais à lâcher prise sur le manque de confiance en soi qui me carac­té­rise. J’étais sobre pour­tant, par­fai­te­ment clair dans mes pen­sées. Pour une fois, j’avais envie d’être beau, de plaire et d’oublier tout le reste. Jouer le jeu de la séduc­tion, rien qu’une heure, moi qui d’ordinaire me l’interdit for­mel­le­ment, de peur de… de peur de quoi, d’ailleurs ? Qu’est-ce que je ris­que­rais à me frot­ter un peu plus aux joies de l’amour futile ? Abso­lu­ment rien. Mais voilà, mon incons­cient, lui, ne pense abso­lu­ment pas la même chose. Le fourbe trans­met à mon conscient des infor­ma­tions erron­nées, selon les­quelles je suis gros, laid, inin­té­res­sant, inculte, j’en passe et des meilleures. Alors j’étais là, à jeter mon regard par­tout autour du moi, au milieu de tous ces biceps, cuisses, et autres abba­tis appé­tis­sants, à cher­cher avi­de­ment celui qui vien­drait me rendre ma joie de vivre.
J’ai d’abord senti ce titille­ment dans la nuque, ces petits poils qui se hérissent sans trop qu’on sache pour­quoi. J’ai légè­re­ment tourné mon visage vers des yeux qui dar­daient dans ma direc­tion. Il n’était peut-être pas beau, je n’en sais pas vrai­ment grand-chose, dans cette pénombre qui favo­rise les échanges, mais il était très mas­cu­lin et les volutes de phé­ro­mones pro­tec­trices qui se déga­geaient de lui émous­tillaient mon sixième sens. L’inconnu, la nou­veauté sans cesse renou­ve­lée, cette sara­bande que l’on doit jouer sur un ton dif­fé­rent à chaque fois, pour atti­rer un audi­teur chan­geant… voilà ce qu’est le sel de l’existence, la dif­fi­culté du jeu de la séduc­tion dont le niveau change avec la per­sonne que l’on a en face. L’homme détour­nait le regard lorsque je tour­nais la tête vers lui. Je fer­mais les yeux, absor­bés dans la coor­di­na­tion de mes mou­ve­ments sac­ca­dés, et je sen­tis qu’il me regar­dait de nou­veau. Nos pupilles se sont rejointes une fois de plus. Puis une autre. Et encore, tou­jours. Au bout d’un moment, un vide se créa entre lui et moi, dans un vibra­tion plus forte que les autres qui entraîna les dan­seurs vers les rebords de la piste. Il se glissa tel un ser­pent dans ce creux pro­vi­den­tiel et se rap­pro­cha brus­que­ment de moi. Je ne me détour­nais pas, cela fai­sait quelques minutes que j’attendais avec impa­tience ce pre­mier contact. Je crus qu’il allait m’embrasser d’autorité, comme ça, d’un coup. Non, il ne fut pas aussi bru­tal. Il me fit un com­pli­ment à l’oreille, que j’ai encore du mal à fil­trer : s’agissait-il d’ironie fort bien fil­trée ou de sin­cé­rité ? « Tu danses bien. » Moi qui devait res­sem­bler à un singe en cos­tume de Tra­volta ? Chut, silence, fichu incons­cient. Je choi­sis sur le moment un mode qui marche en géné­ral par­ti­cu­liè­re­ment bien : l’auto-dépréciation. Cette poli­tesse à la chi­noise (qui veut qu’on refuse toute pro­po­si­tion deux fois avant d’accepter à la troi­sième, tech­nique qui est d’ailleurs tout aussi valable pour les com­pli­ments) fonc­tionna à mer­veille et il me ras­sura sur mon image en se rap­pro­chant encore plus de moi. En proie sou­mise, je bais­sais la tête et cal­quais mes mou­ve­ments sur les siens. Je sen­tais son érec­tion et la mienne monta brus­que­ment. Son sang pas­sait dans le mien par les faibles sur­faces de peau que nous met­tions l’un et l’autre en contact. Son souffle se mêlait au mien, j’absorbais peu à peu son éner­gie, et il fai­sait de même avec moi. Ses lèvres se rap­pro­chaient des miennes, dou­ce­ment, au point que je vou­lus me pla­quer contre lui et lais­ser explo­ser ces hor­mones qui pul­saient jusque dans les plus petites de mes veines. Dou­ce­ment, il s’approcha.
J’avais com­plè­te­ment oublié mon cher et tendre, qui dan­sait non loin, et qui n’avait rien perdu de la scène. Au moment où je sor­tais le bout de ma langue pour la pas­ser sur les lèvres de l’inconnu, il me tira brus­que­ment en arrière et m’asséna une gifle monu­men­tale, devant trois cents per­sonnes au bas mot. L’inconnu s’enfuit pré­ci­pi­tam­ment, vite caché par le flot mou­vant des dan­seurs, et je res­tais là devant les impré­ca­tions de l’amant bafoué.
Mon incons­cient jubi­lait : j’étais devenu le domi­nant de tous ces hommes – on allait même jusqu’à se battre pour m’avoir. Mais mon conscient, lui, était, une fois de plus, en mille morceaux.

Posté le 29.07.2007
Catégories : Fiction, Nouvelles
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Je vis dans une aquarelle

Je n’ai pas dormi, une fois de plus. Lorsque j’ai réa­lisé que le soleil com­men­çait déjà à poindre, j’ai pris la déci­sion de ne pas cham­bou­ler les rythmes de la nature. Il est six heures et demi. J’ai pris une douche brû­lante, longue. Je me suis rasé, appré­cié dans la glace, et pesé, appré­ciant le résul­tat à sa juste valeur.

 

J’ai passé la nuit à écou­ter de la musique, à regar­der les lumières de la ville scin­tiller, et ses veines battre sous formes de phares en mou­ve­ment, sur l’autoroute, à quelques kilomètres.

 

Ce matin, le ciel d’aquarelle est rose, bleu, vio­let et toutes les teintes asso­ciées. Quelques oiseaux passent en bande, por­tés par le vent dans le même sens que les nuages. Je fais cou­ler l’eau chaude pour rin­cer le rasoir, et la vapeur jaillit et se déroule en volutes autour de mon visage. Rien n’indique que nous sommes en juillet. Là, je crois plu­tôt à un début de prin­temps, une fin d’hiver précoce.

 

Je res­pire, peste contre la voi­sine d’en des­sous qui fume à la fenêtre, pour la forme, parce que l’odeur de sa ciga­rette ne me dérange pas vrai­ment. Il fait bien jour, mais la lumière est tou­jours allu­mée. Je l’éteins.

 

Je ne me suis jamais senti aussi vivant.

