Route de ceinture
Haïku, Poésie, Prose — 05.4.09 Ξ
D’une brume à l’autre, finalement, il n’y a qu’un pas. De la suffocation âcre des fumées de la ville, je pénètre sans prévenir dans un immense globe d’air moite, empesé de sève et d’ombres dentelées projetées par les nouvelles feuilles du printemps, à peine déployées. La barrière entre la ville et le bois résiste quelques secondes, hésite, puis m’aspire comme une gelée de coings sur laquelle on aurait appuyé le dos d’une cuiller. Mon poil hérissé me réchauffe mais mon coeur brûle de sentir à nouveau, après cet hiver long, vide, gris et sans forme, ce renouveau pulsatile, qui n’en peut plus d’attendre au point qu’il ne s’arrête pas même la nuit. Au loin, de l’autre côté du lac, les échos de joie de la fête foraine et ses lumières pâles et artificielles. Leur reflet dans l’eau, version pastel et déformée, en serait presque mélancolique, en contrepoint des cris d’excitation que j’entends, assourdis par la végétation protectrice. Quelques formes errantes glissent dans l’ombre, sans bruit. Les oiseaux sont endormis et les clapotis de l’eau aussi.
A plus de minuit
Les enfants portent leurs prix
Sous les marronniers
H#180309.01
Tu te vois dans l’eau
Sombres turbulences bleues
Sourires de carpes
Constellation
Poésie, Poésie Courte, Vers — 11.3.09 Ξ
Dans les phases de la Lune
Et la course lente
et circulaire
Des étoiles autour de ma maison
S’inscrivent peu à peu
Cartes à suivre au sextant
Vers Venise et Cordoue
Le Vent y souffle, chaud
Le Vent me souffle, à l’oreille.
Corail
Poésie, Poésie Courte, Vers — 08.3.09 Ξ
Les narines à peine au-dessus de la surface de l’eau
Et les cheveux qui flottent sans peine dans cette eau pure
Les chocs du dehors, sourds
Viennent de loin
Mais y restent.
Ils n’ont pas droit de cité, dans ce calme que je crée.
Yeux de nuit
Au seuil d’une percée dans la perle noire de la nuit
L’ivresse veloutée des pas du chat
Se fait silence d’ailes portées
Aux souffles irréguliers
De l’endormeur qui se débat
Dans les lianes de soie bleutées
Parsemées ça et là de prompts éclats de mémoires.
Ô que d’embûches dans ce sous-bois flêtri
Où la renaissance quotidienne
Quémande à la Lune son obscure vitalité.
Sur le passage de son âme,
Le Dormeur, accompagné de sa cour de rêves scintillants
Sèmera étoiles, vignes et karsts.
Sa main tremblante, dans l’autre monde
Cherche en vain une plume
Pour tout décrire.
Le retardataire
Poésie, Poésie Courte, Vers — 09.1.09 Ξ
Quelques feuilles se sont figées
Dans une résine incolore d’eau
Le peuplier, tardivement,
A envoyé ses émissaires vers un horizon
De glace et d’attente
Ciel uniforme
Le carré d’herbes a gelé cette nuit
Et les feuilles sagittées se sont trouvées
Tricotées de veines d’argent lunaire
Lorsqu’il aura neigé, les apex émergeront
Solitaires, verts et brillants
En périscope sur les pentes de blanc.
Gué
Poésie, Poésie Courte, Vers — 08.1.09 Ξ
Pont de pierres moussues veinées de gel
Craquelées de verre d’eau translucide
En attente du soleil du midi de février
Et de la délivrance des pattes des momies de gerris.
Lames
Souffle gris nacré
Survolant, en sifflant
Les couches successives de glace sur le lac
Quelques yeux en-dessous
Emergent si lentement
Et écoutent à l’abri la tourmente
Des lames hivernales du dessus
Un grain de pollen y virevolte
Puis se pose en un nid de flocons :
– Il y dormira.
Epoques réunies
Epistaxis du matin d’hiver
Gouttelettes tièdes, carmin
Forment une longue piste tremblante
Hésitante, devant ma porte dans la neige
Volte-face
Jusqu’à la salle de bains sur la carrelage
Ma cravate en soie, unie
Se trouve tachée de rouge
Mais n’en est pas moins belle.