Scheveningen/Holmön
Amalgames d’algues
Échouées à quelques pas des miens
Cicatrices de sables fripées de terres lointaines
Roulées sans cesse
Et battues de sels marins
Souffle brumeux au loin
Trace de bateau
Vers un autre rivage identique.
Amalgames d’algues
Échouées à quelques pas des miens
Cicatrices de sables fripées de terres lointaines
Roulées sans cesse
Et battues de sels marins
Souffle brumeux au loin
Trace de bateau
Vers un autre rivage identique.
Quelques lichens respirent doucement sur des pierres éparses
Nuages bas et si blancs.
L’inspiration trop forte me fait tourner la tête, et la forêt boréale devient un tourbillon de verts pâles.
Minces sphaignes s’inclinant sur mon passage
Gorgées d’eau des pluies de la veille.
Les rais de lumière entre les conifères dévoilent des dentelles d’épiphytes, aux noms inconnus.
J’avance lentement, entre ces hauts témoins végétaux, qui m’observent et s’interrogent
Sur ma présence incongrue.
Rien d’humain ici. Je m’immobilise et commence ma lente transformation. Un léger vent venu de loin fait trembler les cimes des bouleaux.
Au matin partant des brumes
Dans la grande oie de fer
L’estomac grognant de vide
S’élançant au-dessus de l’eau
Vite traversée, cette Baltique tant chantée
Un étang parsemé de gués
De phares à peines visibles dans les bouleaux chantants
Et ces lueurs, là-bas, sur l’horizon
Langues de feu sur la Finlande
Veines incandescentes tranchant les forêts sombres
Vagues mouvantes, miroitantes
Sur des milliers de lacs
Revoilà la Mer,
Et ses flammèches blanches innombrables
Comme des âmes tendues vers la lumière du ciel,
Passant tendrement au-dessus des bois encore inachevés.
Cette sueur qui descend du ciel me coule le long de l’échine et se mêle à la mienne en un écœurant miasme grisâtre.
Secouer la poussière de fausses paillettes et la répandre sur le sol : les reflets s’effacent et s’endorment, emportent les souvenirs factices d’une nuit d’hypnoses de surfaces.
Dans l’eau noire de la Seine glissent, côte à côte, les ombres du courant — et ces fades lumières, remontant les tourbillons à rebours.
Je jette, comme tant d’autres avant moi, un peu de moi-même en échange d’oubli dans les remous du fleuve.
Le passage soudain d’une côte, au nom si imprononçable.
Succession de nuages dont le gris est pourpré.
La lente couleuvre argentée, si près, dans le fond des ondulations herbeuses devant nous.
Venir poser les bases des parenthèses, le temps de deux respirations. Temps marqué, donné, posé en terre, repris.
Pèlerinage aux cratères éteints.
Les nuages que Dieu a mis sur mon chemin
Au commencement du Temps :
Prévus sur son abaque céleste,
Ils tardent à faire pleuvoir
Sur mon cœur qui s’assèche.
Puis reviennent les saisons des montées des eaux,
Et le long des rives de la Marne, s’emportent, conjugués,
Les limons ancestraux de mes enfances — vers la mer.
Lavage de mon corps, au fond, comme un galet poli
Par les éthers de terres épurées.
S’assoupissent de sirupeux et paresseux méandres sinueux, lorsque la marée, fatiguée de jouer avec les roseaux de la terre-haute, s’en retourne faire par le fond la sieste. Les oies s’ébattent dans les herbes à la recherche de quelques gastéropodes. Des odeurs de fumée résineuse venues de l’autre rive nous parviennent, avec quelques éclats de rire.
D’un lys empesé de pollen cramoisi s’échappent deux chrysopes ébouriffées d’antennes. L’une se pose délicatement sur la lampe en acier la plus proche et, à l’aide d’une gracile mais aiguisée mandibule, se nettoie – ô combien méticuleusement – la parabole. La seconde, adoratrice de lumière, s’envole vers la fenêtre où les reflets de janvier et de son soleil à travers les nuages irisent la condensation. Elle s’y pose et observe le dehors.
Sleeping fossils, on the banks of the chalk cliffs
Scrapes of pierced pyrite
Moving sea, returning tides
Waiting.
Une zygène aux ailes empesées de poudres vermillon s’envole silencieusement par un zellige inachevé. Le soleil n’est pas encore très haut, et le frais monte des jardins en contrebas. Une fine brume s’échappe rythmiquement des asperseurs à balancier en laiton, avec de petits bruits secs. Les grandes palmes ne portent pas encore de fleurs, seulement des bourgeons dont l’odeur douceâtre semble attirer l’insecte, qui s’y pose et y restera, attendant le réchauffement des allées alentours par les Astres du jour nouveau, les deux soleils jumeaux, et leurs couleurs sans pareilles. Des plates-bandes et des haies du jardin, le murmure de la ville est presque absent.