Posté le 04.07.2007
Catégories : Poésie, Prose
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Encore un matin pâle

Il est cinq heures et demi. Je m’extirpe du lit où j’ai peu dormi, et m’habille rapi­de­ment. Sans faire de bruit, je referme la porte der­rière moi. Dans l’ascenseur, je remarque qu’un odieux mous­tique a sau­va­ge­ment piqué ma joue gauche. Elle est un peu chaude.
Lorsque je passe la porte, le froid m’envahit. Peut-être le terme est-il trop fort ? Il ne s’agit que de fraî­cheur, peu de sai­son pour un mois de juillet débu­tant. Le sol est mouillé. Il pleut encore, de fait. Un petit cra­chin fort peu de région, lui.
Mon vélo m’attend sage­ment. La selle est trem­pée, je redoute à l’avance la mor­sure liquide à tra­vers le tissu de mon pan­ta­lon. Je teste un peu les freins, et com­mence à déva­ler les rues quasi-désertes de ce dimanche matin. J’anticipe et me réjouis de tra­ver­ser le bois de Vin­cennes si tôt. Le palais de la porte dorée est éteint, et il me regarde pas­ser d’un air bien­veillant, comme tou­jours : totem ances­tral. Ce petit coin de Paris m’a vu naître, gran­dir, je m’y sens incroya­ble­ment à l’aise, chez moi. Je fais le tour du lac Dau­mes­nil, salue une pute qui a appa­rem­ment passé une mau­vaise nuit, croise quelques voi­tures au pas, avec pour conduc­teurs de vieux mes­sieurs en cher­chant des plus jeunes.
L’air est frais, la pluie s’est presque arrê­tée. Je ne suis pas essou­flé, tout est comme il faut. Le ciel est une gigan­tesque aqua­relle à la myriade de tons bleus et gris.
En des­cen­dant la côte de Cha­ren­ton, je résiste à la ten­ta­tion de me lais­ser des­cendre d’un coup, sans freins, par le sens inter­dit, jusqu’au-dessus de la Seine, comme je l’ai fait tant de fois étant ado. Mais je suis adulte et un tant soit peu rai­son­nable, main­te­nant. Quoique.
Le retour sur la plat mai­son­nais est tou­jours déce­vant. Une grande ave­nue bien tra­cée, connue jusqu’au der­nier cen­ti­mètre, des arbres ali­gnés et rien d’autre.

Posté le 01.07.2007
Catégories : Fiction, Nouvelles
Réactions : Pas de Commentaires.

Citation adaptée

Sonne zer­reißt
den Nebel­vo­rhang
noch ein Tag gewonnen

Mar­tin Berner

Posté le 30.06.2007
Catégories : Citations, Haïku, Poésie
Réactions : Pas de Commentaires.

Phalènes

L’orage gronde encore
Sans nul doute, la foudre frap­pera encore
La Terre déjà détrempée

Les insectes, fuyant le déluge
Et les cou­lées de boue le long des trot­toirs
Trouvent refuge ailleurs

Gui­dés par les phares invo­lon­taires
Des lumières allu­mées
Par les Hommes

La pro­ces­sion des papillons de nuit
Aux ailes empe­sées par les caprices célestes
Pénètrent dans ma chambre

Sans bruit
Les enva­his­seurs volants
Prennent pos­ses­sion de ma forteresse.

Posté le 21.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Pas de Commentaires.

Ode au Colosse Clichois

D’un simple regard
D’une seule parole grave
Je bra­ve­rais ciel, terre et eau
Pour atteindre l’oeil du cyclone :
Tes bras enser­rant mon corps.

Trem­blant sous le mâle bai­ser
De ta bouche que tu sais faire cruelle
Je me sou­mets à une force
Etran­gère et éton­nante
Trop peu expérimentée.

Brillant d’envie, brû­lant de fièvre
Il me faut atteindre le remède.
La pana­cée au mal qui déchire mon corps et mon âme
Le tou­cher de tes doigts
Sur ma poi­trine et ma nuque.

Alors, j’oublierai tout.

Posté le 21.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
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Flèches

Com­bien d’énergie per­due !
Tant de larmes à peine salées
Absor­bées par les draps !

Com­bien de colère ren­trée !
Frus­tra­tions, malé­dic­tions
Et refus de la fatalité !

Pour­quoi l’amour est-il,
Depuis tou­jours
Ce volup­tueux cou­teau à double tranchant ?

Pour­voyeur de miel et d’ambroisie
Tout autant que de poi­sons
Qui rongent l’âme de part en part

Cares­sant
Cruel
Mais jamais vain.

Posté le 21.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
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Rêves dans le bain

Je glisse pares­seu­se­ment dans l’eau chaude
Ma peau s’accroche à peine à l’émail blanc
M’avalant en silence hui­leux
Je me dilue par l’âme

Fer­mant les yeux, j’oublie mes membres
Autour de mon corps alan­gui
Se construisent ruines de temple khmer
Et jungle verdoyante

Un long ser­pent aux motifs rouges
Dou­ce­ment plonge dans mon eau noire
Se love contre mes reins, pro­tec­teur
Je pose la main sur sa tête, apaisé

Les odeurs de l’encens et des fleurs étranges
Se mélangent et s’effaçent
Mil­liers de brumes odo­rantes
Dans le soir tombant

Quelques bou­gies lâchées sur l’eau
Dérivent sans s’éteindre
Au loin les volutes des prières
S’envolent sans un bruit

Un gong résonne, puis­sant et etouffé
Le ser­pent, comme au son d’un signal
S’enfuit vers la terre ferme
Je sombre dans la profondeur

On frappe à la porte de la salle de bains
Inquié­tude vocale
Je sors, ruis­se­lant
Et retrouve mon monde gris.

Au-dessus du bain qui s’écoule
Quelques volutes de fumée
Par­fu­mée
Et déjà disparue.

Posté le 21.06.2007
Catégories : Poésie, Prose
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Alhambra

Longs entre­lacs de jas­min
Gazouillis de la sub­stance de vie
S’écoulant len­te­ment
Dans le bas­sin de tuiles bleues

Les oran­gers enfrui­tés
Livrent leurs vapeurs amères
Au pro­me­neur émer­veillé
De tant de raffinements

Au fil de la course du soleil
Fleurs de rho­do­den­drons
Et pis­tils de mil­le­per­tuis
S’épanouissent dans la lumière

Quelques ger­ris pour­suivent un facé­tieux rayon
Dans le bas­sin tou­jours chaud
L’heure passe et bien­tôt
Il sera à l’ombre

Sous la cou­pole du ham­mam
Peu de bruit
A tra­vers les oculi de verre
Filtrent les cou­leurs du dehors.

Posté le 21.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
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Diptyques

Email / Eau
Sec / Bulles
Bai­gnoire / Bain

Châ­teau / Musée
Courses / Visites
Per­ruques / Bermudas

Pyrite / Dia­mant
Alchi­mie / Galan­te­rie
Eclat / Vanité

Pis­cine / Etang
Espace / Ger­ris
Calme / Vie

Posté le 16.06.2007
Catégories : Poésie, Poésie expérimentale
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Louvre, fin de soirée

Ici règne le silence
Para­sites sonores sont priés géné­reu­se­ment
De ne pas fran­chir l’huis
Du temple

Tableaux chré­tiens
Et Christs dou­lou­reux
Veillent d’un oeil las
Sur le visi­teur attardé

Le besoin de dor­mir
Prend aux pau­pières
Et à l’envie de culture
Se sub­sti­tue le besoin pri­maire de fer­mer les yeux

Le musée s’endort
Sans un bruit de pas.

Posté le 16.06.2007
Catégories : Articles non classés
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Minuit

Hulu­le­ments rauques
Loin, étouf­fés par la forêt
La lune, presque pleine, luit
Et les lucioles accom­plissent
Une com­plexe danse rituelle
Connue d’elles seules

La pluie du soir
Ruis­selle dans les gout­tières
Limaces et escar­gots sont à la fête

Une odeur d’humus légère
Monte des mottes de terre, dans le jar­din
Et se mélange à celle du chèvrefeuille

De fins nuages cor­sètent l’astre noc­turne
Mille et une créa­tures s’endorment
Sous le bien­veillant éclat
Et les feuilles ds arbres tanguent
Au souffle des brises
Et des brumes.

Posté le 16.06.2007
Catégories : Articles non classés
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Saint Jean à Ephèse

En posant les mains sur la pierre
Je sens des coeurs battre
Au rythme du mien
Pas­sés dont le gra­nite du mur
A été témoin
Ces mousses, ces lichens
Qui esca­ladent sans cesse
Les murailles de la cité
En aurait beau­coup à racon­ter
Si par bon­heur
Un être saint, mira­cu­leu­se­ment
Venait à les dôter
Du sens humain de la parole
D’ailleurs, voici Saint Jean
Posant les yeux
Et bénis­sants les sapro­phytes
Il leur ouvre la bouche

Ciel, quelle cacophonie !

Posté le 16.06.2007
Catégories : Articles non classés
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Forêt déserte

Les rais de lumière fil­trés par les feuilles les plus jeunes
Forment une pluie de pho­tos joyeux sur le sol
Bref ins­tant de joie
Pour la libel­lule qui devient bijou
Sous cette douche solaire
Les tons se font mil­liers
Sous la voûte, l’obscurité recule
Les graines à peine ger­mées prennent vie
L’air de rien, elles poussent
Assu­rant la relève
Et moi, assis sur le che­min
Je jette un oeil en avant
En arrière
Per­sonne
Je ris
Vis.

Posté le 16.06.2007
Catégories : Articles non classés
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Diptyques — Deuxième Page

Pous­sière / Sable
Cra­que­ment / Cra­que­ment
Pous­sière / Or

Colère / Contem­pla­tion
Salive / Embruns
Larmes / Larmes

Noir / Blanc
Etoile / Encre
Rouge / Noir

Eau / Sang
Papier / Terre
Bleu / Rouge

Posté le 16.06.2007
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Espoirs

Quelques lueurs dans le loin­tain
Le calme de la chambre
Cha­leur d’été
Je sais que je rever­rai les rocs d’Irlande

Jamais espoir ne fut perdu
En cette cita­delle
Qu’est mon coeur

Même lors des grands froids
Le feu jaillit seul des braises
Allu­mées avec ma conscience
Des années avant

Sai­sons vire­vol­tantes
Impé­ris­sables troubles-fêtes
Je ne veux pas d’une vie grise.

Posté le 16.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
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Le Cloître du Puy

(Note de l’auteur : le cloître de la cathé­drale du Puy-en-Velay est une mer­veille que j’ai eu l’occasion de visi­ter sous une cha­leur incroyable.)

Ara­besques du mur
Ara­besque du coeur saisi
Par le calme et la dou­ceur du soleil
A l’intérieur de ces quatre murs clos

Là ou défi­laient silen­cieux et médi­ta­tifs
Viennent main­te­nant poètes et voyeurs
En quête de paix
Ou d’éternel

Les ombres s’étendent avec la fin du jour
Le long des colon­nades
Et des mas­sifs de simples
Qui dif­fusent leurs sen­teurs généreusement

Je ne peux res­ter là plus tard
Mais je suis cer­tain
Que lorsque la Lune se montre
Les lucioles viennent dan­ser dans le cloître.

Posté le 14.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
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La Tombe

Sous le lierre et les fram­boises
Les enfants, depuis long­temps
Avaient vu ces mots sculp­tés dans la pierre

Il aura fallu long­temps aux aînés
Pour dai­gner bais­ser les yeux
Vers leur découverte

Eton­nés, certes, ils le sont
De lire sur la tombe déga­gée
Des lettres d’un autre temps

Cha­cun s’interroge
Au passé du défunt
Et tous sont perplexes

Leur ima­gi­naire sou­dain débridé
Les gens du cru inventent
Toute une vie à celui qui n’en a plus.

Mais la vérité n’est plus là.

Posté le 14.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
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L’Etang

Ger­ris lan­cés en courses folles
Et libel­lules agiles
Cir­cu­la­tion d’heure de pointe
Au rond-point du nénuphar

Les fines feuilles des iris
Se penchent vers l’eau
Comme pour goû­ter la fraî­cheur
De l’étang par un matin d’été

Le dytique chasse ses proies
Petit obus vrom­bis­sant
En sous-marin non-aligné
Cueillant toute chose à sa portée

Une rame en bois fait fuir
Tout ce petit peuple de l’eau
La barque du poète
Brise en silence le microcosme

Le voit-il ?

Posté le 14.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
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La Pluie soudaine

Ville de séche­resse
Tirée aux quatre épingles
La voici sub­mer­gée
Averse ora­geuse
Cris, courses et glis­sades
Spec­tacles d’apocalypse
L’une perd ses san­dales dans le gouffre du trot­toir
L’une, ren­due trans­pa­rente par l’eau,
Cesse de cou­rir par rési­gna­tion
Celui-ci glisse et tombe
Le nez dans la flaque
Se noiera t-il ?
Celui-là, sous son para­pluie,
Se fait, comme l’antique gag,
Recou­vrir de liquide
Par un bus mal­en­con­treux.
Pauvres humains sans bran­chies
Les vaches du ciel
Font la traite
Et voilà que vous êtes tout per­dus
Dans un monde sou­dain aqua­tique
Que vous ne recon­nais­sez plus.
Tout de même…
Vous pour­riez savou­rer le plai­sir
D’être un peu pois­sons.
Ici, pas de pêcheurs…

Posté le 14.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
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Île — Quatrième tableau

Les pleurs du ciel sont ter­mi­nés
Les galets et la terre, refroi­dis,
Laissent échap­per leur souffle opaque
Qui trans­forme ce midi en cré­pus­cule anachronique.

J’entends, pas si loin
Les reflux de l’océan
Mais impos­sible pour mes yeux mor­tels
De per­çer ces rideaux de soie atmosphériques

L’homme sage
Derait res­ter à l’abri des mirages bru­meux
Et, au coin du feu, attendre
Le retour de ses pleines facul­tés visuelles

Mais, mal­heur à moi, je ne suis qu’un homme
Et la ten­ta­tion trop grande
Me force à pous­ser la porte
Et à cou­rir pru­dem­ment au bord de l’eau.

Oui, la mer est encore là.
Mais au-delà d’une aune
Plus rien
Qu’un immense feuillet blanc.

Je scrute, curieux, les pro­fon­deurs imma­cu­lées ;
Et ima­gine déjà
Le Hol­lan­dais Volant
Sor­tant des limbes

Un doigt inqui­si­teur
Plongé dans le gris de l’écume
Res­sort glacé
Il plane une odeur d’ozone

Âme des per­dus en mer
Et des pirates du passé
Flottent tout autour, invisibles.

Et d’un coup dis­pa­raissent,
Lais­sant sa juste place
Au soleil qui triomphe, enfin.

Posté le 14.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
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Île — Troisième tableau

Sou­dain — Gloire aux Eaux !
Mil et une gouttes s’abattent avec fra­cas
Brouillant d’un seul mou­ve­ment
Bêtes, gens et paysages

Assis à la fenêtre
Admi­rant l’instant d’avant
Une mer si pro­fon­dé­ment calme
Me voici devant un rideau d’eau

L’odeur du sel est si forte d’un coup
Je m’attends à voir défer­ler des cieux
Moult bêtes marines
Et monstres abyssaux

Plu­sieurs sons me par­viennent
Les galets s’entrechoquent
L’eau semblent jaillir de par­tout
Et au-dessus, le toit mar­telé de gouttelettes

La sur­prise pas­sée
Tout semble atte­nué
L’île se repose dans une bulle d’eau
Et moi, habi­tant, avec elle.

J’ose pas­ser la main
Hors du toit sau­veur
La pluie est tiède
Comme le sang de la terre.

Sacri­lège, je goûte ce don du ciel et de la mer
Etrange, à mon palais l’eau est douce
L’enfant des tourbes et des coraux
Porte en lui le pou­voir purificateur.

Mes oreilles oublient peu à peu
Le bruit des chocs entre éléments
Et me voilà dans un silence
Au coeur de la brume de mer.

Posté le 14.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
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Île — Deuxième tableau

La brise cares­sante
Se mue en un rugis­se­ment dis­con­tinu
Fouette les visages d’embruns
Et fait sou­rire les galets.

Des fila­ments de vapeur
Germent spon­ta­né­ment dans le bleu pâle du ciel
S’étendant, crois­sant comme de la levure de bière
Bien­tôt, l’invasion de ces bar­bares éthé­rés sera totale…

Dans l’air, une odeur de terre
Les monts déso­lés de l’intérieur
Dégorgent leurs colères
Sous la pres­sion de l’humidité.

A peine quelques rais brillants
Par­viennent encore à pas­ser le blo­cus
Que forment sans pitié
L’armée des cumu­lus d’été.

Je résiste encore à l’ombre
Qui refroi­dit mes entrailles
Mais bien­tôt, fris­son­nant, je dois renon­çer
Et ren­trer à couvert.

Les bour­rasques de la terre et de la mer
Mélan­gés, alliés
Attaquent les gra­mi­nées des dunes
Hop ! Des graines dans l’air.

Mon corps me semble lourd
Et la peur ances­trale me prend
La tem­pête arrive
Et je jubile à l’avance.

Arrivé à l’abri du toit
Je cours dans l’escalier
Et passe devant la fenêtre
Mes yeux émerveillés.

Posté le 14.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
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Île — Premier tableau

L’île cou­ron­née d’écume
Mousses salées
Iri­des­cences nacrées
Coeur de la mer

Les algues étour­dies de soleil
Dif­fusent une clarté ombra­gée
Sous l’eau, les bulles d’air
Jouent avec une éton­nante lumière bleue.

Sur les rochers, les maca­reux piaffent
Sur leurs ailes brillent les gouttes d’eau
Résul­tat de leurs bai­gnades répé­tées
Yeux plis­sés, ils sèchent.

Les vents marins se font ali­zés
Por­teurs de cha­leur
Et puri­fi­ca­teurs de ciel
Adieu nuages

La brume des éclats de vagues
S’évapore en un clin d’oeil
Voici en cette mati­nale
Que la Lune faiblit

Les bateaux tanguent dans le port
Un souffle à peine per­cep­tible
Tend à peine les cor­dages
Et rafraî­chit le marin

A vélo sur la côte
J’observe les queues-de-rat dan­ser
Comme nombre de leurres
Pour les oiseaux de proie

Les galets de la plage
Roulent, déjà chauds, sous mes pieds
Je m’y asseois
Et respire.

Posté le 14.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Pas de Commentaires.

Haïkus — Troisième Page

Le chiot se blot­tit
Tous autour sau­ront l’aimer
Et moi dans tout ça ?

Pas­ser des années
Sans s’y arrê­ter jamais
Alors, pour une fois…

Ailleurs ? Mais pour­quoi
Vou­loir aller au loin quand
La beauté est là ?

Posté le 11.06.2007
Catégories : Haïku, Poésie
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Fantaisie souterraine

Pro­pulsé sans le sen­tir
A tra­vers des kilo­mètres
De tun­nels obs­curs
Chaque j’accomplis
La tra­ver­sée du monde d’Hadès
De l’autre côté de la vitre
«Toc, toc«
Les dam­nés font coucou.

Posté le 11.06.2007
Catégories : Poésie, Poésie Courte
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Diptyques

Soie / Jean
Perle / Larme
Au loin / Si proche

Rivière / Désert
Pois­sons / Ger­boises
Dîner / Douleur

Posté le 11.06.2007
Catégories : Poésie, Poésie expérimentale
Réactions : Pas de Commentaires.

TGV

Sif­fle­ment
Vague de choc
Che­veux ébou­rif­fés
L’enfant vole quelques centimètres

Le bruit décroît
Et le train pour­suit
Sa mono­tone course

Géno­cide d’insectes
Les caté­naires chantent l’oraison

Moi aussi, je vou­drais être loin.

Posté le 11.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Pas de Commentaires.

Métro

Un regard fermé
Dix autres
Pas un sour­cil relâ­ché
Une odeur qui plane
Si forte qu’elle en est désa­gréable
On s’imagine
Nageant dans une pis­cine
Rem­plie de par­fum
Noyé, asphyxié d’odeurs
Mais la voilà déjà qui s’éloigne
Sta­tion sui­vante
Les portes s’ouvrent
Bol d’air frais
Puis l’on repart en apnée
J’étouffe
Pas le choix.

Posté le 07.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
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Haïku

Fatigue du soir
Le long tra­jet de retour
M’endort un peu plus

Posté le 07.06.2007
Catégories : Haïku, Poésie
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Tempête de poussière sur les Tuileries

(Note de l’auteur : scène vécue.)

Les tour­billons de pous­sière
S’envolent au-dessus du labyrinthe

Bouches bées
Yeux brillants

Mais voici la tem­pête
Terre contre terre, pas d’eau
Eclairs inté­rieurs
Démon géant de col­lère tellurique

La pluie vien­dra
Et balayera cet épique spec­tacle
Où le faible phy­sique de l’Homme
N’a pas sa place.

Posté le 07.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
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Marquèze

(Note de l’auteur : Lorsque j’étais enfant, mon père était géo­mètre, et fai­sait dans toute la France des mis­sions plus ou moins longues. Pour celles de plu­sieurs mois, il emme­nait la famille. Ainsi, nous nous sommes retrou­vés six mois à Sabres, dans les Landes. Il y a à côté un écomu­sée, avec un petit train, à Mar­quèze. Cela ne paie pas de mine, et je suis cer­tain qu’en tant qu’adulte, je serai déçu. Mais dans mon sou­ve­nir… que de sen­sa­tions ! Pour ce poème, empruntez-donc mes yeux d’enfant.)

De l’écorce bri­sée
Perle une gemme d’ambre
L’odeur qui s’en échappe
Entoure cha­cun d’un cocon mielleux

Mes doigts per­plexes
Par­courent les écailles de l’arbre

Le fin bruis­se­ment de mes pas
Sur le tapis d’aiguilles
Eclaire de sub­tils tin­te­ments
Ma marche matinale

Les pre­miers rayons vifs
Chauffent la sève

Une petite brume à peine visible
Se dégage de la forêt
Eva­po­ra­tion des rosées
Ou conden­sa­tion des rêves des pins ?

Posté le 07.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
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Le Naufrageur

(Note de l’auteur : A Dorian.)

Au som­met du phare
J’ai éteint la lan­terne.
Pas fou, non ?
Qui serait digne d’accoster mon île ?
Parions que les rochers
Feront le néces­saire
Pour garan­tir ma tranquillité.

Posté le 07.06.2007
Catégories : Poésie, Poésie Courte
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Le Bronze

Dans les reflets du bronze
Je ne vois aucune gloire pas­sée
Mais bien des guerres, bagarres et la Mort
Ensemble ras­sem­blées dans l’ombre.

Figés dans le métal
Les visages des guer­riers frus­trés
De voir ainsi leurs mains armées
Ren­dues inoffensives.

Le sculp­teur, paci­fiste invo­lon­taire
A dépeint son bel­li­queux modèle
Dans la pire atti­tude du géné­ral :
La douceur.

Posté le 07.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
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Quatre saisons : Hiver | Feux de joie

Au moindre souffle d’air gelé
Les boules de gui dansent dans les ormes.
Les branches nues ne sont qu’un maigre abri
A la mor­sure acide de janvier.

Le nou­vel an passé
La peur du froid per­siste
A la courte durée du jour
L’homme oppose sa joie.

Feux de joie
Le long de la rivière
Les branches sèches de l’orme brûlent
Avec elle la sève des para­sites cré­pite tout autant.

Posté le 07.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
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Quatre saisons : Automne | Le cimetière

Entre les tombes se glissent
Des cou­rants de feuilles mortes
Liquides et silen­cieux
Com­blant sans le rem­plir le vide entre les morts

Les tour­billons du vent
S’élèvent en créa­tures d’éther
Ren­dues visibles par le pro­duit de la terre

L’océan des tris­tesses humaines
Reflue à la fer­me­ture du cime­tière
Der­rière la grille, les vivants.
Sous les tumuli, le passé.

Posté le 07.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Pas de Commentaires.

Quatre saisons : Eté | Coup de Soleil

Quelques trous de lumière dans le ciel
Dévoile l’orgueil de l’homme
Qui, se croyant à l’abri de fumeux ser­vi­teurs
A pensé échap­per à la cuis­son solaire

Le visage rougi, non pas d’étonnement
Affiche la marque brû­lante de l’imprudence
Ferré de chaud, l’être por­tera long­temps
Le sym­bole visible de l’hubris d’été.

Posté le 07.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Pas de Commentaires.

Quatre saisons : Printemps | Printemps sur l’Île Saint-Louis

Ciel de verre pilé
Atmo­sphère claire aux reflets oran­gés
Le pol­len vole entre les pavés
Et se pose en flaques sur le sol médiéval

Plus d’abbaye pour­tant
Et l’on ne guette plus le pas­sage du roi
Dans notre cité, les seules tours
Encore dres­sées ne sont plus de pierre.

Il fau­dra aller bien loin
Pour trou­ver les champs dorés
Où l’âme soli­taire, entou­rée d’abeilles
Sera déli­vrée du gris

Posté le 05.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Un Commentaire.

Bords de Marne

La sueur perle dans mon dos
Bruis­se­ment des insectes d’eau
Quelques reflets de soleil écla­boussent les galets

Le long de la rivière, les ormes prennent patience
Cha­leur de fin de jour, sur le bord de Marne

Les nuages forment des méandres
Vive­ment le noir, la migraine point

Le long du che­min, la nuit s’avance
La nature perd sa vie
Et se repose.

Posté le 03.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Pas de Commentaires.

Aquarelle II

Sur­face mouillée
Infini des possibles

Le pin­ceau, dilué d’arc-en-ciel
Pour­fend en che­va­lier
Le dra­gon de l’étendue vierge

Com­bat bru­tal et pour­tant si leste
Une pluie de pig­ments
S’abat sur la bataille

Chi­mie de l’eau
Créa­tion de dentelles

Posté le 03.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Pas de Commentaires.

Aquarelle

D’une seule prise
Le brou­haha inté­rieur se tait
Le pin­ceau fin en main
Pré­pare par le blanc ses couleurs

Quelques gouttes
Un peu de vio­let pro­fond
Un simple coup de poi­gnet
Voici une tige colorée

Les pétales, fon­dus de bleus
D’ocre et de rose joyeux
D’attendre le séchage
S’ouvrent en grand

La sur­prise de l’eau évapo­rée
Aux motifs nua­geux
Aux lentes ondu­la­tion bleu­tées
M’émerveillent.

Est-ce vrai­ment ma main
Et mes doigts
Qui ont créé cette dentelle ?

Posté le 03.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Pas de Commentaires.

Haïkus

Velours vert et rouge
Cou­vert de pous­sière grise
Le lustre est éteint

La salle à man­ger
Dres­sée comme pour cent convives
Pleine de silence

Talons sur par­quet
Réso­nances du passé
Pas si loin en fait

Posté le 03.06.2007
Catégories : Haïku, Poésie
Réactions : Pas de Commentaires.

Aide-mémoire

Il faut :
 – un marais, plein de brume, où trou­ver des feux fol­lets ;
 – des col­lines, à moi­tié cou­vertes de bois clairs et à moi­tié rocailleuses, où jaillissent des sources ;
 – de pro­fondes gorges, aux tombes creu­sées dans leurs flancs ;
 – de hautes mon­tagnes aux ver­sants her­bo­rés et aux lacs d’un bleu étrange ;
 – de grandes villes, pleines d’agitation et de culture ;
 – de petits ports tran­quilles ;
 – de petits vil­lages médié­vaux ;
 – des manoirs iso­lés ;
 – de pro­fondes forêts sécu­laires, où passent des ruis­seaux ;
 – des îles rudes, bat­tues par la tem­pête ;
 – des canaux d’irrigation bor­dés de roseaux ;
 – des che­mins de fer peu fré­quen­tés, à tra­vers les rizières ;
 – des criques de galets à l’eau trans­pa­rente ;
 – des steppes val­lon­nées, à la pluie chaude ;
 – des che­mins détournés.

Posté le 03.06.2007
Catégories : Poésie, Prose
Réactions : Pas de Commentaires.

Le Musée

Lente pro­ces­sion
Et regards par­fois vides
Sou­vent gour­mands
Frus­tra­tion nom­breuses
L’envie de tou­cher
L’envie de posséder

Dans un sens, dans l’autre
Se perdre avec hor­reur
Ne pas com­prendre
Sen­tir ses jambes suer

Tra­ver­ser boi­se­ries
Par­quets et tapis
Presque en cou­rant
Et s’arrêter, enfin
Qui devant l’objet
Qui à la sortie.

Posté le 03.06.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Pas de Commentaires.

Réveil

J’ouvre un oeil :
Les petites bombes des gouttes de pluie
Sur le verre de la vitre
M’ont réveillé

Je souffre de toutes mes arti­cu­la­tions
Et n’ose bou­ger.
Alors, j’admire le lent défilé
De la pro­ces­sion nuageuse.

Sans remuer un muscle
Je sens mon coeur battre
Sou­la­ge­ment
Dehors et dedans, tout vit.

Posté le 28.05.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Pas de Commentaires.

Equinoxe

Les vents de l’Equinoxe
Façonnent les côtes sombres
Des îles de la Frise

Scène peinte
Lumière de bou­gies au loin
A chaque mai­son qui s’éteint sa solitude.

Folie qu’être dehors
Par cette nuit de pleine lune
Où les démons de l’eau mugissent

Der­rière la vitre je les observe
Impres­sion­nants jets d’écumes
Puis j’éteins ma lanterne.

Der­rière les vitres, la tem­pête.
A l’intérieur, le calme.

Posté le 27.05.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Un Commentaire.

Haïkus

Mer­veille de mousse
Les étoiles sur l’étang
Croas­se­ments rauques

La lune à tra­vers
Les arbres à la nuit tom­bée
Trois chauves-souris

Mil coque­li­cots
Le long de la voie fer­rée
Mil éclats de sang

La gare est déserte
Pas de train à l’horizon
La neige me glace

Soleil dans les yeux
A tra­vers la vitre sale
Je change de place

Cha­leur à Paris
Je pour­rais don­ner beau­coup
Pour un vrai silence

Posté le 27.05.2007
Catégories : Haïku, Poésie
Réactions : Pas de Commentaires.

La Serre

(En vers.)
Mys­tère de moi­teur.
Où poser ses yeux ?
Ecar­ter d’un geste concen­tré
Une branche de pal­mier.
Que cher­cher ?
Rien d’autre que la douce illu­sion
D’être ailleurs en étant ici.

(En prose.)
Mys­tère de moi­teur. Où poser ses yeux ? Ecar­ter d’un geste concen­tré une branche de pal­mier. Que cher­cher ? Rien d’autre que la douce illu­sion d’être ailleurs en était ici.

Posté le 24.05.2007
Catégories : Poésie, Poésie Courte
Réactions : Pas de Commentaires.

Bruges

L’huître d’un matin gris perle
Au centre de ses brumes
Recouvre les créa­tions humaines d’un man­teau de nacre

Le terne des briques sales
Impré­gnées des tris­tesses ter­restres
De la pâleur des morts, et des fièvres des mou­rants
Dis­pa­raît der­rière la pré­cieuse cara­pace aérienne
D’un nuage de brouillard venu de la mer

La créa­tion du monde démise
Par un simple banc d’air mouillé, au début de la journée.

Posté le 24.05.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Un Commentaire.

Amiens sous les bombes — Seconde version

Les obus pleuvent sur Amiens
En peste d’acier — pluie noire
La peur démente au coeur
D’être témoin trop tôt de la gran­deur de Dieu

Mil éclats dorés
Cris­tal­lins — fon­dus sous la cha­leur
Brillants en mul­ti­tude de soleils écar­lates
Bri­sures de ville dévastée

Enfer aux tons gran­dioses
Où tous rêvent de l’inaccessible : le silence.

Posté le 24.05.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Pas de Commentaires.

Amiens sous les bombes — Première version

Les obus pleuvent sur Amiens
En peste d’acier sem­blable à une pluie noire
La peur démente dans les coeurs
D’atteindre pré­ci­pi­tam­ment la gran­deur de Dieu

Mil éclats dorés
Cris­tal­lins, fon­dus sous la cha­leur
Brillants comme mul­ti­tude de soleils écar­lates
Bri­sures d’une ville dévastée

Dans cet enfer aux tons si gran­dioses
Tous rêvent de l’inaccessible : le silence.

Posté le 24.05.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Pas de Commentaires.

La Piscine

D’habitude, tout va bien. Puis, un matin, sans pré­ve­nir, je me réveille avec une boule dans la gorge. Dans ma tête, il y a un afflux de pen­sées tristes incon­trô­lables. Je revois des scènes depuis très long­temps pas­sées, et ça me fait mal. En me levant, je me regarde dans le miroir de la salle de bains et me trouve gri­sâtre, dimi­nué. Je me regarde dans les yeux et recom­pose mon expres­sion. Neutre, simple.
En allant tra­vailler, ça va mieux. Dans le métro, je suis dans une bulle. Tous les autres tirent la même tête que moi. Les trans­ports en com­mun ont un effet cal­mant, voire anes­thé­siant. J’arrive au tra­vail. J’en ai oublié mon réveil. La mati­née suit son cours. Puis, sou­dain, un appel parmi d’autres. Je dis bon­jour, et ma voix se brise. La boule est là, dans ma gorge. C’est comme si ma pomme d’Adam était sor­tie de son loge­ment. Ca fait mal. Les larmes m’en coulent des yeux. Je dis par­don, je vous rap­pelle, puis cours aux toi­lettes. Je m’essuie les yeux, reprends mon masque dans le miroir.
A midi, je n’y tiens plus. Au lieu de man­ger, je passe chez moi prendre mon maillot de bain, puis vais à la pis­cine. Je cours presque. Je plonge et pénètre dans l’eau. Je pleure. Je pleure encore et mes larmes salent l’eau. Je tra­verse la moi­tié de la pis­cine en apnée et remonte cher­cher de l’air. Je pleure encore, tou­jours sous l’eau. Je refais ça une demi-heure, jusqu’à en avoir des crampes par­tout. Quand je sors, ça va mieux. Mes yeux rouges ? Le chlore.
Je me rha­bille et retourne au tra­vail. Jusqu’au soir, ça va. Je rentre chez moi. La boule m’attend. Il fau­drait que ça cesse. Je ne peux pas aller à la pis­cine tous les jours. Où alors, une fois, je res­te­rai au fond du bas­sin, tiens.

Posté le 21.05.2007
Catégories : Fiction, Nouvelles
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Zombie (en anglais)

[…] ‘Life is like a dream; life and death are lin­ked, so death isn’t really so ter­ri­fying. The truly ter­ri­fying thing is that so many people are alive but do not live well.‘
’ In Chi­nese we call that Zom­bie.‘
He chu­ck­led and kis­sed me lightly on the lips. ‘Go to sleep.‘
In the air, tiny bursts of blue fire see­med to glim­mer and then disap­pea­red until all that remai­ned was the sil­ver moon­light and myself, half awake and half in a dream.

Wei Hui, Mar­rying Buddha

Posté le 12.05.2007
Catégories : Citations
Réactions : Pas de Commentaires.

Evocation nocturne

« Ecoute, ô nuit, dans les préaux déserts et sous les arches soli­taires, parmi les ruines saintes et l’émiettement des vieilles ter­mi­tières, le grand pas sou­ve­rain de l’âme sans tanière,
« Comme aux dalles de bronze où rode­rait un fauve.

Saint-John Perse, Chro­nique, VIII

Posté le 09.05.2007
Catégories : Citations, Poésie
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Fort agréable à évoquer

C’est un amant hors pair, lisse, sen­sible et déli­cieux. Je prends tout ce qu’il a de bon à don­ner, je donne ce qu’il attend, je n’attends rien. Je perds l’accès, et lui plus encore, à quelque chose en moi qui n’a pas eu le temps de s’épanouir, je le sais. Mais il est très bon aussi de faire l’amour au brouillon.

Raphaële Vida­ling, La Femme Quittée

Posté le 06.05.2007
Catégories : Citations
Réactions : Pas de Commentaires.

Haïku .1

L’ange mys­té­rieux
n’était en fait qu’un petit
démon déguisé

Posté le 30.04.2007
Catégories : Haïku, Poésie
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Conte des deux trottoirs

Par tous les temps, c’était le même rituel. Aux alen­tours de dix heures, il des­cen­dait les six étages de l’immeuble, tra­ver­sait la rue en arrê­tant (par­fois in extre­mis) la cir­cu­la­tion d’un geste impé­rieux, enjam­bait le rebord du haut trot­toir, et pous­sait la porte vitrée du café, qui était la plu­part du temps désert. Son rituel s’arrêtait là : il ne com­man­dait pas chaque jour la même bois­son, n’arrivait pas vrai­ment à la même heure, ne s’asseyait pas deux fois de suite au même endroit. Une constante cepen­dant mar­quait son arri­vée : un pas cla­quant, mar­tial, mais mal assuré, comme s’il se for­çait à rame­ner vive­ment la plante des pieds au sol de peur que ceux-ci ne partent sur le côté ou encore dans une posi­tion embar­ras­sante. Il avait vite appris à connaître les ven­deurs et ven­deuses par leur pré­nom. De vingt ans l’aîné du plus vieux d’entre d’eux, il avait tou­jours béné­fi­cié de la for­mule de poli­tesse réser­vée aux aînés : Mon­sieur. Six mois après le pre­mier café (triple expresso, grande taille, fram­boise), tous et toutes connais­saient ses déboires scé­na­ris­tiques. Mon­sieur avait du mal avec les cent der­nières pages de son roman. Par­fois, il en écri­vait trois par jour, par­fois cinq lignes, par­fois rien. Par­fois même, il sup­pri­mait des pas­sages. A Noël, pris d’une sou­daine colère contre lui-même, il arra­cha les cin­quantes der­nières pages de son plus récent cahier et la vie de son héroïne se trouva ainsi ampu­tée des cinq der­nières années de sa vie. A force de pas en arrière addi­tion­nés en trop grand nombre aux pas en avant, il finis­sait par presque stag­ner, bai­gnant la plu­part du temps dans l’insatisfaction la plus com­plète. Pen­dant une semaine, alors que la neige tom­bait en larges et lym­pa­thiques flo­cons sur les rues sou­dain silen­cieuses, il n’écrivit pas un mot. Fixant pen­dant des heures le vide abys­sal et hur­lant des pages blanches non encore muti­lées, il ten­tait de faire vivre de son esprit et de son encre la fra­gile pro­ta­go­niste soli­taire de son oeuvre. En vain. Le matin du hui­tième jour, un mardi, il arriva dans le café, sale, poché et trop calme. A tel point que Céline, de ser­vice ce jour-là, effa­rée par son air de chauve-souris, lui offrit, de la part de la mai­son, la bois­son dési­rée. Alors qu’elle pré­pa­rait un cho­co­lat vien­nois (épices, sans sucre, extra-chaud) de ses mains expé­ri­men­tées, il se prit en train de l’observer plus que la décence le vou­drait. Oh, rien de bien cou­pable, non. En fait, il ten­tait de col­ler sur son visage, sur ses gestes, et sur son exis­tence, celle qu’il avait pen­dant des mois sub­ti­le­ment for­gée pour son héroïne. Son esprit, len­te­ment, s’ouvrait. Et par Céline, il réus­sis­sait à acqué­rir la sub­stance qu’il lui man­quait pour conti­nuer. Devant lui : la preuve vivante du réa­lisme et de la via­bi­lité des his­toires qui sor­taient chaque jour des cir­con­vo­lu­tions de son cer­veau ima­gi­na­tif. Il la remer­cia, prit sa bois­son, et remonta dans sa tour, au sixième étage. Ce soir-là, il écri­vit vingt pages, et dût s’arrêter pour cause de vives dou­leurs au poi­gnet. Le len­de­main matin, son arti­cu­la­tion était tel­le­ment gon­flée qu’il dût faire venir un méde­cin. Les atteintes arti­cu­laires ne s’avérèrent pas grave, mais le pra­ti­cien lui inter­dit for­mel­le­ment le moindre mot cou­ché sur le papier pen­dant un mois. Peu importe, pensa t-il. Cinq minutes plus tard, il était de retour au café. Il y a passa doré­na­vant cinq fois par jour, obser­vant atten­ti­ve­ment mais dis­crè­te­ment Céline, Sophie, Nico­las S. et Nico­las R., Benoît, Jacinto, Laura, Pas­cal et les autres. Jour après jour, il les dépouillait de leur forme humaine et les trans­po­sait dans le livre en cours d’écriture. Il acquit un réa­lisme incroyable, un sens du détail humain proche de la vivi­sec­tion. Il ne se cachait pas pour autant. Son manège fut vivre remar­qué par le per­son­nel : ils lui deman­dèrent, curieux plu­tôt qu’inquiets, les rai­sons de cette sou­daine attrac­tion pour les ven­deurs et ven­deuses du café. Patiem­ment, il expli­qua. Il fut peu com­pris, aucun d’eux ne par­ta­geant son dévoue­ment pour les oeuvre lit­té­raires. Néan­moins, ils furent ras­su­rées et les lais­sèrent en paix s’adonner à sa contem­pla­tion. L’été vint. Mon­sieur conti­nuait. Un jour de cha­leur, en juillet, il prit le stylo-plume, et alla poser sa main sur le papier. Mais il n’écrivit rien. Il signa. Le livre était prêt. Il l’envoya à son éditeur par cour­sier. Mon­sieur avait ter­miné sa tâche.

Le len­de­main, il fai­sait plus frais. Une brise légère sou­le­vait les branches des arbres et les jupes des femmes et des folles. Arrivé à dix heures, il se trouva pris de l’envie d’aller au cfaé. Au début, il prit le parti de croire à un sou­dain besoin de caféine, mais il dût vite se rendre à l’évidence : ce n’était pas un latte (mousse de lait, glacé) qui lui fai­sait envie, mais d’avoir sous les yeux les per­son­nages de son futur suc­cès. Car c’était bien ce que les ven­deurs étaient deve­nus, de par la lente méta­mor­phose accom­plie par son esprit glo­rieu­se­ment enfié­vré d’inspiration. La main sur le loquet de la porte, il eût honte. Son acti­vité, hier encore utile, mar­quée du sceau de l’art de l’écriture, deve­nait aujourd’hui une simple expres­sion de per­ver­sité, d’une mani­pu­la­tion inté­rio­ri­sée. Pour­tant, son for inté­rieur lui souf­flait — non, lui ordon­nait — de céder à la ten­ta­tion de pro­lon­ger l’univers lit­té­raire qu’il avait patiem­ment tissé autour de lui des mois durant. Il des­cen­dit les esca­liers et se ren­dit en face : ce fut Céline, l’involontaire muse, qui l’accueillit et lui demande qu’il dési­rait. Ayant énoncé sa com­mande et laissé quelques secondes s’écouler, à la fois par poli­tesse et pour ne pas paraître trop empressé, il lui avoua avoir fini son livre. Sans trop de cha­leur, elle le féli­cita, puis repar­tit à sa pré­pa­ra­tion. Il fut blessé sans l’admettre. Après tout, cette femme était main­te­nant par­tie inté­grante de son oeuvre. Il s’était servi d’elle, de ses manières calmes, de ses mimiques, de son ton, de son âme même, afin de concré­ti­ser ler per­son­nage prin­ci­pal de son manus­crit. Grâce à elle, l’autre avait pu prendre forme humaine, acqué­rir écorce et essence. mais l’originale sem­blait ne pas le com­prendre. D’ailleurs, com­ment aurait-elle pu ? Jamais il n’avait mon­tré ses écrits à quelqu’un d’autre. Pris d’un sou­dain éclair de luci­dité sociale, il l’invita sans plus attendre à par­cou­rir une copie de son livre, chez lui, en face. Il vit le regard de sa muse se dur­cir, et elle lui fit aigre­ment remar­quer qu’elle était en plein tra­vail. Elle ajouta peu après, à voix basse et cas­sante, qu’elle était mariée. Bou­chée bée par cette ultime remarque, il tenta de se jus­ti­fier, mais il eut à peine le temps de pro­duire un incom­pré­hen­sible bre­douille­ment avant qu’elle l’interrompe en lui met­tant son gobe­let bouillant dans la main droite et en lui sou­hai­tant d’un ton on ne peut plus com­mer­cial et ferme une bonne jour­née. Se sen­tant rou­gir sous les effets com­bi­nés de la honte, de la sur­prise et de la colère, il s’enfuit chez lui sans deman­der son reste ni sa mon­naie. Arrivé dans la rela­tive quié­tude de son appar­te­ment, il posa la main sur son coeur chan­ce­lant. Elle lui avait apporté une preuve : à trop vam­pi­ri­ser les âmes des autres, il s’était enfermé dans un uni­vers d’imaginaire tout droit sorti de sa tête. Il était son propre Dédale, bâtis­seur d’un laby­rinthe d’illusion. Mon­sieur cessa donc d’aller au café, sachant par avance que la réac­tion qu’il atten­dait ne serait pas celle pré­sente. Il ne sor­tit plus de chez lui, ne vit plus per­sonne, se conten­tant de conver­ser avec le monde exté­rieur par l’intermédiaire du télé­phone. L’été s’écoulait der­rière ses rideaux et ses stores mais ses yeux se refu­saient à le vor. Une semaine après l’évènement, il reçut un coup de fil de l’éditeur, lui annon­çant des retours splen­dides des lec­teurs et une publi­ca­tion à la ren­trée, avec toute la publi­cité dûe à un best-seller. Il le remer­cia, et rac­cro­cha. Son humeur ne chan­gea pas. Elle res­tait terne. Trois jours plus tard, il ne dor­mait plus. Il mai­grit, ne man­geant que par pure neces­sité phy­sique, lorsque la dou­leur dans son esto­mac deve­nait trop forte. Son frère, en ville pour quelques jours, le trouva dans un état si lamen­table qu’il prit peur et l’emmena de force à l’hôpital. Là-bas, on le per­fusa. Contre son gré, il reprit en un week-end les cou­leurs de la vie. Mais le médecin-chef conti­nuait à s’inquiéter. Non pas pour son corps, mais pour son esprit. Mon­sieur refusa les trai­te­ments. Tou­jours pré­oc­cupé mais ne pou­vant rien faire contre la volonté auto-destructrice de l’auteur, il lui fit signer une décharge et Mon­sieur ren­tra chez lui. Son frère ne l’entendit pas de cette oreille et le prit, de nou­veau de force, sous son aile ; allant jusqu’à l’emmener chez lui, au bord de la mer. Là-bas, dans une atmo­sphère de per­pé­tuelle ker­messe, il prit la mesure de ce qu’il avait raté. Son frère lui pré­senta sa femme, plan­tu­reuse créa­ture aux inten­tions mater­nelles envers toute per­sonne appro­chant sa cou­vée ; ses enfants égale­ment, bien élevés et intel­li­gents. Il savoura la plage, le plai­sir si peu céré­bral, ainsi qu’un lézard au minus­cule cor­tex sur une pierre brû­lante. Un mois durant, il se glissa dans la peau d’une autre per­sonne, à l’inverse de cet hiomme de lettres aus­tères et ermite qu’il avait été pen­dant si long­temps sans repos. Mais vint la fin des vacances. Les enfants durent retiour­ner à l’école, son frère au tra­vail, et sa femme de même. Il retourna chez lui. Le pre­mier sen­ti­ment qui se déga­gea de cet appar­te­ment main­te­nant pous­sié­reux, à la forte odeur de ren­fermé, fût l’insoutenable impres­sion que l’atroce bête grif­fue qu’était sa soli­tude lui plon­geait les ongles au plus pro­fond du coeur, repre­nant ainsi le contrôle total sur lui. Le mois sans troubles passé au loin n’avait servi à rien — son véri­table lui repre­nait le des­sus inexo­ra­ble­ment. Sans même débal­ler ses valises, il s’allongea sur le lit et s’y endormit.

Le len­de­main, son livre sor­tit. Il se réveilla tard, et coupa son télé­phone pour ne plus entendre la son­ne­rie inces­sante. Il avala deux com­pri­més, et dor­mit une journée.

Une semaine passa pen­dant les­quels il ne fit rien que lire et pen­ser, l’âme de plus en plus grise. Dans le jour­nal qu’il rece­vait chaque matin dans sa boîte aux lettres, il vit sa photo et la cri­tique dithy­ram­bique de son oeuvre. Mon­sieur eût sou­dain envie de pleu­rer de las­si­tude, et se ren­dit compte que tout ce qu’il avait accom­pli ne lui ser­vait à rien. Il se cou­cha tôt, après trois verres de vin blanc.

Mon­sieur fut réveillé par une espèce de gros chu­cho­te­ment, comme une grand nombre de per­sonnes vou­lant pas­ser inaper­çues assez mal­adroi­te­ment, der­rière sa porte. Puyis un grand fra­cas de pieds déva­lant les esca­liers. Intri­gué, il se leva et posa l’oeil sur le judas. Rien de visible dehors. Cepen­dant, un élément le per­turba, dans le bas de son champ de vision. Il ouvrit la porte. Devant lui, une flop­pée de gobe­lets en car­ton fumants. Il en compta plus d’une ving­taine, tous rem­plis à ras-bord, dis­po­sés en cercle. L’odeur du café rem­plis­sait le palier. Au centre du cercle, un post-it jaune : «de la part de vos per­son­nages.» Il resta long­temps à contem­pler cette sin­gu­lière offrande, les effluves brunes se repan­dant autour de lui, don­nant à l’air une pesan­teur nau­séeuse. Sans y tou­cher, il referma la porte et s’y adossa, hébété. Son air idiot se mua vite en sou­rire en coin. Il avait fina­le­ment la preuve, non pas de la futi­lité de ses écrits, mais d’une pré­sence, là-dehors, qui l’attendait. Et cette pré­sence, ce n’était pas ses livres qui l’avait ame­née. Du moins pas direc­te­ment. Cette pré­sence, ce n’était même pas l’auteur qui l’avait méri­tée. Ces gens, dehors, remer­çiait l’homme.

Le len­de­main, il com­mença son livre suivant.

Posté le 28.04.2007
Catégories : Fiction, Nouvelles
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Stase

Un éter­nel automne s’étire
Et les gouttes de pluie
Rendent à Paris
Un air de Flandres

Figé dans les nuances de gris
La ville s’éteint et s’assombrit
Le coeur arrêté et engorgé
De trop d’hivers manqués

Au gré des balan­ce­ments vis­queux
De la Seine-Mère
Le regard sai­sit l’éclair
Sur l’eau noire plu­tôt que bleue

Ainsi l’esprit alourdi
De nobles espoirs de neige
Le voya­geur s’endort, sans lit
Sous un ciel beige.

Posté le 28.04.2007
Catégories : Poésie, Vers
Réactions : Pas de Commentaires.

Préambule

S’ils se referment au matin
 – les volu­bi­lis
c’est par haine des hommes !

Chiyo-ni

Posté le 28.04.2007
Catégories : Citations, Haïku, Poésie
Réactions : Pas de Commentaires.